Vigilance

Surveillance des aGLP-1 : effets indésirables et mésusage sur 12 mois

Le troisième rapport de pharmacovigilance sur les analogues du GLP-1 fait le point sur les effets indésirables, dont les pancréatites, et sur le potentiel d'interaction médicamenteuse. Il met en évidence une persistance du mésusage dans le cadre de la perte de poids.

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Ce troisième rapport ne remet pas en question le rapport bénéfice/risque des aGLP-1.

Ce troisième rapport ne remet pas en question le rapport bénéfice/risque des aGLP-1.Bawan Ari Purnawan / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé
  • L'ANSM a publié le troisième rapport de pharmacovigilance sur les analogues du GLP-1. L'analyse porte sur les données françaises recueillies entre février 2025 et janvier 2026.
  • Les effets indésirables digestifs sont les plus fréquents. Certains effets secondaires peuvent être graves.
  • Par rapport aux deux précédents rapports, les auteurs notent une persistance du mésusage des aGLP-1, principalement dans le cadre de la perte de poids. Ces cas de mésusage sont observés chez des patients jeunes (29 ans en moyenne), principalement de sexe féminin. 
  • Sur la période étudiée, 36 effets indésirables sont associés à un mésusage, dont 17 cas graves.
  • Le rapport met en évidence le risque d'interaction entre les aGLP-1 et des médicaments, dont les anticoagulants, la metformine, les médicaments à marge thérapeutique étroite et les contraceptifs hormonaux. 

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a mis en ligne le troisième rapport de pharmacovigilance sur les effets indésirables associés aux analogues du glucagon-like peptide 1 (aGLP-1) [1, 2].

Piloté par le centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Montpellier, ce rapport analyse les signalements rapportés entre le 1er février 2025 et le 31 janvier 2026, dans les deux domaines thérapeutiques validés pour ces médicaments :

L'enquête de pharmacovigilance sur les aGLP-1 a été ouverte en France en 2023 (cf. notre article du 8 janvier 2026).

Des effets indésirables attendus, mais potentiellement graves

Sur 840 000 patients exposés en France entre février 2025 et janvier 2026 (soit une période de 12 mois), 2 801 cas d'effets indésirables ont été retenus dans le rapport dont : 

  • 515 cas graves ;
  • 13 décès : 
    • imputabilité au aGLP-1 jugée possible dans 2 cas de pancréatite aiguë et 1 cas de cancer pancréas,
    • et imputabilité jugée indirecte dans 2 cas d’acidose lactique à la metformine favorisée par une déshydratation ;
  • 36 cas signalés dans le cadre d’une utilisation non appropriée pour perte de poids.

Répartition en fonction de l'indication thérapeutique

En détail, un tiers des signalements sont rapportés dans le cadre d'un traitement de diabète de type 2 et un autre tiers dans le cadre d'une surcharge pondérale. Pour un tiers de ces effets indésirables, l'indication n'est pas renseignée ou n'est pas autorisée.

Profil des patients

L'âge moyen des patients ayant fait l'objet d'un signalement d'effet indésirable sous aGLP-1 est 53 ans ; les femmes représentent les deux tiers de ces cas (64,9 %).

La moyenne d'âge tend à diminuer et la prédominance féminine est plus marquée : 

  • pour les cas d'effets indésirables associés à l'indication « contrôle du poids » : âge moyen 44,2 ans, 78 % de femmes ;
  • dans les situations associées à un mésusage : âge médian 29 ans, 83 % de femmes.

Les troubles digestifs en première ligne

Les principaux effets indésirables analysés dans ce troisième rapport sont connus et mentionnés dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP) des médicaments. 

Les troubles digestifs (troubles gastro-intestinaux) sont les effets indésirables les plus fréquemment observés, et peuvent nécessiter une hospitalisation :

  • nausées, vomissements, diarrhées, douleurs abdominales.

Parmi les effets indésirables graves, le rapport souligne le risque de pancréatite aiguë (mentionné dans les RCP) et relève d’autres effets indésirables, en raison de leur caractère inattendu, inhabituel ou grave :

  • des atteintes ophtalmologiques, comme des aggravations de rétinopathie diabétique ou des atteintes du nerf optique ;
  • des infections ou inflammations de la vésicule biliaire, des atteintes du foie dont les cytolyses hépatiques ;
  • des atteintes cérébrovasculaires, par exemple des accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou accidents ischémiques transitoires (AIT) ;
  • des troubles de l’érection.

« Ces effets indésirables font l’objet d’une surveillance renforcée et d’une évaluation au niveau national et européen, afin de déterminer s’ils sont associés ou non aux traitements par aGLP-1 », indique l'ANSM. 

Des effets indésirables mettant en cause une interaction médicamenteuse sont également décrits (cf. paragraphe suivant). 

Enfin, des cas de carences nutritionnelles et de malnutrition (non graves) ont été rapportés sur cette période. Ces effets indésirables faisaient déjà l'objet d'un signal potentiel dans le deuxième rapport (cf. notre article du 8 janvier 2026). L'ANSM rappelle que des recommandations concernant la prise en charge des patients souffrant de ces carences ont été établies par les centres spécialisés dans l’obésité.

Un mésusage persistant dans le domaine de la perte de poids

Dans ce troisième rapport, les auteurs relèvent 36 effets indésirables signalés dans le cadre d’une utilisation non appropriée pour la perte de poids, dont 17 cas graves (5 cas de pancréatites) : 

  • âge médian : 29 ans ;
  • prédominance féminine : 83 %.

Dans 2 cas sur 3, le médicament administré était obtenu en dehors des circuits officiels (cf. nos articles des 11 septembre 2025, 20 novembre 2025 et 23 juillet 2026) :

  • sur internet, via des sites tels que Dokteronline ou Doktorabc, ou des plateformes de téléconsultation ;
  • via des plateformes de vente entre particuliers (Le Bon coin) ;
  • via les réseaux sociaux (Snapchat ou TikTok).

Outre la qualité du produit ou le circuit d'approvisionnement, le mésusage de ces médicaments se traduit aussi par un non-respect des recommandations posologiques. Dans 9 cas de mésusage sur 10 (92,6 %), les doses utilisées se révèlent trop élevées ou augmentées trop rapidement par rapport aux recommandations.

Le nombre de cas d'effets indésirables associés à un mésusage rapporté sur 12 mois est le même que celui rapporté depuis la commercialisation de ces médicaments jusqu’au 31 janvier 2025. « Avec autant de cas sur la dernière année, on note donc une augmentation du signalement (et/ou de l’identification) du mésusage sur cette dernière période de suivi », alertent les auteurs du rapport.

Un risque d'interaction à prendre en compte

Le rapport relève 10 cas d'effets indésirables en lien avec une interaction médicamenteuse :

  • avec la metformine : majoration du risque d'acidose lactique à la metformine, notamment en cas de déshydratation liée à des vomissements ;
  • avec des médicaments à marge thérapeutique étroite (surexposition au lithium) ;
  • avec des anticoagulants (excès de coagulation associé au rivaroxaban) ;
  • avec une contraception orale hormonale, y compris la pilule du lendemain (inefficacité contraceptive, ou saignements post-ménopausiques) ;
  • avec le tacrolimus : insuffisance rénale aiguë et tacrolémie élevée.

Des médicaments sûrs à condition de bien les utiliser, sous contrôle médical

Au final, ce troisième rapport ne remet pas en question le rapport bénéfice-risque des aGLP-1. Comme dans les précédents rapports, la sécurité de ces médicaments est conditionnée au respect du cadre d'utilisation défini par l'autorisation de mise sur le marché (AMM), à un contrôle médical et à une dispensation exclusivement en pharmacie d'officine. 

En réponse aux constats posés par cette analyse de pharmacovigilance, les auteurs du rapport et l'ANSM recommandent : 

  • concernant le risque d'effets indésirables graves : être attentif au repérage précoce des signes évocateurs d'un effet indésirable grave afin de mettre en œuvre une prise en charge rapide et adaptée ;
  • concernant le risque d'interaction médicamenteuse :
    • renforcer la surveillance des patients pour lesquels il existe un risque d'interaction médicamenteuse,
    • être attentif au risque de grossesse non désiré chez des femmes sous contraception prenant des aGLP-1. La prise d'aGLP-1 pendant la grossesse n'est pas recommandée, et un traitement en cours doit être arrêté dès qu'une grossesse est connue ;
  • concernant le risque de mésusage : renforcer les actions d'encadrement des circuits d'obtention et poursuivre les actions de communication et de prévention.

Afin de limiter le mésusage de ces médicaments, un dispositif sécurisé est mis en place en France depuis le 1er février 2025 (cf. notre article du 16 janvier 2025) : le remboursement des aGLP-1 indiqué dans le traitement du diabète est conditionné à la présentation d'un formulaire spécifique, dématérialisé via Amelipro ou sur support papier, précisant notamment l’âge du patient, l’existence d’un diabète de type 2 et les modalités de prescription (monothérapie ou association).

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