En dix ans, la consommation des antalgiques opioïdes a augmenté, tout comme le mésusage.zsv3207 / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Le mésusage des opioïdes, également appelé trouble lié à l’usage d’opioïdes, concerne désormais aussi les antalgiques prescrits pour les douleurs chroniques. Les pharmaciens jouent un rôle central dans la prévention et le bon usage de ces traitements, un rôle réaffirmé par le conseil de l’ordre des pharmaciens et renforcé par de nouvelles missions [1].
De l’héroïne aux médicaments antalgiques
Si le mésusage des opioïdes a longtemps été associé à la consommation d’héroïne, il concerne désormais de plus en plus les personnes souffrant de douleurs chroniques traitées par antalgiques opioïdes.
Depuis les années 2000, les prescriptions d’opioïdes antalgiques, particulièrement ceux de palier II, selon la classification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), continuent d’augmenter en France [2]. Contrairement aux idées reçues, les opioïdes de palier II (la codéine, la dihydrocodéine, le tramadol et la poudre d’opium) ne sont pas moins addictogènes que ceux de palier III (la morphine, l’oxycodone, le fentanyl, la buprénorphine, l’hydromorphone, la nalbuphine, la méthadone et la péthidine) [3]. Leur utilisation s’accompagne donc d’un risque de mésusage, de dépendance ou de surdosage, nécessitant une vigilance constante de la part des autorités de santé et des professionnels impliqués dans le parcours de soins des patients, en particulier celle du pharmacien lors de la délivrance des médicaments et de son suivi de proximité.
Sécuriser la prescription et la dispensation
L’accessibilité aux médicaments de substitution aux opioïdes (MSO) conditionne directement les objectifs de réduction des risques et de santé publique. Ainsi en 2024, les conseils nationaux de l’ordre des médecins et des pharmaciens ont réaffirmé le rôle pivot des pharmaciens dans cette prise en charge en rappelant les règles spécifiques liées à la dispensation des MSO :
- prescription sur une ordonnance sécurisée avec mention de la pharmacie choisie par le patient ;
- délivrance selon les différentes réglementations (assimilés stupéfiants ou stupéfiants) ;
- information sur le bon usage face à des galéniques particulières ;
- proposition d’antidote à base de naloxone prêt à l’emploi ;
- orientation et connaissances des structures spécialisées du territoire.
Ces recommandations insistent également sur l’importance de l’alliance thérapeutique et du non-jugement. L’accompagnement doit conjuguer rigueur (sécurisation du traitement) et bienveillance (respect du projet de soin et du rythme d’évolution du patient).
La pharmacie, un acteur clé missionné
Dans le prolongement des recommandations ordinales, les pharmaciens se voient confier une nouvelle mission : la réalisation d’entretiens pharmaceutiques pour les patients sous antalgiques opioïdes de palier II. Ces entretiens visent à prévenir, repérer et limiter la dépendance à ces derniers en accompagnant leur bon usage [4].
La réalisation de ces entretiens, pris en charge par l’Assurance maladie, repose notamment sur deux temps forts :
- rappeler les risques de mésusage et de dépendance, souvent sous-estimé du fait d’une classification palier II pouvant prêter à confusion ;
- évaluer les risques de mésusage avec un outil validé en cinq questions : POMI (Prescription Opioid Misuse Index).
En complétant le cadre ordinal sur la prescription et la dispensation des traitements de substitution, cette nouvelle mission positionne le pharmacien au cœur d’une stratégie globale de sécurisation et de bon usage des opioïdes, qu’ils soient prescrits dans un contexte d’addiction ou de douleur.
[1] Recommandations ordinales. Prescription et dispensation des traitements de substitution aux opiacés (Ordre national des médecins et ordre national des pharmaciens, du 9 juillet 2024)
[2] Antalgiques opioïdes : l'ANSM publie un état des lieux de la consommation en France (ANSM, publié le 22 février 2019, mis à jour le 19 octobre 2020)
[4] Arrêté du 5 juillet 2024 portant approbation de l’avenant n° 1 à la convention nationale du 9 mars 2022 organisant les rapports entre les pharmaciens titulaires d’officine et l’assurance maladie (Journal officiel du 7 juillet, texte 40)
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