Bon usage, Prescription - Délivrance, Vigilance

Désogestrel et risque très faible de méningiome : le courrier de l'ANSM et ses recommandations

Méningiome et désogestrel : l'ANSM envoie un courrier aux patientes et rappelle aux prescripteurs les précautions à prendre (contre-indications, IRM, réévaluation après 45 ans). De plus, un document de 18 questions/réponses est mis à disposition.

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D’une façon générale, la contraception est réévaluée tous les ans lors d’une consultation dédiée.

D’une façon générale, la contraception est réévaluée tous les ans lors d’une consultation dédiée. Liudmila Chernetska / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Les femmes majeures ayant eu une ordonnance comportant une contraception à base de désogestrel 75 µg  seul au cours des 12 derniers mois vont recevoir dans les jours à venir un courrier de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) [1]. Ce courrier les informe d'un risque rare de méningiome associé à cette contraception (cf. Encadré 1) et les incite à aborder ce sujet lors de leur prochaine consultation de routine/suivi avec leur médecin prescripteur et/ou leur sage-femme [2].

Les professionnels de santé ayant prescrit ces contraceptifs ont également reçu une lettre les prévenant de la diffusion de cette information personnalisée à destination des patientes et les informant une nouvelle fois sur ce risque [3].

Des mesures pour minimiser le risque

Pour rappel, en s’appuyant sur les résultats de l’étude française Epi-Phare [4], l’Agence européenne des médicaments (EMA) a recommandé en juillet 2026 une mise à jour du résumé des caractéristiques du produit (RCP) et de la notice des contraceptifs oraux à base de désogestrel seul ou associé à l'éthinylestradiol et des contraceptifs à base d'étonogestrel : NEXPLANON 68 mg implant pour usage sous-cutané, anneau vaginal NUVARING et génériques (éthinylestradiol et étonogestrel) (cf. Encadré 1 et notre article du 21 juillet 2026).

Cette actualisation a fait l’objet d’un courrier aux professionnels de santé en août 2026 [5] et a porté sur :

  • les contre-indications : ces spécialités sont désormais contre-indiquées chez les femmes qui ont un méningiome ou qui ont eu un méningiome par le passé ;
  • les mises en garde : avant de commencer un traitement par désogestrel, les prises antérieures de progestatifs déjà associés à un risque de méningiome doivent être comptabilisées : cyprotérone (ANDROCUR et génériques), chlormadinone (LUTERAN et génériques), nomégestrol (LUTENYL et génériques), médrogestone (COLPRONE), médroxyprogestérone (DEPO PROVERA) et promégestone (Surgestone, qui n’est plus commercialisé) (cf. notre article du 21 décembre 2023) ;
  • le suivi : lors de la surveillance du traitement, les signes pouvant évoquer un méningiome doivent être recherchés (cf. Encadré 2) ;
  • les effets indésirables : le méningiome a été ajouté sur la liste des effets indésirables avec une « fréquence indéterminé ».

Précisions de l'ANSM à VIDAL

L'ANSM a expliqué à VIDAL (10 septembre 2026) que ces courriers n'ont pas été adressés aux utilisatrices de NEXPLANON ou d'anneau vaginal car les recommandations de l'ANSM de 2025 sur les risques de méningiome les concernaient par mesure de précaution. En effet, le risque de méningiome n'a pas été étudié directement chez ces femmes dans l'étude du GIS Epi-Phare ni dans aucune autre étude à ce jour. « L'ANSM n'est donc pas en mesure de quantifier ce risque factuellement. De plus, compte tenu de l'âge (plus jeune) des porteuses de NEXPLANON (600 000 femmes âgées majoritairement de moins de 36 ans) versus les utilisatrices de désogestrel, le risque de méningiome est probablement encore plus faible pour NEXPLANON comparé au désogestrel ».

Le dispositif d’alerte sanitaire étant une mesure exceptionnelle et lourde à mettre en œuvre, le choix a été fait par l'ANSM « de se concentrer sur les pilules à base de désogestrel 75 µg, qui ont fait l’objet de l’étude épidémiologique ». Par ailleurs, « les femmes utilisant d’autres contraceptions à base de désogestrel ou étonogestrel (pilules ou anneaux contraceptifs) ne recevront pas le courrier nominatif car certaines pilules ou anneaux vaginaux à base de désogestrel ou étonogestrel ne sont pas remboursés et donc leurs utilisatrices non identifiables via les données de l’Assurance maladie ».

Des questions pour préparer la consultation

L’ANSM met également à disposition des professionnels de santé et des patientes un document répondant précisément à 18 questions [6].

Un risque très faible

Dans ce document, l'ANSM rappelle que « le risque de développer un méningiome est très faible : un cas supplémentaire surviendrait pour 67 300 femmes qui utilisent ces médicaments » et elle précise que ce risque :

  • a été montré chez les femmes utilisant du désogestrel de façon prolongée pendant au moins un an ;
  • augmente avec la durée d'utilisation :
    • au-delà de 5 ans, le risque est multiplié par 1,7 et un cas additionnel est observé pour 17 000 femmes,
    • au-delà de 7 ans, le risque est multiplié par 2.
  • est un peu plus important pour les femmes de plus de 45 ans et apparaît dès la première année d’utilisation ;
  • est plus élevé si d’autres progestatifs connus pour augmenter le risque de méningiome ont été pris auparavant (cf. ci-dessus) ;
  • n’est plus observé un an après l’arrêt du traitement.

Recommandations pour les prescripteurs

Les précautions à prendre en cas de prescription ou de réévaluation d’une contraception par désogestrel sont précisées :

  • rechercher les traitements progestatifs pris antérieurement et leur durée d’utilisation (cf. ci-dessus) ;
  • chez les femmes à partir de 45 ans, réévaluer la pertinence de poursuivre cette contraception compte tenu du risque de méningiome ;
  • le risque étant très faible, réserver la prescription d’une IRM de dépistage :
    • à l’instauration du traitement, en cas d’exposition antérieure de plus d’un an à un ou plusieurs progestatifs à risque (cf. ci-dessus).
    • en présence de signes évocateurs de méningiome (cf. Encadré 2).
  • en cas de méningiome : le traitement doit être arrêté et la patiente orienter systématiquement vers un neurochirurgien.

Recommandations pour les patientes

Enfin, l’ANSM précise aux patientes que :

  • la contraception doit être poursuivie et ne doit pas être interrompue sans avis médical (risque de grossesse non désirée) ;
  • il n’est pas nécessaire de prendre un rendez-vous en urgence pour faire le point sur les choix contraceptifs et la contraception en cours avec son médecin ou sa sage-femme ;
  • en cas de symptômes pouvant évoquer un méningiome (cf. Encadré 2), une consultation médicale s’impose. 
Encadré 1 - Contraceptions à base de désogestrel seul

Encadré 2 - Signes et symptômes évoquant un méningiome

  • Troubles de la vision ;
  • Perte auditive ou bourdonnements dans les oreilles ;
  • Perte d'odorat ;
  • Aggravation de maux de tête ;
  • Perte de mémoire ;
  • Convulsions ;
  • Faiblesse dans les bras et les jambes.

 

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