Fin août 2026, 73 médicaments étaient proposés comme pouvant être conservés plus longtemps. BrianAJackson / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
- La majorité des médicaments en France ont une durée de conservation relativement courte de 2 à 3 ans et des milliers de tonnes de produits de santé non utilisés sont détruits chaque année.
- L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a lancé en novembre 2025 le projet « Longue vie aux médicaments » pour une durée de 5 ans.
- Fin août 2026, 14 laboratoires avaient fait part de leur intention de déposer une demande de modification de l'autorisation de mise sur le marché d'au moins un de leurs médicaments.
- Au total, 73 médicaments ont été identifiés, dont 47 pourraient voir leur durée de conservation allongée à 4 ans ou plus.
- D'autres pistes sont à l'étude pour diminuer le gaspillage de médicaments : conditionnement adapté, écoconception des emballages, redispensation de médicaments onéreux non utilisés.
Actuellement, la majorité des médicaments autorisés en France ont une durée de conservation de 2 à 3 ans, tandis que moins de 10
Le projet « Longue vie aux médicaments »
Pour tenter d’inverser la tendance, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) souhaite encourager les laboratoires à allonger la durée de conservation de certains médicaments, lorsque la stabilité du produit le permet. En novembre 2025, dans le cadre de la COP 30 qui s’est tenue à Belém (Portugal), l’ANSM a lancé le projet « Longue vie aux médicaments » pour une durée de 5 ans [2]. « Nous avons mis en place cette incitation pour pouvoir améliorer la disponibilité des médicaments et lutter contre les pénuries, mais aussi éviter le gaspillage de spécialités qui pourront être utilisées plus longtemps », déclare Valérie Salomon, directrice des métiers scientifiques au sein de l'ANSM. « Nous nous sommes appuyés sur les résultats de l’étude Perimed, qui a analysé 32 840 unités collectées dans les cartons de Cyclamed. Ce travail a montré que l’on y retrouvait fréquemment des spécialités ayant des durées de conservation relativement courtes. » [3]
Au total 73 médicaments concernés
« Quatorze laboratoires ont répondu à l’appel à projets et ont fait part de leur intention de déposer, dans les 5 prochaines années, une demande de modification de l’autorisation de mise sur le marché (AMM) d’au moins un de leurs médicaments en vue d’augmenter sa durée de conservation », a indiqué l’ANSM le 26 août 2026.
Au total, 73 médicaments ont été identifiés par ces entreprises [4]. Parmi eux, figurent des traitements utilisés couramment, à base de paracétamol, de lévothyroxine, de mélatonine ou encore de lithium. « Pour 47 de ces 73 médicaments, la durée de conservation pourrait atteindre 4 ans ou plus », déclare Valérie Salomon.
- Certaines spécialités à base de diclofénac ou de baclofène pourraient ainsi être conservées 5 ans, contre 3 ans actuellement.
- D’autres, à base de morphine ou de paracétamol, pourraient passer de 3 à 4 ans.
- Des médicaments contenant de la lévothyroxine pourraient, quant à eux, voir leur durée de conservation portée à 2 ans, contre 18 mois aujourd’hui.
« Il s'agit d'un projet sur le long terme qui n’a rien à voir avec une extension ponctuelle de la durée d’utilisation de spécialités déjà disponibles dans les officines, comme cela a été le cas pour la Vitamine A Dulcis en octobre 2025 », commente Valérie Salomon [5]. Cette dernière procédure est possible, mais uniquement dans le cadre de difficultés d'approvisionnement : « Elle fait partie des actions pouvant être envisagées par l’ANSM pour éviter une rupture de stock », poursuit-elle.
Ce que prévoit le projet
Dans le cadre de l’expérimentation « Longue vie aux médicaments », les laboratoires volontaires s’engagent à :
- identifier les spécialités pharmaceutiques commercialisées en France pour lesquelles une augmentation de la durée de conservation est scientifiquement envisageable ;
- déposer, dans un délai de 5 ans, les demandes de modification d’AMM nécessaires ;
- participer à l’évaluation du projet en communiquant chaque année, au mois de décembre, la référence et la date d’approbation de chaque demande de modification, y compris lorsqu’elle relève d’une procédure décentralisée, de reconnaissance mutuelle ou d’une procédure centralisée, ainsi que la nouvelle durée de conservation autorisée ;
- fournir, sur la base du volontariat, un retour d’expérience annuel permettant notamment d’estimer la réduction du gaspillage médicamenteux (tonnage ou valeur des produits détruits chaque année), la diminution des contraintes logistiques (conditions de température, ruptures liées au stockage, etc.) et les émissions de carbone évitées grâce aux médicaments qui ne sont plus détruits.
Les laboratoires pourront également faire remonter tout autre élément permettant de mesurer les bénéfices, mais aussi les éventuelles limites de cette démarche.
En contrepartie, l’ANSM leur propose un accompagnement scientifique et réglementaire pour faciliter le dépôt des demandes de modification d’AMM, via le Guichet innovation et orientation (GIO) de l’agence. Une reconnaissance dans le cadre de leurs dispositifs de valorisation de la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) pourra également être envisagée.
L’allongement de la durée de conservation n’est par ailleurs qu’une des pistes étudiées pour réduire le gaspillage de médicaments. D’autres projets sont à l’ordre du jour au niveau européen, notamment l’adaptation des conditionnements aux posologies et l’écoconception des emballages.
En France, la direction générale de la Santé (DGS) et l’Assurance maladie envisagent également d'expérimenter un circuit sécurisé pour redispenser à l’hôpital certains médicaments anticancéreux non utilisés. « Cette initiative devrait démarrer courant 2027 dans quelques établissements de santé sélectionnés et se limiter aux médicaments onéreux, dont les conditions de prescription et/ou d’observance conduisent à des arrêts fréquents de traitement, générant un volume important de médicaments non utilisés », annonce la DGS. Celle-ci précise que « diverses études ont mis en évidence qu’un tiers des patients atteints de cancer interrompent prématurément leur traitement oral en raison de toxicité, de progression de la maladie ou de défaut d’observance ». L'expérimentation permettra d’évaluer la faisabilité de ce nouveau dispositif de dispensation de médicaments non utilisés, qui pourrait être par la suite pérennisé et généralisé.
[1] Cyclamed : les Français n’ont jamais aussi bien trié leurs médicaments non utilisés (Cyclamed, 26 juin 2026)
[2] Allonger la durée de conservation des médicaments dans un objectif de réduction du gaspillage et de la pollution (ANSM, 21 novembre 2025, mis à jour le 7 septembre 2026)
[3] Médicaments non utilisés : l’ANSM et l’Assurance Maladie publient les résultats de l’étude Perimed et identifient des leviers pour agir contre le gaspillage (ANSM et Assurance maladie, 24 juin 2026)
[4] Liste des médicaments qui entrent dans le projet pilote d’allongement de la durée de conservation des médicaments (ANSM, 4 septembre 2026)
[5] Les derniers tubes de pommade ophtalmique Vitamine A Dulcis peuvent être utilisés 3 mois de plus (ANSM, 24 octobre 2025, mis à jour le 30 janvier 2026)
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