Bon usage

Perimed : une étude pour comprendre et agir sur le non-usage des médicaments

Inédite en France, l'étude Perimed analyse les caractéristiques des médicaments non utilisés (MNU) collectés dans les cartons Cyclamed. Elle permet de comprendre les mécanismes aboutissant au non-usage des médicaments, et d'identifier les actions pour réduire ce gaspillage. 

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
Quatre médicaments collectés sur dix ne sont pas périmés.

Quatre médicaments collectés sur dix ne sont pas périmés.piotr_malczyk / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

Pilotée par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), en collaboration avec l'Assurance maladie et l'association Cyclamed, l'étude Perimed (périmés et gaspillage médicamenteux) constitue un travail inédit réalisé sur un échantillon de médicaments non utilisés (MNU) collectés par Cyclamed. 

Elle permet de mieux connaître ces MNU, notamment les classes pharmacologiques auxquelles ils appartiennent, la catégorie réglementaire (prescription médicale obligatoire ou facultative) ou leur état de péremption lorsqu'ils sont rapportés en pharmacie. 

À partir de ces constats, les auteurs ont identifié les mécanismes potentiels pouvant aboutir au non-usage des médicaments. 

En conclusion, ils présentent les actions à mettre en œuvre, à différents niveaux de la chaîne du médicament, pour réduire le phénomène de non-usage des traitements médicamenteux, avec à la clé des bénéfices économiques, écologiques et thérapeutiques. 

Les principales actions consistent à adapter les conditionnements aux besoins thérapeutiques, réviser les dates de péremption, ajuster les prescriptions et les dispensations. 

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a publié les résultats de l'étude Perimed (périmés et gaspillage médicamenteux - cf. Encadré), réalisée en collaboration avec l'Assurance maladie et l'association Cyclamed [1, 2].

Au-delà des données quantitatives, Perimed offre pour la première fois une analyse qualitative des médicaments collectés par le dispositif Cyclamed.

À l’issue de ce rapport de 44 pages (sans compter les pages d'annexes), les auteurs préconisent un ensemble d'actions à mettre œuvre pour utiliser plus efficacement les médicaments et lutter contre leur gaspillage.

Encadré - Étude Perimed : résumé de la méthodologie

L'étude Perimed s'inscrit dans le cadre de la planification écologique du système de santé (Pess). Elle vise à mieux caractériser les médicaments (classe pharmacologique, conditions de prescription, péremption) qui se retrouvent dans les cartons de Cyclamed.

Elle a été conduite entre avril et juillet 2025.

Le contenu de près de 3 000 contenants tirés de façon aléatoire dans des bennes de collecte Cyclamed a été analysé soit 32 840 unités collectées, correspondant à: 

  • plus de 85 kg de médicaments (sur plus de 8 289 tonnes collectées en France en 2025 [3]) ;
  • plus de 1 100 spécialités différentes.

Quelles caractéristiques des médicaments collectés par Cyclamed ?

La quasi-totalité des classes ATC (classification anatomique, thérapeutique et chimique) sont représentées parmi les MNU (cf. Figure).

Quatre grandes classes ATC en tête

Cependant, l’analyse révèle que quatre grandes classes prédominent en volume, concentrant à elles seules 80 % des médicaments collectés qui concernent :

  • le système respiratoire (25 %) ;
  • le système digestif et du métabolisme (21 %) ;
  • le système nerveux (21 %) ;
  • le système cardiovasculaire (13 %).

En termes de principe actif, les médicaments les plus fréquemment retrouvés sont :

Figure - Répartition des unités de MNU selon la classe ATC [2]

Des médicaments sur prescription et non périmés

L'étude Perimed montre que : 

  • 7 médicaments collectés sur 10 correspondent à des médicaments soumis à prescription médicale obligatoire (PMO), c'est-à-dire délivrés en pharmacie uniquement à partir d'une ordonnance ; 
  • pour 4 médicaments collectés sur 10, la date de péremption n'est pas dépassée

Il apparaît que les médicaments de PMO sont plus souvent collectés non périmés que les médicaments de prescription médicale facultative, c'est-à-dire délivrés sur conseil du pharmacien (PMF). Ainsi, parmi les médicaments non périmés retrouvés dans les cartons Cyclamed : 

  • 44 % appartiennent à la catégorie des médicaments de PMO ;
  • 31 % appartiennent à la catégorie des médicaments de PMF. 

Plusieurs pistes pour interpréter ces résultats

Concernant la prédominance des médicaments de PMO parmi les MNU, les auteurs avancent plusieurs mécanismes susceptibles d'expliquer ce constat :

  • taille inadaptée des conditionnements (par rapport à la prescription) ;
  • prescription inadéquate ;
  • difficultés d'observance ;
  • inefficacité ou intolérance au traitement.

Concernant la présence d'unités non périmées dans les MNU, ce constat appelle une double lecture : 

  • il traduit le bon niveau d'adhésion aux recommandations de l'ANSM, selon lesquelles il est préférable de ne pas conserver dans la pharmacie familiale les médicaments prescrits
  • mais il met en évidence le gaspillage de médicaments encore utilisables, qui pourrait être réduit grâce à des conditionnements plus adaptés

Enfin, le fait que les médicaments de PMO sont plus souvent collectés non périmés que les médicaments de PMF suggère « des différences de comportement entre les deux catégories, notamment en matière de stockage et d'usage ».

Un enjeu économique et environnemental

L'étude met en évidence les conséquences économiques et environnementales du non-usage des médicaments.

Un gaspillage économique

En extrapolant les résultats de l'échantillon à l'ensemble des médicaments collectés chaque année par Cyclamed, les auteurs estiment que l'Assurance maladie dépense 517 millions d'euros (remboursement) pour des médicaments finalement non utilisés, dont 278 millions d'euros pour des médicaments encore non périmés (et potentiellement réutilisables) au moment de leur destruction.

Un levier pour réduire l'empreinte carbone

L'étude Perimed vise également à renforcer la prise de conscience du coût environnemental des médicaments, dont les médicaments non utilisés. Alors que « le secteur de la santé représente un contributeur significatif aux émissions totales de gaz à effet de serre », chaque MNU est associé à une consommation de ressources (production, transport, élimination) évitable.

Pour rappel, selon le rapport Décarbonons les industries de santé publié en 2025 par le Shift Project, la production des médicaments consommés en France représenterait à elle seule environ 9,1 millions de tonnes de CO₂ par an (cf. notre article du 23 juin 2026).

Prescripteurs, dispensateurs, industriels : des actions à tous les niveaux

En conclusion, cette étude permet d'identifier les mécanismes aboutissant au non-usage d'un médicament. Ces derniers peuvent être observés à toutes les étapes de la chaîne de soin : 

  • au niveau des industries de santé :
    • des conditionnements parfois supérieurs aux besoins réels du traitement,
    • des durées de conservation relativement courtes pour certaines spécialités fréquemment présentes dans les retours Cyclamed ;
  • au niveau de la prescription, de la dispensation et de l'utilisation :
    • prescription inadaptée,
    • arrêt prématuré d'un traitement en raison d'effets indésirables, d'une efficacité jugée insuffisante ou d'une amélioration rapide des symptômes,
    • difficultés d'observance,
    • délivrance de médicaments prescrits « si besoin », qui ne seront finalement pas consommés.

Certains facteurs de non-usage à l'origine d'un gaspillage semblent évitables. Pour cela, les auteurs préconisent les pistes d'action suivantes : 

  • adaptation des durées de conservation lorsque cela est possible : lorsque la stabilité du produit le permet, un allongement des durées de conservation pourrait limiter les destructions inutiles. En France, une expérimentation de cinq ans (initiée en novembre 2025) encourage les laboratoires à réévaluer et, lorsque cela est justifié, prolonger la durée de conservation de certains médicaments ; 
  • adaptation des conditionnements aux besoins réels : plusieurs réflexions sont actuellement menées en France, dont le développement des petits conditionnements (comme c'est déjà le cas pour certaines benzodiazépines hypnotiques), ou la délivrance à l'unité (DAU) qui est déjà une réalité pour certains antibiotiques. En parallèle, l'ANSM encourage le recours à des emballages plus durables et plus écoresponsables ;
  • engagement des professionnels de santé :
    • ajuster la prescription et valoriser d'autres solutions non médicamenteuses quand elles existent,
    • réévaluer fréquemment la pertinence des traitements, et s'engager dans une démarche de sobriété des prescriptions,
    • avant tout renouvellement, évaluer les quantités de médicaments que les patients ont en stock à leur domicile ;
  • sensibiliser les patients aux risques de stockage excessif de médicaments à domicile, et à l'importance de rapporter les MNU en pharmacie.

Une dynamique qui dépasse le cadre national

Les conclusions de Perimed rejoignent plusieurs réflexions engagées au niveau européen autour de l'écoconception des médicaments (cf. notre podcast du 15 mai 2025), de l'adaptation des conditionnements et de l'allongement des durées de conservation.

En France, elles pourraient également alimenter d'autres projets en cours, notamment l'expérimentation envisagée à partir de septembre 2026 d'un circuit sécurisé permettant la redispensation hospitalière de certains médicaments anticancéreux non utilisés.

Au final, l'étude Perimed confirme que le gaspillage médicamenteux constitue un phénomène complexe dont les déterminants dépassent largement la seule question des médicaments périmés. Ses résultats dessinent plusieurs pistes d'amélioration mobilisant l'ensemble des acteurs de la chaîne du médicament, avec à la clé des bénéfices attendus à la fois pour la qualité des soins, les finances de l'Assurance maladie et l'environnement.

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !