Toute plainte de nausées et vomissements gravidiques mérite écoute et prise en charge adaptée.Drazen Zigic / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Très fréquents, les nausées et vomissements de la grossesse, d’origine multifactorielle, touchent globalement jusqu’à 90 % des femmes. Forme plus sévère, l’hyperémèse gravidique a un impact parfois majeur sur la qualité de vie et doit être prise en charge de façon proactive.
La sévérité des symptômes est évaluée cliniquement, notamment grâce au score de PUQE (Pregnancy Unique Quantification of Emesis and nausea).
Si l’arrêt des supplémentations, exception faite de l’acide folique qui doit être maintenu, permet souvent dans les formes les plus légères de réduire les symptômes, le recours gradué à des antiémétiques en ambulatoire est de mise dans les formes les plus sévères.
En cas de retentissement clinique important, ce qui concerne moins de 3 % des grossesses, en particulier en présence d’une déshydratation et de troubles hydro-électrolytiques, une hospitalisation s’impose.
Les nausées et vomissements sont l’un des symptômes les plus fréquents au cours de la grossesse, touchant 50 à 90 % des femmes [1]. Ils sont le plus souvent peu sévères, sans impact majeur sur la qualité de vie et disparaissent à la fin du premier trimestre. Dans 15 à 30 % des cas, les femmes souffrent d’une forme plus sévère, l’hyperémèse gravidique (HG), où les symptômes altèrent la vie quotidienne et professionnelle. Pour 0,3 à 3,6 % des grossesses, les vomissements sont incoercibles et constituent la principale cause d’hospitalisation au cours du premier trimestre de la grossesse.
Quels sont les mécanismes de l’hyperémèse gravidique ? Quels facteurs de risque ?
La physiopathologie de l’HG est encore mal comprise, en raison de son origine multifactorielle et de sa variabilité interindividuelle.
L’implication hormonale est le facteur le plus documenté à ce jour, le pic des symptômes étant corrélé à l’élévation : de l'hormone chorionique gonadotrophique humaine (hCG), des hormones thyroïdiennes, stéroïdiennes comme le cortisol, des œstrogènes et la progestérone. Des travaux expérimentaux récents ont par ailleurs mis en évidence la probable implication du Growth Differentiation Factor 15 (GDF15) et de l'Insulin-like Growth Factor-Binding Protein 7 (IGFBP7), deux médiateurs impliqués dans la régulation de l'appétit et de la perception du goût, également connus comme marqueurs de la cachexie.
L’hypothèse d’une origine psychologique, longtemps avancée, n’est pas confirmée par les données de la littérature.
De nombreux autres facteurs de risque sont avancés, mais restent non confirmés par les résultats des études, portant souvent sur de faibles échantillons et aux résultats contradictoires : portage de la bactérie Helicobacter pylori, prédisposition génétique, faible indice de masse corporelle, fœtus de sexe féminin, grossesses multiples, ou antécédents d’HG lors d’une grossesse précédente.
Quelles sont les conséquences de l’hyperémèse gravidique ?
L’HG peut altérer la qualité de vie personnelle et professionnelle et peut avoir des conséquences psychologiques, voire psychiatriques (stress, troubles anxio-dépressifs, état de stress post-traumatique et idées suicidaires) tant durant la grossesse que dans le post-partum. Elle conduit à une demande d’interruption volontaire de grossesse dans 5 à 15 % des cas (selon les études).
La survenue d’une HG pourrait également avoir un impact sur le déroulement de la grossesse (association entre HG et risque de petit poids de naissance, de petit poids pour l’âge gestationnel et de naissance prématurée).
Les formes sévères exposent la mère à un risque d’encéphalopathie de Gayet-Wernicke (cf. notre article du 18 décembre 2025), notamment en cas de réhydratation parentérale sans supplémentation en thiamine (vitamine B1).
Quelle évaluation initiale de la sévérité des nausées et vomissements gravidiques ?
Toute plainte de nausées et vomissements au cours de la grossesse doit être écoutée et prise en charge de façon appropriée.
Selon le consensus formalisé d’experts du Collège national des gynécologues et obstétriciens français sur la prise en charge des nausées et vomissements gravidiques et de l’hyperémèse gravidique, publié en 2022 [1], l’évaluation initiale de la sévérité des nausées et vomissements gravidiques repose sur trois critères cliniques : la perte de poids rapportée au poids avant la grossesse, la recherche de signes cliniques de déshydratation et le score PUQE modifié (Pregnancy Unique Quantification of Emesis and nausea).
Ce dernier, simple et rapide, comporte trois questions :
1. En moyenne durant une journée, combien de temps vous sentez-vous nauséeuse ou avez-vous « mal au cœur » ?
Pas du tout (1), moins de 1 h (2), 2-3 h (3), 4-6 h (4) ou plus de 6 h (5).
2. En moyenne durant une journée, combien de fois vomissez-vous ?
Pas du tout (1), 1-2 fois (2), 3-4 fois (3), 5-6 fois (4), plus de 7 fois (5).
3. En moyenne durant une journée, combien de fois avez-vous eu des haut-le-cœur ou des renvois sans véritable vomissement ?
Pas du tout (1), 1-2 fois (2), 3-4 fois (3), 5-6 fois (4) ou plus de 7 fois (5).
Le score total, compris entre 3 et 15, permet de classer les symptômes en trois niveaux de sévérité : légers (≤ 6), modérés (7-12) et sévères (≥ 13).
Comment faire la part entre l’HG et les formes non compliquées ?
Ce même consensus définit les nausées et vomissements gravidiques non compliqués comme ceux associés à une perte de poids < 5 %, sans signes cliniques de déshydratation et avec un score PUQE ≤ 6. Aucun bilan biologique n’est nécessaire en l’absence de facteurs orientant vers une pathologie sous-jacente.
On parle d’HG lorsque les nausées et vomissements gravidiques sont associés à au moins un des signes suivants : une perte de poids ≥ 5 %, un ou des signes cliniques de déshydratation et/ou un score de PUQE ≥ 7.
Un bilan biologique est de mise pour rechercher des éléments de sévérité justifiant une hospitalisation, incluant a minima : kaliémie, natrémie, créatininémie, bandelette urinaire complète.
En cas de persistance et/ou d’aggravation des symptômes après un traitement bien conduit, le bilan est complété par un dosage des transaminases, de la lipase, de la CRP, de la TSH, de la T4, une numération leucocytaire et une échographie abdominale pour éliminer un diagnostic différentiel.
Quels sont les critères d’hospitalisation ?
L’hospitalisation n’est proposée qu’aux patientes avec une HG compliquée, définie par une perte de poids significative (≥ 10 %), ou des troubles hydro-électrolytiques nécessitant une correction rapide par voie parentérale. La réhydratation (sérum salé isotonique et vitamine B1 systématique pour éviter la survenue d’une encéphalopathie de Gayet-Wernicke) peut parfois être réalisée à domicile.
Les mesures d’isolement auparavant proposées aux femmes hospitalisées (mise dans le noir, confiscation du téléphone portable ou interdiction de visites…) sont aujourd’hui déconseillées.
Comment prendre en charge les formes non compliquées ?
Les symptômes ne doivent en aucun cas être banalisés. Il convient de répondre à la plainte des patientes en prenant en compte leur ressenti, en leur expliquant que « ce n’est pas dans leur tête, mais lié à des facteurs hormonaux ».
Dans les formes non compliquées, l’arrêt des vitamines prénatales et de la supplémentation en fer est proposé, en maintenant la supplémentation en acide folique.
Aucune modification du régime alimentaire ou du mode de vie n’a prouvé son efficacité dans ce contexte et il est donc conseillé aux femmes d’adapter librement leur alimentation en fonction de leurs symptômes et de leur mode de vie.
Le gingembre, l'acupression, l'acupuncture et l'électrostimulation, dont les bénéfices ne sont pas formellement démontrés, peuvent être envisagés uniquement dans les formes légères (score PUQE ≤ 6).
L'aromathérapie, en revanche, est déconseillée par les experts du consensus, en raison de l'absence d'efficacité démontrée et des risques potentiels liés aux huiles essentielles.
Quels sont les recours médicamenteux possibles ?
Face à une HG, une attitude proactive s’impose. Le traitement médicamenteux doit être proposé rapidement et ajusté, en évaluant son efficacité après 48 à 72 heures selon la sévérité des symptômes. Le consensus d’experts propose de toujours choisir pour des utilisations en première, deuxième ou troisième intention, les molécules ou associations présentant le profil de tolérance le plus favorable.
Dans les formes non compliquées prises en charge en ambulatoire, les experts proposent en première intention : le gingembre ou la doxylamine seule (hors autorisation de mise sur le marché [AMM]) ou l’association doxylamine-pyridoxine (peu d’effets secondaires) ou le diménhydrinate.
Après réévaluation à 72 heures, il est fait appel en deuxième intention au métoclopramide, puis, en troisième intention après une nouvelle réévaluation à 72 heures, à la chlorpromazine (hors AMM), ou prométhazine (hors AMM) ou métopimazine (hors AMM).
En cas d’HG sans critère de gravité, la démarche est proche (le gingembre n’est toutefois pas retenu en première intention), avec une réévaluation non pas à 72 heures, mais à 48 heures.
Chez les patientes hospitalisées, le métoclopramide par voie intraveineuse (IV) est le traitement de première intention, sous réserve qu’il n’ait pas été utilisé avant.
En deuxième intention, à côté de la chlorpromazine IV ou de la prométhazine IV (hors AMM, avant 12 SA), l’ondansétron IV après 12 SA (hors AMM) peut être intéressant. Bien que son administration puisse être associée à une très légère augmentation du risque de fente palatine (environ 3 cas pour 10 000), les études les plus récentes se montrent globalement rassurantes à ce sujet.
Comment accompagner les femmes atteintes d’HG ?
L’HG peut avoir des conséquences psychologiques et psychiatriques, justifiant qu’il faut encourager le soutien psychologique des femmes.
Il est également utile de les informer de l’existence d’associations de patientes investies dans l’accompagnement des femmes et de leur entourage [2, 3].
Depuis 2024, le service de gynécologie du CHU de Montpellier a mis en place une consultation réservée, dont l’objectif est de répondre dans les 48 à 72 heures aux femmes qui interpellent l’association, quel que soit leur lieu de résidence sur le territoire français, et de coordonner leur prise en charge en s’appuyant sur les acteurs de terrain proches de leur domicile. Le contact se fait par email : mieuxvivremonHG@chu-montpellier.fr.
D’après un entretien avec le Pr Philippe Deruelle, chef du service de gynécologie-obstétrique, CHU, Montpellier.
[1] Deruelle P. et al. Consensus formalisé d’experts du Collège national des gynécologues et obstétriciens français : prise en charge des nausées et vomissements gravidiques et de l’hyperémèse gravidique. Gynécologie Obstétrique Fertilité & Sénologie, novembre 2022 ; 50 : 700-711
[2] Association HG, association nationale de patients pour les nausées et vomissements de grossesse
[3] 9 mois avec ma bassine, association nationale d’information et de soutien des personnes souffrant d’hyperémèse gravidique
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