Diagnostic et thérapeutique

Anorexie mentale, boulimie : une maternité à accompagner, du désir d'enfant au post-partum

Les troubles du comportement alimentaire peuvent avoir des conséquences délétères sur la fertilité et ultérieurement, sur le bon déroulement de la grossesse et du post-partum. Un dépistage précoce est préconisé afin de proposer une prise en charge adaptée aux femmes concernées.

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Des irrégularités menstruelles sont un signe d'appel de trouble du comportement alimentaire. 

Des irrégularités menstruelles sont un signe d'appel de trouble du comportement alimentaire. dusanpetkovic / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé
  • Les troubles du comportement alimentaire (TCA) sont fréquents chez la femme en âge de procréer et peuvent influer sur la maternité, de la conception au post-partum. 
  • Un TCA peut altérer la fertilité, majorer les risques obstétricaux et s'accompagner de difficultés psychologiques chez la femme et l'enfant. 
  • Un dépistage du TCA est à réaliser dès le désir d'enfant, car il est peu fréquent que les femmes en parlent spontanément.
  • L'évolution du TCA pendant la grossesse est variable.
  • Le post-partum est une période délicate avec une prévalence plus élevée de dépression maternelle et de difficultés relationnelles avec l'enfant. Un suivi adapté et prolongé est à proposer. 

Alors que les troubles du comportement alimentaire (TCA) toucheraient 8,4 % des femmes au cours de leur vie, voire de 12 à 20 % en incluant les formes syndromiques (et 2,2 % des hommes), comment peuvent-ils affecter la maternité ? C'est l'une des questions abordées lors de la séance inaugurale de la grande cause 2026 de l’Académie nationale de médecine, « Natalité et transition démographique ». 

« Les TCA peuvent être définis comme une manière de s’alimenter qui ne s’intègre pas dans le groupe socioculturel du sujet (décalage), avec un retentissement négatif significatif sur la santé physique, psychique et sociale », a exposé la Dr Célie Massini, psychiatre spécialiste des TCA, praticienne hospitalière au GHU Paris Psychiatrie et Neurosciences (cf. nos articles du 9 octobre 2026 et du 16 octobre 2026).

Les TCA regroupent, par prévalence croissante :

  • l’anorexie mentale, qui se caractérise par des restrictions alimentaires et une dénutrition (indice de masse corporelle [IMC] < 18,5) ;
  • la boulimie qui consiste en des accès hyperphagiques avec comportements compensatoires : jeûne, vomissements provoqués, prise de médicaments laxatifs et/ou diurétiques, hyperactivité physique ;
  • l’hyperphagie boulimique, à savoir des accès hyperphagiques sans comportement compensatoire.

Associés à des troubles psychiatriques (anxiété et dépression), ils débutent majoritairement pendant l’adolescence ou au début de l’âge adulte et évoluent en moyenne durant dix ans, avec parfois une alternance de l’un à l’autre.

Troubles des cycles menstruels

« Il y a chevauchement entre la pathologie et la fenêtre de fertilité, avec un impact potentiel sur celle-ci », a alerté la Dr Massini. Ainsi, 70 à 90 % des femmes atteintes d’anorexie mentale et 75 % de celles ayant des antécédents d’anorexie présentent une aménorrhée. L'absence de menstruation survient « lorsque la perte pondérale équivaut à 10-15 % du poids initial. On assiste au retour des règles lorsqu’il y a restauration de 90 % de l’IMC idéal », a décrit la psychiatre. Cependant, après la correction pondérale, la reprise des cycles menstruels n’est pas systématique.

Et les irrégularités de cycle sont également fréquentes chez les patientes souffrant de boulimie (de 7 à 40 % de cas d’aménorrhée et de 40 à 60 % d’oligoménorrhée) et sont favorisées par les vomissements provoqués (risque multiplié par 3).

« Les facteurs prédictifs d’aménorrhée dans les TCA sont un faible apport calorique, un faible IMC ou un surpoids, un niveau d’exercice physique élevé et/ou un syndrome des ovaires polykystiques (SOPK) », a listé la Dr Massini (cf. nos articles Le syndrome des ovaires polykystiques selon les dernières recommandations internationales du 26 juin 2025 et Le SOPK devient le SMOP, le syndrome métabolique ovarien polyendocrinien du 2 juin 2026).

Dépister dès le désir d'enfant

« Meilleure est la prise en charge du TCA, meilleures sont les chances de concevoir », a-t-elle souligné. Mais le dépistage reste complexe : la majorité des patientes n’évoquent pas leurs troubles ou leurs antécédents lors d’une consultation en amont d’une grossesse, par « méconnaissance de ses impacts possibles sur la fertilité » et/ou par « peur de la stigmatisation ».

Aussi, le médecin est appelé à rechercher un TCA le plus précocement possible (à l’aide du test Scoff, cf. Encadré) [2] et, le cas échéant, à proposer une prise en charge pluridisciplinaire qui inclura suivi somatique, suivi gynéco-obstétrical puis pédiatrique, prise en charge psychiatrique, suivi diététique et suivi de la relation mère-enfant.

Encadré - Le test Scoff [2]

Êtes-vous concerné(e) par un trouble du comportement alimentaire ?

  1. Vous êtes-vous déjà fait vomir parce que vous ne vous sentiez pas bien « l’estomac plein » ? Oui/Non
  2. Craignez-vous d’avoir perdu le contrôle des quantités que vous mangez ? Oui/Non
  3. Avez-vous récemment perdu plus de 6 kg en moins de trois mois ? Oui/Non
  4. Pensez-vous que vous êtes trop gros(se) alors que les autres vous considèrent comme trop mince ? Oui/Non
  5. Diriez-vous que la nourriture est quelque chose qui occupe une place dominante dans votre vie ? Oui/Non

Un suivi à prolonger en post-partum

Pour les 5 à 10 % de femmes enceintes avec un TCA, les risques obstétricaux sont majorés : retard de croissance intra-utérin et faible poids de naissance en cas de dénutrition maternelle, fausse couche, prématurité, diabète gestationnel, hyperémèse gravidique, hémorragie, prééclampsie… Et pour ces femmes souffrant d’une profonde insatisfaction corporelle, les transformations physiques liées à leur état sont une source importante de stress.

La grossesse peut engendrer le maintien, l’aggravation ou la récidive des symptômes du TCA, voire leur apparition. « Il y a une corrélation entre l’état somatique lors de la conception et le risque d’intensification des symptômes », a souligné la Dr Massini. A contrario, la période de grossesse peut être l’occasion d’une rémission… souvent temporaire.

En post-partum, la dépression est plus fréquente chez ces patientes (de 30 à 66 % versus de 15 à 20 % en population générale), de même que les difficultés d’allaitement et les troubles de l’attachement. Chez l'enfant, il est également rapporté une prévalence accrue de troubles émotionnels et de troubles du spectre de l’autisme.

La prise en charge pluriprofessionnelle (médecin généraliste, gynécologue, sage-femme, infirmière, psychologue/psychiatre/pédopsychiatre, diététicienne…) peut se poursuivre bien au-delà de cette période de bouleversements pour améliorer durablement la santé physique et mentale de ces patientes et de leur enfant.

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