En mer, la prévalence est plus élevée, mais variable, selon les conditions de navigation.kieferpix / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Le mal des transports, ou cinétose, est un état de malaise général qui apparaît au cours d’un déplacement réel ou perçu comme tel : en voiture, train, bateau, avion, mais aussi sur des manèges ou lors de jeux en réalité virtuelle.
Le mal des transports découle d’un conflit sensoriel au niveau central, lorsque le cerveau reçoit des informations contradictoires provenant des différents « capteurs » qui régulent l'équilibre et la perception du mouvement.
Sa survenue est favorisée par plusieurs facteurs extrinsèques et intrinsèques.
Il s’agit d’un trouble fréquent, qui peut avoir un impact important sur la qualité de vie des personnes qui en souffrent, voire des répercussions sur la gestion des postes de travail dans certains métiers exposés.
Les symptômes sont très variés, outre les nausées et vomissements qui sont les plus classiquement rapportés.
À côté des mesures préventives d’ordre général, d’efficacité variable d’une personne à une autre, différentes classes thérapeutiques peuvent être proposées.
Des méthodes de rééducation, inspirées de la rééducation vestibulaire, ont été développées ces dernières années, en particulier contre le mal de mer. Elles s’adressent principalement aux professionnels et aux plaisanciers très réguliers.
Le mal des transports, ou cinétose, est un état de malaise général, aux manifestations très variées, qui apparaît au cours d’un déplacement réel ou perçu comme tel.
Il s’agit d’un trouble fréquent qui, bien que bénin, peut avoir un retentissement important sur la qualité de vie des personnes qui en souffrent.
Quelle est sa fréquence ?
Les données épidémiologiques sont peu précises, mais certaines études rapportent une prévalence d’environ 4 % lors de voyages en voiture, 0,13 % en train, et de moins de 1 % en avion de ligne dans des conditions de vol stables (plus fréquent lors de vols en basse altitude et dans de petits appareils).
En mer, la prévalence est plus élevée, mais très variable, car la survenue de ce trouble dépend largement des conditions de navigation.
Quels sont les symptômes ?
Il s’agit d’un malaise général aux manifestations variées. Nausées et vomissements sont les plus classiquement rapportés, mais ils peuvent être précédés par une phase prodromique avec sensation de fatigue, bâillements, baisse de la vigilance, léthargie. Pâleur, sueurs, éructations, hypersialorrhée, maux de tête, instabilité, parfois érythème, hyperventilation sont également rapportés.
Dans la très grande majorité des cas, le trouble est bénin et ses conséquences se limitent à l’altération de la qualité de vie secondaire aux différents symptômes.
Certaines personnes souffrent d’un tableau particulier de mal des transports, le « sopite syndrome », caractérisé par la persistance pendant plusieurs jours d’une somnolence, de troubles du sommeil, de symptômes dépressifs, qui peuvent conduire à l’isolement.
Les complications sont rares, en lien avec le risque de déshydratation et de troubles hydro-électrolytiques chez les personnes ne pouvant être soustraites au mouvement déclencheur.
Dans un cadre professionnel, la nécessité de s’éloigner de son poste de travail ou la baisse de la vigilance peuvent avoir des conséquences délétères sur la sécurité.
Quels sont les mécanismes en cause ?
Le mal des transports découle d’un conflit sensoriel au niveau central, lorsque le cerveau reçoit des informations contradictoires provenant des différents « capteurs » qui régulent l'équilibre et la perception du mouvement : visuels, proprioceptifs, vestibulaires, sans oublier les récepteurs des organes profonds. Par exemple, c’est le cas lorsque l’on lit en voiture : les yeux fixent un livre immobile, mais la vision latérale envoie des informations de mouvement.
En l’absence de schéma résolutif issu d’expériences passées, la réponse peut être inadaptée ce qui conduit à la sensation de malaise.
Le mal de l’espace, entité un peu à part qui concerne de 50 % à 80 % des spationautes, est en lien avec l’hypogravité.
Quels sont les facteurs de risque ?
De nombreux facteurs, extrinsèques et intrinsèques, peuvent favoriser la survenue du mal des transports.
Parmi les facteurs extrinsèques, le type de mouvement, la position du corps (être assis à l'arrière d'une voiture, par exemple), la chaleur, le fait de lire, les odeurs désagréables… Classiquement, on retient les 4 F : Faim, Froid, Fatigue, Frousse.
Au rang des facteurs intrinsèques, le rôle de l’âge est bien établi. Le mal des transports est rare avant 2 ans, plus fréquent entre 2 et 12 ans, tend à disparaître à l’âge adulte, puis à réapparaître avec l’avance en âge en raison d’une presbyvestibulie. Le rôle du sexe (plus grande fréquence chez les femmes en lien avec le cycle menstruel), reconnu par certains auteurs, reste débattu.
Mais d’autres facteurs émergent : l’origine ethnique, les antécédents familiaux (des variantes génétiques sont incriminées), les antécédents personnels de migraine ou de phobie (agoraphobie, vertige des hauteurs...).
Quelles sont les mesures préventives non médicamenteuses ?
Ces mesures découlent directement des facteurs de risque, qui sont variables d’une personne à une autre. L’éventail de solutions est large.
S’il est globalement recommandé de lutter contre le froid et le chaud et de gérer la fatigue, les injonctions alimentaires ne sont pas univoques.
Certaines personnes se sentiront mieux en mangeant léger, d’autres en grignotant, d’autres encore en se lestant l’estomac, ce qui peut jouer sur les barorécepteurs profonds. L’adoption d’une respiration abdominale permet également de jouer sur ces barorécepteurs.
Pendant le voyage, certaines mesures peuvent réduire le risque : regarder l’horizon (garder les yeux fixés sur un objet situé au loin), s’asseoir dans le sens de la marche, choisir un siège là où le mouvement est le moins ressenti (au milieu pour un bateau, par exemple), éviter de lire ou de regarder des écrans, ne pas fumer, respirer l’air frais... Odeur agréable, musique peuvent aussi avoir un effet positif.
L’acupuncture (bracelet) peut aider certaines personnes, mais son efficacité n’est pas prouvée.
Le gingembre, en poudre ou en boisson, peut être proposé pour traiter les symptômes tels que les nausées et vomissements ; il n’agit pas sur les causes.
Quels sont les traitements préventifs pharmacologiques ?
Il est possible de recourir à différentes classes thérapeutiques, en prévention :
- antihistaminique H1 de première génération (c’est le passage de la barrière hémato-encéphalique qui leur confère leur efficacité), à prendre de 30 à 60 minutes avant le départ, avant que les symptômes de mal des transports n’apparaissent : dimenhydrinate avec ou sans caféine, diphénhydramine, méclozine, en respectant les limites d’âge et les contre-indications. La cinnarizine a été retirée du marché en France, en raison de ses effets secondaires, mais doit être connue des praticiens, car elle est accessible dans de nombreux autres pays, dont des pays frontaliers, et sur internet.
- anticholinergique : scopolamine en patch à appliquer 12 heures avant le départ et à changer tous les 3 jours. Les personnes doivent être prévenues de la possible survenue d’effets secondaires tels que des troubles de l’accommodation et une sécheresse buccale. Il n’y a pas d’impact sur les performances cognitivo-psychiques, mais l’administration d’anticholinergique doit toutefois être testée préalablement chez les pilotes.
- l’homéopathie, dont l’efficacité est débattue, peut être testée, car elle est sans risque.
Y a-t-il des moyens mécaniques à utiliser pendant le transport ?
Des lunettes avec des montures contenant un liquide, visant à garder la notion d’horizontalité, ont été développées (Boarding Glass). Elles sont à porter pendant le déplacement dès l’apparition des symptômes dans l’objectif de garder la notion d’horizontalité.
Autre système développé par la même société (Boarding Ring) : des colonnes lumineuses embarquées (Boarding Light), qui s’allument à des hauteurs variables selon les mouvements et les accélérations créant ainsi un « horizon artificiel ». Cette approche a été testée en association avec la Marine nationale.
Quelles sont les méthodes de rééducation proposées ?
Des méthodes de rééducation dérivées de celles utilisées en rééducation vestibulaire ont été développées contre le mal de mer. Elles s’adressent avant tout aux professionnels et aux plaisanciers très réguliers, qui ne peuvent avoir recours au long cours aux traitements médicamenteux.
L’objectif de cette approche est de créer un conflit sensoriel pour que le cerveau s’habitue progressivement et mette en place des solutions.
Initialement, il a été fait appel à la stimulation optocinétique : la personne se tient debout dans une pièce plongée dans le noir et est soumise à des spots lumineux projetés sur les murs, comme le font les boules à facette stroboscopique. Les études menées ont rapporté une efficacité (disparition ou limitation des symptômes à des nausées légères) de l’ordre de 75 % après une dizaine de séances de 30 minutes et perdure au-delà de 5 ans.
Désormais, la stimulation optocinétique tend à laisser la place à la simulation de navigation en réalité virtuelle, telle que proposée à l’Hôpital régional d’instruction des armées de Brest avec le dispositif Nausicaa. La personne, assise sur un fauteuil animé capable d’imiter les mouvements de houle (les plus délétères) et munie de lunettes numériques est soumise à différentes conditions de mer agitée.
Après une dizaine de séances de 20 minutes, l’efficacité (absence ou nausées légères) est de plus de 80 %.
Aujourd’hui, certains cabinets de kinésithérapie proposent une rééducation basée sur ces techniques (projecteur optocinétique, plateforme de posturographie, fauteuil multidirectionnel…), ce qui permet à un plus grand nombre d’accéder à ces approches novatrices.
D’après un entretien avec le médecin en chef Alexis Maffert, chef du service ORL, Hôpital régional d'instruction des armées Clermont-Tonnerre, Brest.
- Maffert A. Cinétoses. EMC - Oto-rhino-laryngologie, 29 mars 2023;0(0):1-6 [Article 20-201-A-10].
- Ressiot E, Dolz M, Bonne L, Marianowski R. Étude prospective sur l’efficacité de la rééducation optocinétique dans le traitement des naupathies. Annales françaises d'Oto-rhino-laryngologie et de Pathologie Cervico-faciale, November 2013;130:268-273.
- Ressiot E, Dolz M, Bonne L, Marianowski R. Prospective study on the efficacy of optokinetic training in the treatment of seasickness. European Annals of Otorhinolaryngology, Head and Neck Diseases, November 2013;130:263-268.
- Jégaden D,
Maffert A, Lucas D, Auffray JP, Tran Ba Huy P. La naupathie. Books on Demand, 4 mars 2024, tome 3 : Monographies de médecine maritime, 200 p. (Nature & sciences naturelles), ISBN : 9782322507597. - Maffert A, Aupy B. Optokinetic stimulation efficiency for sea sickness treatment. Int Marit Health, 2020;71:249-252.
- Maffert A, Beust L. Preliminary study after two years of use of Nausicaa system for seasickness management. Int Marit Health, 2022;73:172-177.
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