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Depuis juin 2021, la primo-prescription de TRUVADA et génériques est possible par tout médecin (illustration).

Depuis juin 2021, la primo-prescription de TRUVADA et génériques est possible par tout médecin (illustration).

#Santé publique #Données épidémiologiques
Par David Paitraud - Date de publication : 19 juillet 2022

Prophylaxie préexposition au VIH : efficacité très élevée, mais conditionnée par l'observance

Selon une étude menée à partir des données de santé françaises et publiée dans The Lancet Public Health, l'efficacité de la prophylaxie préexposition (PrEP) au VIH avec TRUVADA ou ses génériques (emtricitabine/ténofovir disoproxil fumarate) est élevée, de l'ordre de 93 % chez les sujets observants. 

 

Résumé
Le groupement d'intérêt scientifique EPI-PHARE a publié les résultats d'une étude pharmacoépidémiologique dans 
The Lancet Public Health, relative à l'efficacité en vie réelle de la prophylaxie préexposition (PrEP) au VIH avec TRUVADA ou ses génériques (emtricitabine/ténofovir disoproxil fumarate).

Cette étude, réalisée à partir des données de santé françaises (46 706  hommes à haut risque d'infection VIH par voie sexuelle, de janvier 2016 à juin 2020), confirme l'efficacité de la PrEP pour prévenir l'infection VIH, à condition d'une bonne observance. Cette efficacité est évaluée à 60 % pour l'ensemble de la population étudiée, et s'élève à 93 % si l'observance est bonne. 

En revanche, cette efficacité s'effondre à 18 % en cas de sous-consommation de la PrEP ou d'interruption de ce traitement prophylactique. 

L'étude EPI-PHARE identifie deux groupes de population au sein desquelles l'efficacité de la PrEP en vie réelle est réduite, du fait d'une mauvaise observance :

  • les hommes de moins de 30 ans ;
  • et les hommes bénéficiaires de la complémentaire CMU (CMUc). 


Lgroupement d'intérêt scientifique EPI-PHARE (ANSM et Cnam) a publié une nouvelle étude pharmacoépidémiologique réalisée à partir des données de santé françaises, dont l'objectif était d'évaluer l'efficacité en vie réelle de la prophylaxie préexposition (PrEP) au VIH avec TRUVADA ou génériques (emtricitabine/ténofovir disoproxil fumarate - cf. Encadré 1) chez des hommes à haut risque d'infection par voie sexuelle [1].

Cette étude a été publiée dans la revue The Lancet Public Health [2].  


Encadré 1 - La PrEP VIH : principe et traitement disponible en France
La PrEP est un traitement antiviral prophylactique destiné à réduire le risque d'infection par le VIH par voie sexuelle chez des sujets à haut risque de contamination (à partir de 12 ans) (cf. VIDAL Reco « VIH (infection par le) »), en association à des pratiques sexuelles à moindre risque.

La PrEP repose sur l'association
emtricitabine/ténofovir disoproxil fumarate (TRUVADA 200 mg/245 mg comprimé pelliculé et génériques). 

Depuis juin 2021, la primo-prescription est possible par tout médecin (cf. notre article du 1er juin 2021). La prise en charge est de 100 % chez les patients de 15 ans et plus. 

Deux schémas posologiques sont envisageables, selon le profil et les besoins des personnes : 
  • schéma continu : 1 comprimé par jour ;
  • schéma discontinu (hors AMM) : première prise de 2 comprimés entre 2 et 24 heures avant le rapport sexuel, seconde prise de 1 comprimé environ 24 heures après la première prise, troisième prise de 1 comprimé environ 24 heures après la seconde prise. En cas de rapports répétés, poursuivre avec 1 comprimé par jour jusqu'à 2 jours après le dernier rapport sexuel.


Une étude française sur plus de 45 000 hommes
Depuis 2017, le GIS EPI-PHARE a publié plusieurs études pharmacoépidémiologiques permettant de mieux cerner les modes d'utilisation de la PrEP en France : recours à la PrEP (cf
notre article du 4 décembre 2019), impact de la pandémie de COVID sur ce traitement, etc.

Selon le dernier rapport de suivi de l'utilisation de la PrEP publié par EPI-PHARE en novembre 2021 [3, [4], un total de 42 159 personnes, principalement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) de 15 ans et plus, avaient commencé la PrEP au 30 juin 2021. 


L'étude publiée dans The Lancet Public Health a été réalisée à partir des données du système national des données de santé (SNDS), et a inclu 46 706 hommes à haut risque d'infection VIH par voie sexuelle entre janvier 2016 et juin 2020 en France, parmi lesquels 256 ont été infectés par le VIH au cours du suivi. 

Une efficacité élevée, sous réserve d'une bonne observance
L'étude française en vie réelle démontre la relation étroite entre l'efficacité de la PrEP et l'observance :

  • efficacité de l'ordre de 60 % sur l'ensemble de la population étudiée ; 
  • efficacité de l'ordre de 93 % chez les sujets observants (niveau d'efficacité proche de celui rapporté dans les essais cliniques, soit 92 %). L'observance était évaluée à partir de la consommation mensuelle de TRUVADA. Une observance correcte correspond à la consommation de trois quarts à 1 boîte de 30 comprimés par mois (soit 1 comprimé par jour pendant 1 mois, conformément à la posologie) ;
  • efficacité de l'ordre de 86 %, en excluant les périodes d'interruption de la PrEP.   


L'observance, un facteur déterminant
Parmi les 256 hommes infectés par le VIH, 29 % avaient utilisé la PrEP, contre 49 % d'utilisateurs dans le groupe d'hommes restés séronégatifs au VIH. Autrement dit, l'infection par le VIH est associée à une moindre utilisation de la PrEP. 

De même, en comparaison aux hommes sous PrEP restés séronégatifs, l'infection par le VIH malgré une PrEP est plus souvent associée à une consommation faible de TRUVADA :

  • moins d'une boîte de 30 comprimés tous les 2 mois (78 % contre 40 %)
  • et/ou des interruptions prolongées (d'au moins 3 mois) du traitement (74 % contre 40 %).

Selon les auteurs, l'efficacité de la PrEP s'effondre à 18 % en cas de consommation faible de TRUVADA.

Une observance dégradée chez les plus jeunes ou chez des hommes socio-économiquement précaires
Pour évaluer l'efficacité de la PrEP en fonction du profil des patients, les auteurs ont réparti les hommes inclus selon cinq catégories (âge, milieu socio-économique, lieu de résidence, durée de suivi, année civile). 

L'étude met en évidence une réduction de l'efficacité de la PrEP dans deux groupes de population :

  • les hommes âgés de moins de 30 ans ;
  • les hommes bénéficiaires de la complémentaire CMU (CMUc), correspondant à un niveau socio-économique plus précaire.

Dans ces populations, on observe plus fréquemment une consommation faible de TRUVADA et des interruptions de PrEP. 

Des actions nécessaires pour promouvoir l'observance de la PrEP
Ces résultats montrent clairement que l'efficacité de la PrEP est conditionnée par le niveau d'observance, lui-même influencé par le profil de l'utilisateur.
En identifiant les populations moins observantes, cette étude invite à mettre en œuvre des actions pour améliorer l'observance à la PrEP et garantir son efficacité, en particulier chez les plus jeunes et les personnes défavorisées sur le plan socio-économique.


Pour aller plus loin
[1] L'efficacité de la prophylaxie préexposition (PrEP) du VIH est confirmée en vie réelle dès lors que l'observance au traitement est bonne (ANSM, 13 juillet 2022)

[2] Jourdain H et al. Real-world effectiveness of pre-exposure prophylaxis in men at high risk of HIV infection in France: a nested case-control study. Lancet Public Health, 2022; 7:e529-36
[3] Synthèse - Suivi de l'utilisation de la prophylaxie préexposition (PrEP) au VIH (EPI-PHARE, novembre 2021)
[4] Rapport - Suivi de l'utilisation de Truvada ou génériques pour une prophylaxie préexposition (PrEP) au VIH à partir des données du Système National des Données de Santé (SNDS) : actualisation des données jusqu'au 30 Juin 2021 (EPI-PHARE, 29 novembre 2021)

 

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