Le bon médicament, dans la bonne situation, pour la bonne personne et à la bonne dose.cagkansayin / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
- Le
forum annuel de l'Abum (Association pour le bon usage du médicament) s'est tenu le 8 septembre au ministère de la Santé. - L'occasion, comme chaque année, de rassembler les nombreux visages de la santé autour d'une thématique : le bon usage du médicament.
- Le temps d'une journée, professionnels, patients, éditeurs, institutionnels et
entrepreneurs ont échangé et présenté des initiatives en faveur d'un recours juste et approprié aux médicaments. - À quelques mois des élections présidentielles, cette édition 2026 a souhaité partager
un message clair : le bon usage du médicament est un levier de pertinence des soins et contribue à la soutenabilité du système de santé français. - Pour l'Abum, le bon usage du médicament n'est pas qu'une affaire de médecins : cette démarche constitue une base solide pour une
politique de santé efficiente et pérenne. L'association promet d'adresser des recommandations dans ce sens aux candidats à l'Élysée.
TRANSCRIPTION*
VIDAL News. Parole d'experts. David Paitraud revient sur le forum 2026 de l'Association pour le bon usage du médicament (Abum) au cours duquel il a interviewé plusieurs intervenants.
« Le bon médicament, dans la bonne situation, pour la bonne personne et à la bonne dose », c'est la perception que l'on se fait du bon usage du médicament. Jusqu’à présent, cette thématique s’adressait aux professionnels de santé.
Lors de son forum annuel, le 8 septembre 2026, au ministère de la Santé, l’Abum a donc fait le pari de sortir le bon usage du médicament d’un périmètre purement technique pour le projeter dans une dimension davantage sociétale, voire politique avec un fil conducteur tout au long de ce forum : le bon usage comme solution pour améliorer la pertinence des soins, et améliorer l’efficience du système de santé français.
Antoine Dupuis, président de l’Abum. On est persuadé que le bon usage du médicament va produire une pertinence dans l'efficacité des soins et une pertinence dans l'efficience économique des soins. C'est là la place du bon usage.
La déprescription, levier majeur
Insuffler des initiatives
Jean-François Huon, pharmacien hospitalier au CHU de Nantes, a contribué à la création du réseau national de déprescription qui verra le jour à l'automne 2026. On va de plus en plus vers la déprescription et la non-prescription. Beaucoup de monde dit : « on ne devrait pas parler de la déprescription, car on a l'impression d'avoir mal fait ». Effectivement, le jour où on ne parlera plus de déprescription, cela signifiera que dès le début, on se sera posé les questions suivantes : « jusqu'à quand on prescrit ? Est-ce que le médicament est nécessaire ? » On aura pris en compte l'évolution du patient et on se dira : « À un moment j'ai prescrit, c'était indiqué, mais peut-être que quelques semaines, quelques mois, quelques années après, ça ne l'est plus ». Il faut qu'on travaille particulièrement sur ce point.
S'organiser au niveau national
L'objectif de ce réseau est de mettre tout le monde autour de la table : les professionnels de santé (médecins, pharmaciens, les infirmiers, les IPA, etc.), mais aussi tous ceux qui gravitent autour du bon usage du médicament (patients partenaires, les agences du médicament comme la Haute Autorité de santé, les assurances maladie, les Omedit, et aussi, les chercheurs, les enseignants…). L'objectif est vraiment de travailler là-dessus, qu'on discute, qu'on homogénéise nos pratiques, qu'on fasse des outils qu'on diffuse et qui soient validés et utilisés par tous. Le but est d'implémenter les pratiques de déprescription au quotidien.
Les logiciels de prescription
Des outils d'aide à la prescription affinés et efficaces
Cécile Carron, directrice marketing et communication chez VIDAL. Nous, éditeurs, avons un rôle à jouer parce qu'on doit accompagner le prescripteur pour le guider, pour identifier les meilleures prescriptions. C'est à travers les systèmes, les logiciels, les algorithmes, qu'on va lui proposer, s'appuyant sur la science existante évidemment, des améliorations de la prescription, lorsqu'on voit qu'il y aurait peut-être des points à questionner dans sa prescription.
Une démarche scientifique
Tout est dans la pertinence de l'alerte qui doit être efficace. Il faut que l'alerte soit compréhensible facilement par le prescripteur et qu'elle arrive au bon moment. Pour cela, il y a deux points clés :
- la qualité du remplissage du dossier du patient, puisqu'on s'appuie sur le dossier du patient ;
- la façon dont les règles sont faites. On les élabore avec des comités scientifiques.
L'IA, un élément essentiel
Des craintes légitimes
Sandra Malak, médecin, directrice de projet au sein de la délégation numérique en santé. L'enjeu est d'identifier les risques. Certains d'entre eux sont connus : des données qui partent à des fins qu'on ne maîtrise pas, des erreurs dans les recommandations des algorithmes, des enjeux industriels qui nous dépassent tels que des volontés d'influence sur la prescription du prescripteur.
Embarquer l'IA
Le but est d'utiliser l'intelligence artificielle (IA) pour améliorer la prise en charge des patients, la pertinence des soins, et un cadre qui soit à la fois sécurisant et innovant pour le professionnel de santé et le patient.
Patients et prescripteurs
La valeur du patient
Fitsum Guebre-Egziabher, néphrologue, cofondatrice de la Société française de la valeur en santé. Quand on parle souvent de santé, on pense à économie, volume d'actes, mais dans l'équation, il faut tenir compte de la valeur du patient. Quelles sont ses préférences dans un projet de vie ? Et les mettre dans l'équation : « j'ai un soin que je fais avec le niveau de preuve scientifique que j'ai, avec mon expertise professionnelle ».
Un échange constructif entre le patient et le prescripteur
Le soin doit permettre au patient de mener la meilleure vie possible. Il faut donc trouver une juste balance entre les effets secondaires ou la iatrogénie médicamenteuse et le bénéfice que le patient attend de son traitement. En néphrologie, par exemple, la qualité de vie du patient est à rechercher. Il y a le questionnaire sur la qualité de vie du patient et l'abord vasculaire pour le professionnel. On se rend compte qu'il y a une discordance entre ce que nous, on pense qui est important pour le patient, et ce que lui, il dit qui est important pour lui.
Les associations de patients
La qualité des soins doit primer sur la quantité
Malagi Léo, coordinatrice de l'association Action Patients. La qualité des soins ne se réduit pas à la quantité. Parfois même, la quantité nuit à la qualité. Bien sûr il faut rechercher un équilibre. Parfois même, une déprescription peut être salutaire pour les patients. Ce n'est pas simple, parce que c'est très personnel aussi. Les attentes des patients peuvent varier d'un patient à un autre. Il y a un effort méthodologique très important pour définir les bons indicateurs et faire une évaluation juste.
Un parcours de soins individualisé et performant
On peut définir une série d'indicateurs qui permettent de faire de l'évaluation rétrospective à partir de l'expérience de certains patients, de certains professionnels de santé. Se rendre compte que dans telle situation, à tel moment du parcours de soins, cela paraît plus intéressant ou plus pertinent qu'à un autre moment. Ces analyses de données rétrospectives pourraient permettre de mieux définir les parcours de soins.
L'Assurance maladie
La soutenabilité économique
Antoine Mathieu Nicoli, directeur de la gestion du risque et de la soutenabilité de l'Assurance maladie. La soutenabilité ne se pose plus complètement de la même façon dans un monde dit de l'abondance et dans un monde qui va être contraint en ressources, en moyens et d'un point de vue écologique.
Améliorer la performance du système
Il vaut mieux anticiper ces questions et se les poser maintenant pour s'organiser correctement au lieu de les subir. Nous, côté Assurance maladie, soutenons notamment tout ce qui a été fait par le Shift Project ces dernières années sur ces sujets. Il me semble que c'est un enjeu clé. Les candidats à l'Elysée devront, d'un moment à l'autre, aborder ces sujets : l'accès aux soins, mais aussi de ce que le système peut délivrer, ce qu'il est en capacité de délivrer, et comment est-ce qu'on maintient ce système original à l'échelle mondiale. Pour que tout cela se maintienne, cela nécessite un certain nombre de choix d'arbitrage.
À l’issue de ce forum, l'Abum promet d'établir des recommandations pour améliorer la performance du système de santé français et assurer sa soutenabilité. Propositions qu'elle remettra aux candidats à l'Elysée.
Aucun candidat à l'élection présidentielle 2027 n'était présent ou représenté au forum de l'Abum, mais cet événement est un premier pas pour sensibiliser la classe politique à l'enjeu que représente le bon usage pour maintenir un système de santé français solide et pérenne.
APM News. Médicaments : un réseau national de déprescription en création (sur le site de VIDAL, le 10 septembre 2026)
APM News. La déprescription en soins primaires : un tandem médecin-pharmacien aux côtés du patient (sur le site de VIDAL, le 18 mars 2026)
Paitraud D. Podcast VIDAL - Déprescription : un processus fondé sur la confiance et la coordination (Actualité VIDAL, le 28 novembre 2024)
7 minutes
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