Soins dentaires : limiter l'usage des antibiotiques

La Haute Autorité de santé a publié des recommandations sur le recours aux antibiotiques en pratique bucco-dentaire. L'antibioprophylaxie est à réserver à certaines situations à risque et l'antibiothérapie curative, si nécessaire, est à prescrire pour la durée la plus courte. 

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
Les risques de l'automédication antibiotique sont à expliquer au patient.

Les risques de l'automédication antibiotique sont à expliquer au patient.BalanceFormcreative / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

La Haute Autorité de santé a publié le 14 septembre 2026 des recommandations sur la prescription d'antibiotiques en pratique bucco-dentaire afin de limiter leur utilisation aux seules indications utiles.

Les indications de l'antibioprophylaxie dépendent du profil du patient :

  • population générale ;
  • patients à risque infectieux augmenté ;
  • patients à haut risque d'ostéonécrose des mâchoires.

Il est recommandé d'utiliser en première intention une dose de 2 g d'amoxicilline une heure avant le geste. 

Pour l'antibiothérapie, quand elle est indiquée, elle est à associer avec un geste local

Dans la majorité des cas, il est préconisé de recourir à de l'amoxicilline 1 g 3 fois par jour pendant 3 jours.

Le traitement est à réévaluer systématiquement à 48-72 heures.

La double antibiothérapie est à réserver à quelques cas exceptionnels (sinusite maxillaire aiguë d'origine dentaire, ostéite, ostéomyélite, certaines parodontites évoluées).

Une couverture antibiotique n'est pas utile en cas de prescription d'anti-inflammatoires (stéroïdiens ou non). 

Un bain de bouche antiseptique (chlorhexidine 0,1 à 0,2 % ou povidone iodée à 10 %) est recommandé avant tout geste bucco-dentaire.

« En soins dentaires aussi, les antibiotiques ne sont pas automatiques ». Tel est le message de la Haute Autorité de santé (HAS) qui vient de publier ce 14 septembre 2026 ses recommandations pour la prescription d'antibiotiques en pratique bucco-dentaire [1]. En réservant les antibiotiques aux situations nécessaires, la HAS entend « réduire les prescriptions inutiles dans un souci de pertinence des soins et de lutte contre l'antibiorésistance ».

Réalisées à la suite d'une saisine par le Conseil national professionnel des chirurgiens-dentistes, ces recommandations s'adressent aux chirurgiens-dentistes, aux médecins (chirurgiens ORL et stomatologues, généralistes, pédiatres, urgentistes, infectiologues, internistes, gériatres, etc.), mais aussi aux patients, avec des fiches outils spécifiques pour les trois catégories ciblées. Les chirurgiens-dentistes arrivaient en deuxième place en 2025 dans la prescription d'antibiotiques en ville, derrière les médecins généralistes.

Si les douleurs dentaires sont « majoritairement d’origine inflammatoire et se traitent par un geste étiologique rapide associé si nécessaire à des antalgiques », la HAS reconnaît des indications à l'antibioprophylaxie et à l'antibiothérapie et en précise les modalités. 

Une antibioprophylaxie dans les situations à risque 

L’antibioprophylaxie n’est indiquée que pour des interventions identifiées comme présentant un risque significatif d’infection. « Elle n’est pas justifiée pour tous les actes bucco-dentaires et son recours doit être limité aux situations où le bénéfice est avéré », insiste la HAS.

Les indications sont définies en fonction de la catégorie de patients concernés (cf. tableaux exhaustifs [1]) :

  • population générale : recommandations restreintes à la greffe osseuse, la procédure d'élévation sinusienne, avulsion de dent incluse ectopique ou en désinclusion, en cas de plaie souillée ou de morsure et en cas d'événements indésirables peropératoires ;
  • patients à risque infectieux augmenté (pathologies, traitements) : recommandations très larges (endodontie, parodontologie, implantologie et chirurgie implantaire, chirurgie orale, traumatologie, en cas d'événements indésirables peropératoires) ;
  • patients à haut risque d’ostéonécrose des mâchoires : recommandations très larges aussi, mais avec des spécificités (anesthésie intraligamentaire ou ostéo-centrale).

L'antibioprophylaxie chez l'adulte est de 2 g d'amoxicilline à administrer 1 heure avant le geste (et jusqu'à 2 heures après en cas d'oubli ou d'urgence) et chez l'enfant de 50 mg/kg sans dépasser 2 g.

Des cas particuliers nécessitant une antibioprophylaxie en postopératoire sont décrits :

  • événement indésirable peropératoire (par exemple communication bucco-sinusienne, emphysème cervicofacial, exposition à l'hypochlorite de sodium) : amoxicilline 1 g 2 fois par jour durant 5 jours ;
  • plaie fortement souillée ou par morsure de mammifère : amoxicilline + acide clavulanique (1 g/125 mg) 3 fois par jour durant 5 jours :
  • acte chirurgical exposant l'os chez le patient à haut risque d'ostéonécrose des mâchoires : amoxicilline 2 g, 1 heure avant l'intervention puis 500 mg 3 fois par jour durant 7 jours. 

Un tableau dans la synthèse précise les modalités de prescription chez l'enfant (indications, posologies et alternatives). 

Une antibiothérapie curative la plus courte possible

Lorsqu’une antibiothérapie est indiquée, il est recommandé de la prescrire en complément d’un geste local visant à effectuer un drainage ou à traiter la cause de l’infection (incision, débridement, détartrage/surfaçage, pulpectomie ou avulsion).

Une fiche à destination des médecins explique et récapitule les indications :

  • uniquement chez les patients à risque d'endocardite infectieuse et à risque infectieux augmenté ou si signe d'extension (local, régional ou systémique) ou si un geste ne peut être réalisé : parodontite apicale aiguë, abcès apical aigu, flare-up infectieux après traitement des racines, abcès parodontal, abcès endo-parodontal, péri-implantite, alvéolite suppurée ;
  • infection de greffe osseuse ou gingivale ;
  • sialadénite bactérienne ;
  • cellulite cervicofaciale ;
  • infection d'origine péricoronaire avec signes d'extension ;
  • maladie parodontale nécrosante avec atteinte systémique (lymphadénopathie, fièvre) ;
  • sinusite maxillaire aiguë d'origine dentaire ;
  • ostéite, ostéomyélite ;
  • ostéonécrose des mâchoires avec signes d'extension. 

L’hypothèse selon laquelle les infections doivent être traitées au-delà de la disparition des symptômes est actuellement discutée. Pour de nombreuses infections, un traitement de courte durée a montré des résultats cliniques similaires à ceux d’un traitement de plus longue durée.

Dans la majorité des cas, la posologie d'amoxicilline à appliquer chez l’adulte est de 1 g, 3 fois par jour, pendant 3 jours.

Pour certaines indications, un autre antibiotique, voire une double antibiothérapie est recommandé en première intention :

  • maladie parodontale nécrosante : métronidazole 500 mg 3 fois par jour, durant 3 jours ;
  • sinusite maxillaire d'origine dentaire, ostéite, ostéomyélite, ostéonécrose des mâchoires : double antibiothérapie (cf. paragraphe suivant).

Toute antibiothérapie nécessite une réévaluation (en consultation, téléconsultation ou à défaut par téléphone) à 48 ou 72 heures de l’instauration du traitement.

Dans la fiche outil à destination des médecins, deux tableaux, l'un chez l'adulte et l'autre chez l'enfant, récapitulent les indications, antibiothérapies de première intention avec d'autres solutions (allergie, contre-indication, rupture de stock) et de seconde intention (échec de la première intention).

Cas exceptionnels justifiant une bithérapie antibiotique

Les situations cliniques justifiant d’une bithérapie antibiotique en première intention sont exceptionnelles :

  • certaines parodontites de stade III/IV avec critères de sévérité : amoxicilline 500 mg + métronidazole 500 mg 3 fois par jour durant 3 jours ; 
  • sinusite maxillaire aiguë d'origine dentaire : amoxicilline + acide clavulanique 1 g/125 mg 3 fois par jour pendant 7 jours ;
  • ostéite et ostéomyélite, ostéonécrose des mâchoires avec extension : amoxicilline + acide clavulanique 1 g/125 mg 3 fois par jour pendant au moins 14 jours jusqu'à amendement des signes locaux;
  • traumatisme avec plaie fortement souillée ou avec plaie par morsure de mammifère.

Conseils aux patients

Il est recommandé que les praticiens informent les patients du danger d’une automédication antibiotique (spectre inadapté, développement de résistances, infection décapitée, risque d’effets indésirables…).

Un bain de bouche antiseptique (chlorhexidine 0,1 à 0,2 % ou povidone iodée à 10 %) est recommandé avant tout geste bucco-dentaire

L'importance du maintien de la santé en général, y compris orale (hygiène buccale et alimentaire) est à rappeler. 

Les praticiens informent leurs patients des symptômes récents non résolutifs demandant une consultation rapide :

  • tuméfaction cervicofaciale, trismus, lymphadénopathie ;
  • gêne ou douleur dans la bouche ;
  • érythème ou tuméfaction des gencives ;
  • gingivorragie spontanée ou au brossage ;
  • mobilité dentaire, récession gingivale ou perte d'une dent ;
  • changement de couleur d'une dent ;
  • halitose.

Pas de couverture antibiotique systématique avec les anti-inflammatoires 

L’étude de la littérature n’a montré aucun bénéfice à la prescription d’une antibiothérapie concomitante à la prescription d’anti-inflammatoires, qu’ils sont stéroïdiens ou non stéroïdiens. Il est donc recommandé de ne pas recourir systématiquement à la prescription d’antibiotiques lors d’une prescription d’anti-inflammatoires.

Pas d'indication à l'antibiothérapie locale

Il est recommandé de ne pas utiliser une antibiothérapie locale en pratique bucco-dentaire, quels que soient le traitement ou la pathologie.

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !