Le congrès Ifods 2026, trois jours d'échanges sur les innovations en cancérologie.PCH-Vector / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Pour sa 9ᵉ édition, le congrès national d'oncologie International and French Oncology Days (Ifods) s'est tenu du 17 au 19 juin 2026 à Paris.
Les experts ont présenté les données les plus récentes susceptibles de faire évoluer les pratiques.
Une analyse critique des principaux résultats du congrès annuel de l'American Society of Clinical Oncology (Asco) 2026 a été proposée, tandis qu'une session réservée à l'European Society for Medical Oncology (Esmo) a abordé les applications de l'intelligence artificielle en oncologie et les recommandations encadrant son utilisation.
L'Institut Curie et Gustave-Roussy ont également présenté leurs priorités en matière de recherche et d'innovation.
Au-delà des avancées thérapeutiques, les Ifods ont mis en lumière les transformations en cours en oncologie : évolution des métiers, nouvelles organisations des soins, développement de la médecine de précision, place croissante de l'intelligence artificielle et enjeux sociétaux.
Une approche collaborative qui reflète les évolutions actuelles de la cancérologie.
Pour sa 9ᵉ édition, le congrès national d'oncologie des International and French Oncology Days (Ifods) s'est tenu du 17 au 19 juin 2026 à Paris. Ce rendez-vous multidisciplinaire réunit sociétés savantes, médecins, chercheurs, soignants, professionnels paramédicaux, patients partenaires et jeunes professionnels, mais aussi des start-up et des partenaires industriels autour des avancées scientifiques, des innovations thérapeutiques et des évolutions de la pratique en cancérologie.
Entretien croisé avec les coprésidents des Ifods le Pr Jean-Philippe Spano (chef du service du département d’oncologie médicale à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris) et la Pr Françoise Mornex (professeure à l’université Claude-Bernard Lyon 1, ancienne cheffe de service du département d’oncologie radiothérapie au CHU de Lyon).
VIDAL. Quel regard portez-vous sur cette 9ᵉ édition des Ifods ?
Pr Jean-Philippe Spano (Pr J.P.S.). Cette 9ᵉ édition confirme la place des Ifods parmi les grands rendez-vous de la cancérologie française. Le congrès est devenu un espace d'échange entre les différentes disciplines concernées, avec l'ambition de dépasser la simple présentation des résultats d'essais cliniques pour en analyser les conséquences sur les pratiques et les parcours de soins.
L'innovation en cancérologie ne repose plus uniquement sur les nouveaux traitements : elle s'appuie aussi sur la biologie moléculaire, l'imagerie, les sciences des données, l'intelligence artificielle et les nouvelles organisations des soins.
Les Ifods reflètent cette évolution en réunissant l'ensemble des acteurs impliqués dans la prise en charge des patients. L'élargissement des compétences des infirmiers en pratique avancé (IPA), des manipulateurs en électroradiologie médicale (Merm), des pharmaciens, des attachés de recherche clinique (ARC), des kinésithérapeutes, et l'intégration des patients partenaires illustrent cette approche de plus en plus collaborative.
Pr Françoise Mornex (Pr F.M.). Les Ifods constituent également un trait d'union entre la cancérologie française, européenne et nord-américaine et, cette année, japonaise.
De leur côté, l'Institut Curie et Gustave-Roussy ont illustré le dynamisme de la recherche française dans des domaines clés comme la médecine de précision, l'intelligence artificielle, les données de vie réelle et les nouveaux essais cliniques.
Le partenariat historique avec le post-American Society of Clinical Oncology (post-Asco) permet d'apporter une lecture critique des principales études en les replaçant dans le contexte des pratiques françaises et européennes. La création d'une session réservée à l'European Society for Medical Oncology (Esmo) renforce cette ouverture internationale, avec un focus sur l'intelligence artificielle et les recommandations destinées à en garantir un déploiement sûr et pertinent en pratique clinique.
Les sessions post-Asco restent un temps fort des Ifods. Quels messages retenez-vous de l'édition 2026 ?
Pr J.P.S. Les biomarqueurs occupent une place croissante dans la décision thérapeutique. Cette évolution est illustrée par le développement de l’ADN circulant (ctDNA) en oncologie digestive [1], l'enrichissement continu de la caractérisation moléculaire dans le cancer bronchique et l'utilisation d'autres biomarqueurs pour guider les traitements ciblés dans le cancer du sein.
Initialement développés en sénologie, les anticorps conjugués (ADC) poursuivent leur expansion dans de nombreuses localisations, notamment les cancers urothéliaux, ORL, thoraciques et digestifs. Parallèlement, les thérapies ciblées continuent de progresser, en particulier celles dirigées contre les altérations du gène RAS. Les résultats du daraxonrasib en deuxième ligne du cancer du pancréas métastatique ont ainsi constitué l'un des temps forts de l'Asco 2026.
Pr F.M. Les stratégies thérapeutiques sont de plus en plus personnalisées. Les essais cliniques s'intéressent désormais à des sous-groupes de patients définis par leur profil moléculaire ou biologique, une évolution qui concerne l'ensemble des spécialités (Cf. Tableau - Principaux résultats des essais présentés aux Ifods 2026).
Cette personnalisation s'étend également aux traitements locorégionaux. Chirurgie et radiothérapie sont désormais intégrées dans des stratégies multimodales visant à adapter l'intensité des traitements au risque individuel, avec des approches de désescalade pour limiter les toxicités ou, à l'inverse, l'intensification chez les patients à haut risque [IV].
L'ADN tumoral circulant a occupé une place importante dans plusieurs sessions. Sommes-nous en train de franchir une nouvelle étape dans la médecine de précision ?
Pr J.P.S. L'ADN tumoral circulant (ctDNA) s'inscrit dans une approche globale de la médecine de précision, aux côtés de l'anatomopathologie, de la biologie moléculaire et de l'imagerie.
Son principal atout est d'être accessible par une simple prise de sang. Il complète la caractérisation de la tumeur au diagnostic et reflète l’hétérogénéité tumorale en situation métastatique.
Grâce à des prélèvements répétés, il permet de suivre l'évolution de la maladie, d'évaluer la réponse au traitement et d'identifier précocement l'apparition de mécanismes de résistance.
Pr F.M. Le ctDNA prend une place croissante en pratique clinique. Dans le cancer colorectal, sa valeur pronostique est aujourd'hui bien démontrée, notamment pour évaluer le risque de récidive, sans modifier encore à lui seul la stratégie thérapeutique. À l'instar de l'Institut Curie et de Gustave-Roussy, de nombreuses équipes développent des projets de recherche afin d'étendre son utilisation à d'autres localisations tumorales.
Les Ifods ont consacré plusieurs sessions à l'intelligence artificielle (IA), notamment en partenariat avec l'Esmo. Quelle place occupe-t-elle aujourd'hui en cancérologie ?
Pr J.P.S. L'IA accompagne le développement de la médecine de précision. Nous produisons un volume croissant de données cliniques, radiologiques, anatomopathologiques et moléculaires qu'il devient difficile d'exploiter sans outils adaptés. L'IA doit nous aider à mieux intégrer ces informations pour améliorer la décision médicale.
Son champ d'application dépasse désormais la pratique clinique : l'IA transforme également la recherche avec l'exploitation des données de vie réelle, le développement de bras de contrôle synthétiques pour les essais cliniques et, à plus long terme, celui de patients virtuels (« jumeaux numériques »). C'est une évolution que les Ifods ont souhaité aborder en partenariat avec l'Esmo.
Pr F.M. Les premières applications sont déjà une réalité, notamment en radiothérapie avec le contourage, la planification et la radiothérapie adaptative. Plus largement, l'IA peut contribuer à améliorer la coordination des parcours, la sélection des patients et le suivi des traitements.
Ces évolutions devront toutefois s'appuyer sur des outils validés, des données de qualité et un cadre éthique garantissant la transparence des algorithmes, la protection des données de santé et le maintien de la responsabilité médicale.
Les Ifods ont également mis en avant l'évolution des métiers en cancérologie, avec plusieurs sessions consacrées aux IPA, aux Merm et aux patients partenaires. Pourquoi ce choix ?
Pr J.P.S. L'innovation en cancérologie ne concerne pas uniquement les traitements, elle transforme aussi l'organisation des soins.
Les parcours deviennent plus complexes et la médecine de précision mobilise des compétences de plus en plus nombreuses.
Les Ifods ont souhaité mettre en lumière cette évolution en valorisant le rôle des IPA, des Merm et des patients partenaires, devenus des acteurs essentiels de la prise en charge.
Pr F.M. L'évolution des métiers accompagne celle des pratiques.
Les IPA renforcent le suivi et la coordination des parcours, les Merm voient leurs compétences s'élargir avec les nouvelles technologies, tandis que les patients partenaires enrichissent les soins, la recherche et la formation grâce à leur expérience.
La cancérologie de demain sera à la fois plus technologique et plus collaborative, en s'appuyant sur la complémentarité de tous les acteurs au bénéfice des patients.
Cette édition a également accordé une place importante aux jeunes professionnels. Est-ce une priorité pour les Ifods ?
Pr J.P.S. Intégrer les jeunes professionnels fait partie de l’ADN des Ifods. Nous tenons à favoriser leur présence, notamment grâce aux sessions organisées par l’Association pour l’enseignement et la recherche des internes en oncologie (Aerio), la Société française des jeunes radiothérapeutes-oncologues (SFJRO) et les associations d’autres spécialités.
Internes, chefs de clinique, jeunes oncologues, doctorants et jeunes chercheurs sont les futurs acteurs de la cancérologie. Leur regard critique, leur dynamisme et leur sensibilité aux nouvelles technologies, enrichissent les échanges, en particulier à l’intelligence artificielle dont ils ont compris les enjeux bien mieux que leurs aînés et sont plus à même de l’intégrer dans la pratique clinique.
Cette année, nous avons souhaité mettre à l’honneur le parcours des doctorants, souvent long, exigeant et méconnu. Ils constituent le lien indispensable entre la recherche fondamentale, la recherche translationnelle et la pratique clinique, contribuant largement au rayonnement international de la cancérologie française.
Les Ifods sont aussi un temps de rencontre où la communauté médicale et scientifique se mobilise pour valoriser et soutenir ces parcours, en favoriser les échanges entre chercheurs et cliniciens, et susciter de nouvelles collaborations.
Pourquoi avoir créé cette session consacrée aux femmes ?
Pr F.M. Malgré les progrès accomplis, les femmes restent confrontées à des défis spécifiques dans leur parcours médical, et l'oncologie n'échappe pas à cette réalité.
Depuis plusieurs années, je souhaitais que les Ifods dépassent le simple constat pour ouvrir un véritable débat et faire émerger des solutions concrètes. La Dr Johanna Wassermann, oncologue à l'hôpital Salpêtrière à Paris, m’a aidée à faire aboutir ce projet.
Les enjeux sont bien identifiés : l'accès aux responsabilités, la visibilité scientifique, le mentorat, mais aussi la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle.
Sans jamais opposer les femmes et les hommes, les échanges furent particulièrement riches, sincères et constructifs avec le souhait d’améliorer l’environnement professionnel.
Les Ifods ont ouvert un véritable espace de dialogue qui se poursuivra par des actions concrètes et que l’on souhaite pérenniser dans les éditions prochaines.
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Dans le cancer colorectal, l'actualisation de l'essai Galaxy confirme la forte valeur pronostique du ctDNA après chirurgie et au cours de la chimiothérapie adjuvante, sans démontrer à ce stade le bénéfice d'une adaptation thérapeutique guidée par sa clairance [1]. Dans le cancer bronchique, Libretto-432 confirme l'intérêt du selpercatinib en adjuvant chez les patients porteurs d'une fusion RET [2], tandis que l'actualisation de Crown confirme le bénéfice durable du lorlatinib chez les patients ALK+ [3]. Dans le cancer du pancréas métastatique associé à une mutation du gène KRAS, le daraxonrasib s'impose comme une avancée majeure en deuxième ligne [4]. Les nouvelles générations d'anticorps poursuivent également leur expansion. Les anticorps bispécifiques confirment leur intérêt dans le cancer bronchique (Harmoni-6) [5] et les cancers ORL (Origami-4) [6], tandis que les anticorps conjugués (ADC) étendent leurs indications dans les cancers bronchiques (Optitrop-Lung 05), ORL (Mythos) [7, 8], urothéliaux (EV-302) [9] et le cancer du sein triple négatif (Ascent-04) [10]. Dans les carcinomes épidermoïdes précoces de la cavité buccale, l'essai Arest confirme le bénéfice de la radiothérapie postopératoire [11]. À l'inverse, l'analyse de Nivopostop ne permet pas de réduire l'étendue du curage ganglionnaire chez les patients traités par radio-immunothérapie postopératoire [12]. Dans le cancer du sein, Senomac ouvre la voie à une désescalade en permettant, chez certaines patientes, d'envisager l'omission de l'irradiation ganglionnaire [13]. Enfin, dans les cancers de la prostate à haut risque, Proteus élargit les options thérapeutiques en associant une prostatectomie à une hormonothérapie intensifiée en périodes néoadjuvante et adjuvante [14]. |
[1] Yamamoto Y. Informing optimal duration of adjuvant chemotherapy (ACT) in resected stage I-IV colorectal cancer (CRC) based on early circulating tumor DNA (ctDNA) dynamics. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 3501)
[2] Goldman J. Event-free survival with adjuvant selpercatinib in stage IB-IIIA RET fusion-positive NSCLC: Primary results of the phase 3 LIBRETTO-432 trial. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 17; abstr LBA3)
[3] Mok T. Lorlatinib vs crizotinib as first-line treatment for advanced ALK+ non-small cell lung cancer: 7-year update from the phase 3 CROWN study. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 8502)
[4] Wolpin B. Daraxonrasib, a RAS(ON) multi-selective inhibitor vs chemotherapy in previously treated metastatic pancreatic adenocarcinoma (mPDAC): Primary and final analysis from the phase 3 RASolute 302 study. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 17; abstr LBA5)
[5] S LU. Ivonescimab plus chemotherapy versus tislelizumab plus chemotherapy in previously untreated advanced squamous non–small cell lung cancer: Overall survival results of the phase 3 HARMONi-6 trial. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 17; abstr LBA4)
[6] Burtness B. Amivantamab in HPV-unrelated recurrent/metastatic head and neck squamous cell cancer after disease progression on immune checkpoint inhibitor and chemotherapy: Pivotal results from the phase 1b/2 OrigAMI-4 study. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 6008)
[7] Zhou C. Sacituzumab tirumotecan (sac-TMT) plus pembrolizumab (P) versus pembrolizumab (P) as first-line treatment for PD-L1–positive advanced non-small cell lung cancer (NSCLC): Results from the randomized phase 3 OptiTROP-Lung05 study. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 8506)
[8] Kinichita I. Trastuzumab deruxtecan in patients with HER2-low recurrent/metastatic salivary gland carcinoma: Results from the phase II MYTHOS trial. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 6011)
[9] Powel T. Enfortumab vedotin plus pembrolizumab (EV+P) vs chemotherapy for previously untreated locally advanced or metastatic urothelial carcinoma (la/mUC): 3.5-year follow-up and response analyses from the phase 3 EV-302 study. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 4507)
[10] KAlinsky K. Progression-free survival after next line of treatment (PFS2) and subsequent therapies (subs tx) in the ASCENT-04 study of participants (pts) with previously untreated PD-L1+ metastatic triple-negative breast cancer (mTNBC) treated with sacituzumab govitecan (SG) plus pembrolizumab (pembro) vs chemotherapy (chemo) plus pembro. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 17; abstr LBA1000)
[11] NAIR S. Adjuvant radiotherapy versus observation following curative surgery for early-stage oral squamous cell carcinoma (AREST; CTRI/2017/07/009114). J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 6000)
[12] Lapierre A. Impact of lymph node dissection extent on disease-free survival with postoperative nivolumab plus concurrent chemoradiotherapy in head and neck squamous cell carcinoma: A post-hoc analysis of the NIVOPOSTOP trial. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 16; abstr 6001)
[13] de Boniface J. Omission of completion axillary dissection in patients with breast cancer and sentinel lymph node macrometastases: Overall survival and patient-reported arm morbidity from the randomized SENOMAC trial. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 17; abstr LBA503)
[14] Taplin et al. Perioperative (neoadjuvant and adjuvant) apalutamide (APA) + androgen deprivation therapy (ADT) vs placebo (PBO) + ADT with radical prostatectomy (RP) in high-risk localized or locally advanced prostate cancer (HR LPC/LAPC): Final analysis of the PROTEUS phase 3 study. J Clin Oncol 44, 2026 (suppl 17; abstr LBA1)
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