De bonnes habitudes comportementales au cœur de la prise en charge.golubovy / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Les troubles du sommeil touchent une large proportion des enfants : jusqu’à la moitié des moins de 5 ans et un quart de ceux entre 6 et 12 ans. Non pris en charge précocement, ces perturbations peuvent se chroniciser et retentir sur le bon développement de l’enfant et l’équilibre familial. Le médecin généraliste joue un rôle central dans leur prise en charge, en prodiguant des conseils d'hygiène du sommeil adaptés aux parents (psychoéducation), et en proposant, si besoin, des interventions comportementales modulées selon l'âge de l'enfant. Le recours aux traitements médicamenteux reste exceptionnel à ces âges et se limite à des indications bien définies.
Une seconde partie traitera plus spécifiquement des troubles du sommeil à l’adolescence
Les insomnies touchent 25 à 50
Le nouveau-né : cycles courts de sommeil agité et de sommeil lent
À la naissance, le nouveau-né (jusqu’à 2
Ces périodes sont entrecoupées de microréveils physiologiques qui correspondent à des moments de veille calme au cours desquels le nouveau-né est attentif à son environnement, et de veille agitée avec ou sans pleurs. Lors de ces microréveils qui durent de 1 à 10
L’horloge biologique du nouveau-né n’est pas encore réglée sur l’alternance jour/nuit. On dit que «
Pour l’aider à se régler, il faut respecter
- des «
donneurs de temps » : horaires des tétées, du lever, des siestes, des sorties, du bain, etc. ; - et différencier le jour de la nuit, ne laissant pas le bébé dans l’obscurité et le silence pendant
la journée.
L’horloge biologique se met progressivement en place au cours du premier mois. À la fin de celui-ci, le nouveau-né peut dormir 6
Puis, la durée de sommeil diminue peu à peu, sa structure change avec l'apparition des fuseaux de sommeil (spindles) d’origine thalamique, caractéristique du sommeil lent vers 3
Stabilisation du sommeil entre 2 et 6 ans
Le sommeil se stabilise entre 2 et 6
À 3 ans, certains enfants ne font plus la sieste, mais peuvent compenser en se couchant plus tôt.
L’entrée à l’école maternelle marque une étape importante dans la vie de l’enfant. L’emploi du temps intense a tendance à résoudre spontanément tous les problèmes d’insomnie.
Après 6 ans : des insomnies d’endormissement
Les insomnies qui concernent 15 à 27
À 7
Des causes comportementales, organiques et psychologiques
Chez un enfant en bonne santé et ayant un développement psychomoteur normal, les troubles du sommeil sont le plus souvent dus à des causes comportementales (73
- le mode de vie
; - un conditionnement anormal à l’endormissement
; - un problème de «
limites » ; - une mauvaise organisation des siestes
; - un trouble de l’installation du rythme jour/nuit
; - des erreurs alimentaires.
Les causes organiques ou psychologiques (20
- des pathologies :
- périnatales ou néonatales (prématurité par exemple),
- neurologiques : retard mental, déficit neurosensoriel,
- dermatologiques : eczéma,
- respiratoires : asthme, syndrome d’apnée obstructive du sommeil (rechercher un ronflement sachant qu’il n’est pas normal qu’un enfant ronfle),
- digestives : intolérance alimentaire, intolérance aux protéines du lait de vache,
- douloureuses : coliques (de 1 à 4 mois), douleurs dentaires (avant 1
an), reflux gastro-œsophagien, infections ORL, etc. ;
- des troubles d’ordre psychologique/psychiatrique
:- contexte de mort ou angoissant
: décès ou maladie grave d’un parent ou d’un proche, - histoire familiale «
lourde » (secret, non-dit), - difficultés relationnelles parent/enfant
: relation trop fusionnelle, parent angoissé, ou souffrant de dépression, - présence d’un trouble du neurodéveloppement comme un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
- contexte de mort ou angoissant
Le trouble du sommeil est parfois un indicateur d’un dysfonctionnement au sein de la famille. Un enfant qui pleure la nuit pose souvent une question à ses parents
Des conséquences chez les enfants et… les parents !
Les troubles du sommeil peuvent se chroniciser [6] et ont des répercussions
- chez les enfants sur les plans
:- métaboliques (cassure staturopondérale, obésité),
- comportementaux (hyperactivité, impulsivité, colère, somnolence),
- cognitifs (trouble de l’attention) ;
- et chez les parents :
- fatigue, dépression,
- conflits conjugaux, pouvant parfois être à l’origine de maltraitance.
Agenda du sommeil et approches comportementales
L’agenda du sommeil est rempli par les parents (heure d’extinction des lumières, latence d’endormissement, éveils nocturnes, heure de réveil, siestes éventuelles). Il est souvent très utile pour mieux visualiser le problème dans tous ses aspects. Il permet de poser le diagnostic et de démarrer la prise en charge.
Dans la grande majorité des cas, les troubles du sommeil disparaissent en appliquant les conseils d’hygiène du sommeil avec en particulier contrôle des temps d’écran (cf. Encadré 2) et en utilisant des approches comportementales adaptées à chaque âge (insomnie du nourrisson, ou du jeune âge). Il faut aider les parents à trouver leur propre réponse et savoir à quels moments ils doivent être tendres et rassurants, ou au contraire, faire preuve de fermeté.
Il existe différents questionnaires/échelles de dépistage des troubles du sommeil de l’enfant (cf. réseau Morphée ou Société française de recherche et médecine du sommeil [SFRMS]).
Une psychothérapie ou une consultation en pédopsychiatrie peuvent être utiles dans certaines situations et sont recommandées notamment en cas de dépression, de désinsertion scolaire et/ou de phobie scolaire.
Apprendre aux nourrissons à s’endormir seul
Quand les parents consultent, ils ont en général tout essayé sans succès. Ils sont épuisés, découragés par ces réveils nocturnes, alors que leur nourrisson est en pleine forme
Le rôle des parents dans la gestion du sommeil de leur enfant est fondamental
Thérapies comportementales : plusieurs techniques
Les thérapies comportementales d’endormissement du petit enfant ont prouvé leur efficacité dans de nombreuses études. Elles sont associées aux règles d’hygiène de sommeil [7]
- organiser un environnement et un mode de vie favorable au sommeil
; - établir des rythmes réguliers (sommeil, éveil, sieste) qui correspondent à l’âge de l’enfant
; - mettre en place des rituels du coucher
; - apprendre à l’enfant à s’endormir indépendamment de ses parents
; - résoudre le problème des limites.
Les thérapies comportementales font appel à différentes techniques [8, 9]
Le Bed Time Fading ou ajustement programmé des horaires de coucher
Cette technique permet de diminuer l’opposition au coucher de certains enfants. Il faut repérer l’heure physiologique d’endormissement de l’enfant, au cours d’un week-end ou de vacances, puis avancer progressivement d’un quart d’heure chaque jour l’heure du coucher pour atteindre l’heure souhaitée sans que l’enfant s’oppose.
Le Cry-It-Out (CIC), ou extinction graduelle, ou « 5/10/15 »
Cette méthode vise à éliminer la tension parentale comme renforçateur des comportements non désirés chez l’enfant et à encourager ses capacités d’auto-apaisement pour qu’il apprenne à s’endormir seul.
La méthode CIC consiste à planifier le moment et la durée de l’attention que les parents vont porter à leur enfant et à s’y tenir :
- coucher l’enfant, dans une ambiance calme et apaisante ;
- puis attendre et revenir dans la chambre
:- à intervalles de plus en plus longs au cours d’une même soirée, en ignorant les pleurs et les colères (si tout va bien par ailleurs évidemment),
- pour une très courte durée : maximum une minute sans interagir avec l’enfant, un simple « il faut dormir, je t’aime » suffit).
Cela permet à l’enfant d’une part, d’être rassuré sur le fait que ses parents sont bienveillants et encourageants, et d’autre part, que ses pleurs ne sont pas efficaces, car plus il pleure, plus ses parents mettent du temps à intervenir. Le matin, il faut encourager et valoriser l’enfant. Cette méthode est efficace si elle est bien préparée, en tenant compte des particularités sensorielles de l’enfant, et en les intégrant.
Le Camping Out ou méthode de la chaise
Cette méthode consiste à rester assis sur une chaise près de l’enfant et à attendre qu’il s’endorme. Puis, on éloigne progressivement la chaise du lit pour habituer l’enfant à l’éloignement de son parent jusqu’à ce qu’il soit hors de vue et que l’enfant s’endorme seul sans pleurer.
Consultations en médecine du sommeil
Les parents ne doivent surtout pas se culpabiliser si l'enfant ne fait pas ses nuits et il ne faut pas hésiter à les orienter vers un spécialiste du sommeil en cas d’insomnie résistante. Une consultation longue et dédiée permettra d’écouter l’histoire des parents (en particulier de la grossesse) et de chercher à comprendre l’origine des troubles, ses principales manifestations. On expliquera aussi à l’enfant « qu’il doit dormir la nuit ! » Le seul fait de prendre rendez-vous a souvent déjà un effet bénéfique…
D’exceptionnelles indications médicamenteuses
Les médicaments sont rarement prescrits chez l’enfant et restent l’apanage des spécialistes.
Les mélatonines à libération immédiate (ADAFLEX) et à libération prolongée (SLENYTO) disposent d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) chez les enfants et les adolescents ayant une insomnie associée à un TDAH, lorsque les mesures d'hygiène de sommeil ont été insuffisantes. La mélatonine à libération prolongée est également un traitement de l'insomnie de l'enfant, associée à un trouble du spectre de l'autisme (TSA) et/ou à des troubles neurogénétiques avec une sécrétion diurne atypique de mélatonine et/ou des réveils nocturnes lorsque les mesures d'hygiène du sommeil ont été insuffisantes.
Certaines spécialités de phytothérapie ont une AMM qui précise qu'elles sont traditionnellement utilisées dans les troubles mineurs ou des troubles légers du sommeil de l'enfant. Elles n’ont fait l’objet d’aucune recommandation.
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L’utilisation non contrôlée et excessive des écrans chez l’enfant peut être une cause de manque de sommeil. D’après les recommandations du ministère de l’Éducation nationale
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[1] Owens JA. The practice of pediatric sleep medicine: results of a community survey. Pediatrics, 2001;108:E51. doi: 10.1542/peds.108.3.e51
[2] Hirshkowitz M et al. National Sleep Foundation's sleep time duration recommendations: methodology and results summary. Sleep Health: Journal of the National Sleep Foundation, 2015;1,40-43. doi: 10.1016/j.sleh.2014.12.010
[3] Owens J A, Spirito A, McGuinn M, Nobile C. Sleep habits and sleep disturbance in elementary school-aged children. J Dev Behav Pediatr., 2000;21:27-36. doi: 10.1097/00004703-200002000-00005
[4] Challamel MJ. Le sommeil du tout-petit - une lecture pratique et scientifique. Philippe Duval, 2020, p. 140
[5] Challamel MJ, Franco P, Hardy M. Le sommeil de l’enfant. Elsevier Masson, 2009, p. 335
[6] Touchette E et al. Bed-wetting and its association with developmental milestones in early childhood. Arch Pediatr Adolesc Med., 2005;159:1129-34. doi: 10.1001/archpedi.159.12.1129
[7] Putois B, Franco P. Prise en charge des insomnies du jeune enfant. mt pédiatrie, 2013 ; 16 (2) : 97-107. doi:10.1684/mtp.2013.0478
[8] Middlemiss W et al. Response-based sleep intervention: Helping infants sleep without making them cry. Early Human Development, 2017;108;49-57. doi: 10.1016/j.earlhumdev.2017.03.008
[9] Mindell JA et al. Behavioral treatment of bedtime problems and night wakings in infants and young children. Sleep, 2006;29:1263-76
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