Bon usage, Vigilance

Méthadone et risques associés : l'ANSM rappelle le bon usage et l'intérêt de la naloxone

En réponse à l'augmentation des cas de surdoses et d'interactions médicamenteuses associés à l'usage de méthadone en France, l'ANSM rappelle les recommandations de bon usage de ce médicament. Elle préconise une prescription systématique des kits de naloxone prête à l'emploi.

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Les interactions médicamenteuses encore à l’origine d’effets indésirables sévères et… évitables.

Les interactions médicamenteuses encore à l’origine d’effets indésirables sévères et… évitables.igoriss / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

S'appuyant sur trois enquêtes nationales de vigilance menées entre 2022 et 2025 et indiquant une augmentation des cas de surdoses et d'interactions médicamenteuses chez les personnes traitées par méthadone, l'ANSM rappelle un ensemble de règles de bon usage à l'attention des professionnels de santé et des patients : 

  • réévaluation régulière du traitement et de l'observance des doses prescrites ;
  • prise en compte des traitements concomitants, y compris les compléments alimentaires, pour écarter tout risque d'effets indésirables associés à une interaction médicamenteuse ;
  • information du patient sur les risques associés à la méthadone, y compris pour l'entourage tels que l'ingestion accidentelle par un enfant ;
  • prescription systématique d'un kit de naloxone prête à l'emploi et information sur la conduite à tenir en cas de surdosage en méthadone.

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a publié les rapports de trois enquêtes de vigilance portant sur le risque de surdose et d'interactions médicamenteuses associées à la méthadone (cf. Encadré).

Encadré - Indications de la méthadone

La méthadone est principalement indiquée dans le cadre d’un traitement de substitution de la dépendance aux opioïdes (héroïne, morphine, oxycodone, tramadol…).

Elle est également utilisée pour des douleurs cancéreuses chez les patients qui ne sont pas soulagés par d'autres médicaments opioïdes, grâce à un cadre de prescription compassionnelle (CPC).

Trois enquêtes nationales et des données convergentes

Le bilan de l'ANSM s'appuie sur les trois enquêtes suivantes : 

  • rapport d’enquête de toxicovigilance du centre antipoison et de toxicovigilance (CAP-TV) de Lille - du 2 mai 2022 au 1er mai 2025 [2] ;
  • rapport d’enquête d’addictovigilance du CEIP-A de Marseille - du 16 avril 2023 au 15 avril 2025 [3] ;
  • rapport d’enquête de pharmacovigilance du centre régional de pharmacovigilance (CRPV) de Marseille - du 2 mai 2022 au 30 avril 2025 [4] ;

Les trois enquêtes révèlent un nombre de signalements de surdoses et d'effets indésirables graves en lien avec la méthadone en constante augmentation entre 2022 et 2025. Elles montrent par ailleurs un recours insuffisant à la naloxone en France alors que cet antidote peut permettre d'éviter le décès en cas de surdose en méthadone [1].

Pour les intoxications à la méthadone, par exemple, les auteurs du rapport de toxicovigilance [2] notent une augmentation de 79 % par rapport à l’enquête antérieure, avec 8,77 cas mensuels entre 2022 et 2025 versus 4,88 cas mensuels dans l’enquête 2017-2022 : 

  • le nombre de cas graves a augmenté de plus de 200 % sur la période 2022-2025 ;
  • la proportion de mineurs ayant fait l'objet d'une intoxication grave a également augmenté de plus de 200 %.

Concernant les effets indésirables associés à des interactions médicamenteuses, les auteurs du rapport de pharmacovigilance [4] notent une « dynamique croissante (davantage de cas rapportés sur les 3 ans) pour 2 tableaux cliniques » :

  • les surdoses aux opioïdes ;
  • les allongements du QT (14 cas référencés entre 2022 et 2025, issus de la base nationale de pharmacovigilance), du fait d'association avec des médicaments allongeant le QT (dont des médicaments utilisés en oncologie).

Surdose en méthadone : des facteurs de risque identifiés

À partir de ces trois études, l'ANSM identifie un ensemble de facteurs susceptibles d’expliquer ces surdoses :

  • à l’initiation du traitement, une augmentation trop rapide des doses de méthadone, ou une dose initiale trop élevée ;
  • à la fin du traitement, un arrêt brutal ou une réduction trop rapide des doses de méthadone ;
  • des prises irrégulières (non-respect de la posologie) ;
  • des interactions avec d’autres médicaments pris en même temps ;
  • la consommation d’autres substances (alcool, autres opioïdes, cocaïne…) ;
  • l’usage détourné (utilisation en dehors d’un cadre médical, partage du traitement…).

Effets indésirables associés à une interaction : une vigilance tout au long du parcours de soins

L'ANSM rappelle aux professionnels de santé qu'il existe un risque d’interactions médicamenteuses entre la méthadone et certains médicaments :

  • psychotropes ;
  • antidépresseurs ou antipsychotiques ;
  • des antibiotiques ou des antifongiques ;
  • des médicaments utilisés dans les troubles digestifs ;
  • ou encore certains traitements anticancéreux.

Parmi les effets indésirables associés à des interactions médicamenteuses, « les troubles du rythme cardiaque avec modification de l’activité électrique du cœur sont des effets non réversibles par la naloxone », souligne l'Agence.

Pour éviter ces interactions médicamenteuses, l'ANSM appelle donc les prescripteurs et les patients traités par méthadone à la vigilance tout au long du parcours de soins (cf. Dernier paragraphe).

Naloxone systématique : décès évitables

Une surdose de méthadone peut conduire à un arrêt cardiorespiratoire, voire au décès du patient.

La naloxone est un antidote à la méthadone (cf. notre article du 18 février 2026) : cette substance agit en bloquant temporairement les effets d’une surdose à la méthadone, dans l’attente d’une prise en charge médicale.

En France, plusieurs spécialités à base de naloxone sont disponibles dont deux sont remboursables en ville (65 %) : 

VENTIZOLVE 1,26 mg solution pour pulvérisation nasale en récipient unidose est la troisième spécialité de naloxone seule. Elle est mise à disposition auprès des centres de soins, d'accompagnement et de prévention en addictologie (Csapa) et des centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) et n'est actuellement pas remboursée. VENTIZOLVE peut être délivré sans ordonnance médicale.

Bien que ces spécialités soient commercialisées depuis plusieurs années (2019 pour PRENOXAD), l'enquête de toxicovigilance présentée par le CAP-TV [2] ne relève qu'un seul cas d’administration préhospitalière de naloxone (PRENOXAD) « témoignant du manque de diffusion de cet antidote chez les sujets consommateurs ou traités par la méthadone ».

L'ANSM rappelle « qu'une grande partie des décès (causés par une surdose de méthadone) peut être évitée par une administration rapide de naloxone ».

Elle recommande aux médecins de prescrire systématiquement un kit de naloxone prête à l’emploi, en association à la méthadone.

En conclusion : respect des doses, interactions, naloxone

Un traitement par méthadone expose à divers risques pouvant, dans les cas les plus graves, conduire au décès :

  • surdose ;
  • syndrome de sevrage ;
  • effets indésirables, dont certains associés à des interactions avec d'autres médicaments ;
  • ingestion accidentelle.

Afin de limiter ce risque, l'ANSM adresse un ensemble de recommandations :

  • aux professionnels de santé :
    • pour écarter le risque d'interaction : vérifier systématiquement les traitements en cours (y compris les compléments alimentaires), avant et pendant le recours à la méthadone,
    • pour garantir la bonne observance de la prescription : surveiller attentivement l’état du patient lors de l’initiation du traitement et adapter les doses progressivement,
    • pour agir rapidement en cas de surdose : prescrire systématiquement un kit de naloxone prête à l’emploi en même temps que la méthadone et informer les patients et leur entourage des risques de surdose et de la conduite à tenir en cas de symptômes de surdose,
    • pour informer les patients : remettre les documents d’information sur la réduction des risques associés à la méthadone, dont la brochure patient spécifique à la METHADONE AP-HP sirop et gélule ;
  • aux patients :
    • respecter strictement la dose prescrite et informer l'addictologue si elle semble insuffisante,
    • informer systématiquement le médecin ou le pharmacien de tous les médicaments (y compris ceux sans ordonnance ou les compléments alimentaires),
    • informer le médecin de tout symptôme inhabituel,
    • conserver la méthadone dans un endroit fermé à clé hors de la vue et de la portée des enfants afin d’éviter tout risque d’ingestion accidentelle, qui peut être fatale. Selon l'enquête du CAT-TV [2], si la majorité des cas d'intoxication à la méthadone est rapportée chez des adultes, près de 7 % de ces intoxications concernent des enfants jeunes, par ingestion accidentelle,
    • ne pas donner la méthadone à une autre personne,
    • éviter les associations à risque (alcool, autres opioïdes, cocaïne…),
    • porter toujours avec soi de la naloxone prête à l’emploi. En cas de surdosage aux opioïdes, il est indispensable d’appeler le 15 (urgences) sans attendre. 

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