Quatre médicaments sur dix écrasés ou ouverts ne devraient pas l’être, en raison de leur galénique.OlgaMiltsova / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
La pharmacie galénique est l'art de préparer, de conserver et de présenter les médicaments. Les formes orales représentent la voie d'administration la plus fréquemment utilisée, mais leur diversité peut parfois dérouter les prescripteurs. Comprimés à libération prolongée, capsules gastrorésistantes, formes orodispersibles : chaque technologie répond à un objectif, que ce soit pour améliorer l’observance, réduire la fréquence des prises ou encore protéger le principe actif.
Connaître les caractéristiques de ces différentes formes galéniques est essentiel pour optimiser la prise en charge thérapeutique, éviter les erreurs de manipulation et garantir l'efficacité des traitements.
La pharmacie galénique, discipline fondamentale des sciences pharmaceutiques, tire son nom de Claude Galien (environ
La forme pharmaceutique, aussi appelée forme galénique, correspond à la forme sous laquelle le médicament se présente. Elle
Parmi ces dernières, la voie orale demeure la plus utilisée en raison de sa simplicité. Non invasive, elle offre une cinétique de libération flexible et modulable. Ses formes pharmaceutiques sont multiples. Si les comprimés et capsules simples restent les plus couramment prescrits, les formes à libération modifiée occupent une place croissante dans l'arsenal thérapeutique.
La galénique, l’art de mettre en forme
L’Académie nationale de pharmacie définit la pharmacie galénique comme «
S’articulant autour de trois grandes branches –
Chaque forme galénique se compose d’un ou de plusieurs principes actifs et d’excipients. Ces derniers, bien que dépourvus d’action thérapeutique, jouent un rôle dans l’absorption et la stabilité du médicament, conditionnant également ses caractéristiques organoleptiques (aspect, couleur, goût) qui
Le choix d’une forme galénique repose sur quatre critères
- physico-chimiques
: stabilité de la substance active, compatibilité entre les différents constituants, protection contre les facteurs de dégradation (lumière, oxygène, humidité) ; - pharmacocinétiques
: profil de libération, de biodisponibilité de principe actif ; - pharmacodynamiques
: dose, durée d’action recherchée ; - confort du patient
: acceptabilité organoleptique, facilité d’administration…
L'équilibre entre ces différents critères détermine la forme galénique optimale, qui doit concilier efficacité thérapeutique, sécurité d'emploi et acceptabilité par le patient.
Libération immédiate ou modifiée ?
Alors que les formes liquides permettent de mettre à disposition le principe actif de façon quasi instantanée
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Les formes solides, bien qu'elles soient la voie d'administration privilégiée, présentent certaines limites inhérentes à leur nature même. Elles nécessitent de l’eau pour être ingérées
Facilement administrables, les préparations liquides sont généralement bien tolérées (notamment par les enfants) et ont l’avantage d’être homogènes en termes de répartition du principe actif. Néanmoins, elles ont Par ailleurs, leur utilisation doit également être conforme. Plus de 30 Ainsi, ils doivent impérativement être conservés avec le médicament correspondant et ne jamais être utilisé pour un autre produit Il convient également de privilégier les dispositifs gradués fournis par le fabricant plutôt que les ustensiles ménagers (cuillères à café ou à soupe) dont le volume est variable et imprécis. |
La phase biopharmaceutique précède la phase pharmacocinétique dont l’absorption constitue la première étape. Elle comprend à la fois la libération du principe actif, généralement par désagrégation de la forme solide en particules de petite taille et la dissolution [3].
Une même substance active peut être développée sous forme de libération immédiate ou modifiée, modulant alors la cinétique de libération du principe actif, que ce soit pour des objectifs thérapeutiques (cibler certains organes), de tolérance (protéger les muqueuses digestives) ou d'amélioration du
Les formes solides simples à libération immédiate
Bien que dans le langage courant, il existe une multitude de terminologies, parfois inadaptées, pour qualifier les formes solides (cf. Encadré
- les poudres sont composées de particules solides, libres et sèches plus ou moins fines. Elles peuvent être simples (une seule substance) ou composées (plusieurs substances mélangées). Elles sont conditionnées le plus souvent en sachet.
- les granulés sont des grains solides et secs, formés par un agrégat de particules de poudre. Le plus souvent, ils sont à croquer ou à dissoudre dans l’eau avant administration.
- les capsules sont constituées d’une enveloppe, renfermant un mélange solide, liquide ou pâteux. Elles peuvent être molles ou dures. Dans ce dernier cas, on parlera de gélule.
- les comprimés
sont fabriqués par compression d’un mélange de poudre de principe actif et d’excipients. Ils peuvent être enrobés ou non. Lorsqu’ils sont enrobés, on dit qu’ils sont pelliculés, filmés ou dragés. En fonction de la nature de l’enrobage, le temps de désagrégation est de 30 à 60 minutes. Les objectifs de l’enrobage sont multiples. Cela peut être pour des raisons organoleptiques, de confort du patient (masquer une odeur, un goût désagréable), d'environnement (protection du principe actif contre la lumière ou de l’humidité), pour éviter le mésusage ou faciliter l'identification [3, 4]. Si les comprimés ne sont pas enrobés, ils doivent se désagréger en moins de 15 minutes.
La forme à
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Dans le langage courant, certains termes de la galénique De forme sphérique, les pilules sont obtenues par malaxage d'un mélange de poudres avec un excipient approprié, puis façonnées manuellement ou mécaniquement. Les petites pilules, appelées globules ou plus fréquemment granules, sont aussi utilisées, notamment en homéopathie. Le terme « cachet » est lui aussi fréquemment employé à tort. Il |
Les formes solides à libération modifiée
Contrairement aux formes conventionnelles à libération immédiate, les formes à libération modifiées modulent temporellement et/ou spatialement la mise à disposition du principe actif. Elles se déclinent en trois sous-types, répondant chacun à des objectifs thérapeutiques spécifiques [3].
Les formes à libération accélérée
Les comprimés effervescents et orodispersibles (aussi appelés lyophilisés) sont formulés de manière à obtenir un temps de désintégration rapide, permettant une mise à disposition quasi immédiate du principe actif.
Alors que les comprimés effervescents doivent être dissous
Ces formes sont particulièrement indiquées en cas de troubles de la déglutition ou lorsque la prise d’eau est difficile. Elles facilitent l’observance chez les patients âgés ou en cas de dysphagie.
Les formes à libération retardée ou différée
Ces préparations sont conçues pour libérer le principe actif à un instant précis. Ce sont principalement les comprimés gastrorésistants, appelés ainsi, car leur enveloppe permet de protéger le principe actif de l’environnement gastrique acide ou de préserver la muqueuse gastrique du contact avec des substances irritantes. La libération du principe actif est ainsi retardée jusqu’à l’atteinte du pH favorable, dans l’intestin, généralement de 1
Ce sont par exemple les comprimés MUPS (Multiple Unit Pellet System) et EN (Enteric-coated), qui sont des capsules contenant des pellets se désagrégeant une fois dans l’intestin, lieu d’absorption du principe actif.
Les formes à libération ralentie ou prolongée
Ces systèmes permettent une libération graduelle et contrôlée du principe actif sur une période prolongée, généralement de 12 à 24
Parmi elles, il existe également
- les formes à libération répétées, le plus souvent en comprimés multicouches, permettent une libération biphasique voire multiphasique ou à double noyaux
; - les formes à libération contrôlée (aussi dit à libération continue) où la dose unitaire totale est retenue dans un système conçu pour libérer le principe actif pendant une période donnée, selon une cinétique connue à l’avance. C’est le profil idéal recherché. En théorie, il doit être indépendant des variables biologiques liées au milieu environnant. Ce sont par exemple les systèmes matriciels, réservoirs (ou à membrane), à rétention gastrique et les systèmes osmotiques (OROS).
Une multitude d’abréviations existe pour caractériser ces formes
Bien qu’elles évitent
Sécable, écrasable, ouvrable ?
La forme orale sèche est privilégiée en première intention. Cependant, certaines situations cliniques imposent de modifier le schéma de prise, notamment en gériatrie –
Une étude menée en 2009 auprès de 683 patients hospitalisés dans 23 unités de gériatrie a mis en évidence que 42
Tous les comprimés ou gélules ne sont pas conçus de la même façon. Seuls certains d'entre eux sont sécables, ou peuvent être écrasés sans conséquence. Dès lors, toute modification de la présentation d'un médicament exige une évaluation rigoureuse, menée au cas par cas, intégrant les propriétés galéniques, la stabilité physico-chimique du principe actif et sa marge thérapeutique.
L’écrasement d’une forme orale sèche peut désigner
- le broyage d’un comprimé (mécanique ou par mastication)
; - la division d’un comprimé pelliculé non sécable ou à libération prolongée
; - l’ouverture de gélules gastrorésistantes
; - l’écrasement des micro-granules LP d’une gélule [5].
Contrairement aux idées reçues, sécable ne veut pas dire écrasable. La sécabilité désigne l’aptitude d’une forme pharmaceutique solide, généralement un comprimé, à être divisée en fractions de doses prédéterminées, tout en préservant l’uniformité de teneur en principe actif et les propriétés biopharmaceutiques de la forme initiale. Cependant, une rainure à la surface d’un comprimé (d’ailleurs appelée trait de sécabilité) ne signifie pas forcément qu’il est sécable.
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Devant un patient rencontrant des difficultés pour avaler, il faut :
Dans 9 cas sur 10, il existe une alternative [7]. Lorsque l'écrasement s'avère incontournable, les informations relatives à cette possibilité peuvent figurer dans le résumé des caractéristiques du produit (RCP), la monographie du médicament, ou sa notice. L’Observatoire du médicament, des dispositifs médicaux et de l'innovation thérapeutique (Omedit) Normandie met à disposition un tableau listant les médicaments écrasables ou non et leurs alternatives galéniques. Réalisé en partenariat avec la Société française de pharmacie clinique (SFPC) et mis à jour régulièrement, il répertorie plus de 600 spécialités. La mention « à écraser » doit impérativement figurer sur la prescription médicale, au même titre que la dénomination du médicament et la voie d’administration. |
Les risques associés à la modification galénique
Bien qu’il existe des exceptions, en pratique, on considère qu’il ne faut jamais couper, écraser ou ouvrir pour
- les médicaments à marge thérapeutique étroite
; - les formes enrobées ou à libération modifiée
; - les formes contenant des principes actifs instables à l’air, à la lumière ou à l’humidité
; - les formes contenant des substances irritantes ou toxiques [8].
Toute altération de l’intégrité de la forme galénique est susceptible de modifier le profil pharmacocinétique, avec des répercussions sur la tolérance et/ou l’efficacité d’un médicament. Une manipulation inappropriée peut entraîner des erreurs de dosage ou induire une toxicité.
La littérature documente des modifications de biodisponibilité liées à l'écrasement. Par exemple, elle est diminuée pour le pantoprazole (en raison de la dégradation du principe actif en milieu acide), ou à l’inverse augmentée dans le cas de la lévothyroxine [9, 10].
Utiliser les bons instruments et une protection adaptée
Pour diviser un comprimé, l’utilisation d’un coupe-comprimé est préférable, immédiatement avant l’administration. Pour écraser, utiliser un broyeur propre est recommandé. Le recours au traditionnel couple mortier et pilon est à éviter, car le dispositif est difficile à nettoyer entre deux utilisations et expose à un risque de contamination croisée [7].
Le professionnel en charge de l’écrasement ou de l’ouverture d’une gélule peut s’exposer à un risque de toxicité allergique, toxique, tératogène. Par conséquent, toute opération de ce type doit être réalisée dans le respect des mesures de protection individuelle (port de gants, masque, blouse) [7].
Privilégier un véhicule neutre pour les médicaments écrasés
Bien que plusieurs études rapportent que les médicaments écrasés sont fréquemment incorporés dans de la compote (3 fois sur 4), la compatibilité physico-chimique avec les aliments ou les boissons demeure rarement documentée dans les RCP.
En l'absence de données spécifiques, le principe de précaution impose d'administrer les médicaments broyés dans un véhicule neutre : de l'eau pure ou gélifiée, afin de limiter les interactions potentielles.
Une science dynamique
Formes à libération modifiée, comprimés sécables ou préparations liquides, chaque forme répond à des objectifs thérapeutiques et impose des règles d'administration qui conditionne l’efficacité et la sécurité des traitements.
La pharmacie galénique continue d'évoluer pour répondre aux défis thérapeutiques actuels. À l'heure où la médecine s'oriente résolument vers la personnalisation des soins, la pharmacie galénique a, elle aussi, pour ambition de fournir aux patients des formulations de plus en plus adaptés à leurs besoins individuels et à leurs exigences.
[1] Forme pharmaceutique
[2] Dictionnaire de l'Académie nationale de pharmacie
[3] Formes galéniques spéciales (CAPP-INFO n°
[4] Les différentes formes de médicaments (Article VIDAL, 13 avril 2021)
[5] Couper, écraser un comprimé
[6] Caussin M. et al. L’écrasement des médicaments en gériatrie : une pratique « artisanale » avec de fréquentes erreurs qui nécessitait des recommandations. La Revue de médecine interne, 2012 ; 33: 10 ; 546-551, ISSN 0248-8663. doi.org/10.1016/j.revmed.2012.05.014
[7] Les équipes respectent les bonnes pratiques d’administration des médicaments (Omedit Centre-Val de Loire, novembre 2025)
[8] Comprimés : couper ou écraser ? Sécabilité, possibilité de broyage des comprimés et d'ouverture des capsules (Pharmacie des hôpitaux universitaires Genève [HUG], mars 2023)
[9] Ferron GM et al. Oral bioavailability of pantoprazole suspended in sodium bicarbonate solution. Am J Health Syst Pharm, 2003;60(13):1324-1329. doi:10.1093/ajhp/60.13.1324
[10] Yamamoto T. Tablet formulation of levothyroxine is absorbed less well than powdered levothyroxine. Thyroid, 2003;13(12):1177-1181. doi:10.1089/10507250360731596
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