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HTA : une accélération de la prise en charge

Traiter plus tôt et enclencher une escalade thérapeutique plus rapide : les récentes évolutions des recommandations internationales visent à promouvoir le contrôle des chiffres tensionnels en trois mois.

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La cible tensionnelle est aujourd’hui, idéalement, de 120/70 mm Hg sauf cas particuliers.

La cible tensionnelle est aujourd’hui, idéalement, de 120/70 mm Hg sauf cas particuliers. unoL / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

En France, près d’un adulte sur trois est hypertendu et seul un hypertendu sur quatre est contrôlé. Par ailleurs, un bon nombre de patients ne connaît pas ses chiffres tensionnels et ne se sait pas hypertendu, ce qui souligne l’importance d’un dépistage opportuniste, à tous les âges.

À côté de l’hypertension artérielle (HTA) classiquement définie par des valeurs tensionnelles ≥ 140/90 mm Hg, les experts internationaux mettent aussi l’accent sur la pression artérielle (PA) élevée, c’est-à-dire comprise entre 120/70 mm Hg et 139/89 mm Hg (120/70 ≤ PA ≤ 139/89), qui peut nécessiter, en fonction du niveau de risque cardiovasculaire, la mise en place d’un traitement antihypertenseur.

Sauf cas particuliers, la cible tensionnelle est aujourd’hui de tendre, idéalement, vers 120/70 mm Hg, pour in fine réduire le risque de complications cardiovasculaires, rénales et oculaires en lien avec l’HTA. 

Pour y parvenir, il faut associer les mesures hygiéno-diététiques à une bithérapie antihypertensive dès que le diagnostic d’HTA est confirmé. Puis, si cela ne suffit pas à normaliser les valeurs tensionnelles, il faut passer à une trithérapie, après avoir évalué le suivi de ces mesures et l'observance du traitement. 

Chez les sujets les plus fragiles, notamment après 85 ans, l'objectif tensionnel doit être personnalisé, et, en fonction des profils, il peut être de 140/90 mm Hg. Mais, bien souvent, le choix de la cible doit être « aussi bas qu'il est raisonnablement possible ».

En cas de pression artérielle élevée, et de risque cardiovasculaire élevé, une monothérapie antihypertensive est instaurée si les mesures hygiénodiététiques sont insuffisantes après 1 à 3 mois.

La VIDALReco sur la prise en charge de l’HTA a été récemment actualisée pour tenir compte de ces différents changements.

Avec une prévalence d’environ 30 % en France, l’hypertension artérielle (HTA) touche quelque 17 millions de personnes, soit près d’un adulte sur trois. Et parmi eux, seul un sur quatre a des valeurs tensionnelles bien contrôlées.

Il s’agit d’un problème majeur de santé publique, car l’HTA non contrôlée est associée à un risque accru de complications cardiaques, vasculaires, cérébrales (dont le déclin cognitif), rénales et oculaires.

Un dépistage opportuniste est ainsi recommandé pour inciter les praticiens à mesurer la PA à chaque fois que l’occasion se présente, y compris chez l’enfant et l’adolescent. À noter que la prévalence de l’HTA a quasi doublé en vingt ans dans cette population de sujets jeunes, passant de 3,2 à 6,2 % selon une très large méta-analyse (Zhou J et al., 2026) qui pointe notamment le rôle du surpoids et de l’obésité.

La définition de l’HTA a-t-elle évolué ?

La définition de l’HTA à proprement parler n’a pas changé, elle est toujours définie par une pression artérielle systolique ≥ 140 mm Hg et/ou une pression artérielle diastolique ≥ 90 mm Hg mesurées dans des conditions bien codifiées (cf. infra).

Ce qui est un peu plus nouveau, mais qui rejoint toutefois le concept antérieur de pré-HTA, est la reconnaissance de l’entité « pression artérielle élevée » (sans HTA), pour une PA comprise entre 120/70 mm Hg et 139/89 mm Hg (120/70 ≤ PA ≤ 139/89). Les modalités de prise en charge de ces patients dépendent de l’évaluation du risque cardiovasculaire global par les modèles SCORE2 et SCORE 2 OP, modulé par la présence ou non de modificateurs du risque tels qu'un syndrome dépressif, une infection par le VIH, des conditions de vie défavorisées, des antécédents obstétricaux (diabète gestationnel, prééclampsie...).

Les conditions de mesure de la PA sont bien précisées dans la VIDAL Reco : brassard adapté à la taille, patient assis et non pas allongé, le bras posé sur une table avec au moins trois mesures au cabinet médical espacées de 1 à 2 minutes en prenant en compte la moyenne des deux dernières mesures. Pour éviter l’effet blouse blanche et l’HTA masquée, il est recommandé de confirmer les valeurs tensionnelles par des mesures ambulatoires, notamment par automesures en utilisant un appareil validé par l’organisation scientifique internationale STRIDE BP (le marquage CE ne suffit pas).

Quel est le bilan complémentaire de première intention ?

En cas d'HTA confirmée ou de PA élevée confirmée par des mesures en ambulatoire, un bilan sanguin systématique est recommandé : NFS, ionogramme, calcémie, acide urique, créatinine et débit de filtration glomérulaire (DFG), TSH, glycémie ± HbA1c, exploration d'une anomalie lipidique.

Le caractère systématique du dosage standardisé de l'aldostérone et de la rénine n’est pas consensuel : il est recommandé par la Société européenne de cardiologie (ESC) uniquement en cas d'HTA confirmée, mais pas par la Société européenne d’hypertension (ESH).

Le bilan urinaire comprend le rapport albuminurie/créatininurie et la recherche d'une hématurie.

Un ECG est systématiquement réalisé.

Selon le contexte, d’autres examens complémentaires sont demandés. Ces derniers sont explicités dans les chapitres « HTA secondaires » et « Évaluation du risque cardiovasculaire global » de la VIDAL Reco.

Quels patients prendre en charge ?

Tous les patients ayant une PA élevée ou une HTA confirmée doivent bénéficier de mesures hygiéno-diététiques (MHD) :

  • activité physique régulière et lutte contre la sédentarité ;
  • limitation des apports en sodium (≤ 2 g/jour de sodium, soit 5 g de sel) ;
  • optimisation des apports potassium (alimentation riche en fruits et légumes) (cf. notre article du 20 novembre 2025) ;
  • optimisation du poids ;
  • régime alimentaire équilibré (DASH [Dietary Approaches to Stop Hypertension] ou méditerranéen) ;
  • abstinence ou limitation de la consommation d’alcool (10 verres standard par semaine) ;
  • sevrage tabagique.

Que faire spécifiquement en cas de PA élevée (120/70 ≤ PA ≤ 139/89) ?

En cas de PA élevée, cette dernière est réévaluée après 3 mois de suivi des MHD :

  • si la PA est <130/80 mm Hg, les MHD sont poursuivies et le patient est revu après un an (à moduler en fonction du risque cardiovasculaire) ;
  • Si la PA est comprise entre 130/80 mm Hg et 139/89 mm Hg, la prise en charge varie selon le profil du patient :
    • en présence d’une hypotension orthostatique, d’un âge de plus de 85 ans, d’une espérance de vie de moins de 3 ans et/ou d’une fragilité modérée à sévère, la poursuite des seules MHD est préconisée,
    • en l’absence de ces facteurs de risque, une monothérapie antihypertensive est recommandée, le choix de la classe médicamenteuse découlant de l'âge, du terrain, des comorbidités et des effets indésirables.

Le patient est réévalué rapidement, après 1 à 3 mois, avec un objectif tensionnel compris entre 120/70 mm Hg et 129/79 mm Hg.

Quelle conduite à tenir en cas d’HTA confirmée (PA ≥ 140/90 mmHg) ?

Si l’HTA est confirmée, une bithérapie antihypertensive (parallèlement aux MHD) est recommandée d’emblée en l’absence des facteurs de risque précités (hypotension orthostatique, âge > 85 ans, espérance de vie < 3 ans, fragilité modérée à sévère).

Une association fixe à faible dose comportant un inhibiteur du SRA (IEC ou ARA2) est recommandée dans l'idéal. L’objectif tensionnel est une PA comprise entre 120/70 mm Hg et 129/79 mm Hg (≤ 140/90 mm Hg en cas de facteurs de risque sus-cités). Le patient est réévalué, après 1 à 3 mois, avec une escalade de doses rapide. Une trithérapie antihypertensive est discutée si les objectifs tensionnels ne sont pas atteints avec une bithérapie à doses maximales tolérées, le but étant d’éviter l’inertie thérapeutique.

Quand l’HTA est résistante

En cas de persistance de valeurs tensionnelles élevées malgré une trithérapie antihypertensive comprenant un inhibiteur du SRA, un inhibiteur calcique et un diurétique thiazidique à doses maximales tolérées, il peut s’agir d’une HTA résistante, dont les modalités de prise en charge sont explicitées dans la VIDAL Reco.

Les diurétiques thiazidiques en 2e intention chez le sujet âgé

Chez le sujet âgé, il est recommandé de privilégier en 1re ligne un inhibiteur calcique de type dihydropyridine (non bradycardisant) ou un inhibiteur du SRA, ce qui est un peu nouveau puisque les diurétiques thiazidiques ont été déclassés en 2e intention.

Quand l’HTA est secondaire

Dans la VIDAL Reco, tout un chapitre est dédié aux HTA secondaires, à risque élevé de morbi-mortalité et fréquemment sévères et/ou résistantes, et qui peuvent dans certains cas bénéficier d'un traitement spécifique, voire curatif.

Notamment, chez un sujet de moins de 40 ans ayant une HTA confirmée, la recherche d’un syndrome d’apnées obstructives du sommeil doit être assez systématique.

Quel est le rythme de la surveillance ?

La PA doit être évaluée 1 à 3 mois après chaque modification thérapeutique. Puis, une fois la PA contrôlée, au minimum une fois par an au cabinet médical, parfois plus fréquemment, à adapter au niveau de risque du patient.

Il est recommandé de privilégier la surveillance de la PA par des mesures ambulatoires pour l'adaptation du traitement aussi 

À côté de l’efficacité de la prise en charge sur les valeurs tensionnelles, le praticien doit surveiller aussi sa tolérance, rechercher des lésions médiées par l'HTA, et réévaluer régulièrement le risque cardiovasculaire global.

D’après un entretien avec le Pr Béatrice Duly-Bouhanick, hôpital de Rangueil, CHU, Toulouse

Sources

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