Découverte de traces d'une impureté NDMA dans quelques lots de metformine : conduite à tenir

Par Isabelle COCHOIS -
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Malgré la découverte de traces d'une impureté nitrosamine (NDMA) dans quelques lots de médicaments à base de metformine commercialisés hors de l'Union européenne, l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) demande aux patients de ne pas interrompre leur traitement et indique aux professionnels de santé qu'ils peuvent continuer à prescrire ces médicaments dans la prise en charge du diabète.

En effet, selon les données disponibles, ces traces de NDMA sont "présentes à un niveau inférieur à l'exposition naturelle à la NDMA (notamment dans l'eau et la nourriture)".
De plus, elles ne présentent pas de risque aigu pour la santé alors qu'une interruption du traitement par metformine risquerait de déséquilibrer le diabète et de provoquer rapidement une hyperglycémie (soif, somnolence, vision floue). 

Des analyses sur la qualité des médicaments à base de metformine commercialisés en France sont en cours. "Les résultats de ces analyses seront communiqués".
Les traitements par metformine ne doivent pas être interrompus au risque de déséquilibrer le diabète (illustration).

Les traitements par metformine ne doivent pas être interrompus au risque de déséquilibrer le diabète (illustration).


Début décembre, l'EMA (Agence européenne du médicament) a été informée de la mise en évidence de quelques lots de spécialités antidiabétiques à base de metformine contaminés par la N-nitrosodiméthylamine (NDMA).
Ces spécialités contaminées sont commercialisées hors de l'Union européenne.


Dans un point d'information en date du 6 décembre 2019, l'ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) précise que, selon les données disponibles, ces traces de NDMA sont présentes à un niveau inférieur à l'exposition naturelle à cette impureté (cf. Encadré 1).

Encadré 1 - Les nitrosamines et la NDMA en bref (ANSM, 6 décembre 2019)
Les nitrosamines sont des substances liquides et solubles dans l'eau, elles peuvent être retrouvées dans l'environnement (aliments, ainsi que, dans une moindre mesure, dans l'eau et l'air).

La NDMA (N-nitrosodimethylamine) est une nitrosamine classée cancérogène probable pour l'homme par l'OMS.
Ce terme est employé  lorsque l'on dispose d'indications de cancérogénicité limitées chez l'homme et suffisantes chez l'animal.
Indications limitées signifie qu'une association positive a bien été observée entre l'exposition à l'agent et l'apparition d'un cancer, mais que d'autres explications pour ces observations (le hasard, un biais ou des facteurs de confusion) n'ont pas pu être exclues.

Des investigations à l'échelle européenne
Suite à cette alerte, l'EMA et les autorités sanitaires des pays membres, dont l'ANSM, ont décidé de mener des investigations sur les spécialités de metformine commercialisées dans l'espace européen. L'ANSM coordonne cette procédure européenne.
À ce titre, elle demande aux laboratoires concernés d'effectuer des analyses sur les spécialités potentiellement concernées par l'impureté 
et indique que "les résultats de ces analyses seront communiqués".

Sartans, ranitidine... metformine ? 
Les spécialités à base de metformine sont la 3e classe thérapeutique impactée par la découverte d'impuretés nitrosamines.
En effet, ce type d'impuretés (NDMA et NDEA)
 a été découvert pour la première fois en juin 2018 dans des lots de valsartan (notre article du 12 juillet 2018). Par mesure de précaution, la quasi-totalité des spécialités a été rappelée, provoquant des ruptures d'approvisionnement pendant plusieurs mois. Par la suite, d'autres spécialités de la classe des sartans (irbésartan, losartan) ont été touchées par cette contamination et ont également fait l'objet de rappels de lots en série. 
Après ce premier épisode de contamination des sartans, des investigations conduites au niveau mondial ont été menées sur d'autres médicaments. Elles ont permis, en septembre 2019, de mettre en évidence l'impureté NDMA dans des spécialités à base de ranitidine. Par mesure de précaution et du fait des alternatives disponibles, la France a demandé le rappel de tous les lots de ces médicaments (notre article du 26 septembre 2019). 
 
Les patients diabétiques sous metformine ne doivent pas arrêter leur traitement
Les risques d'une interruption de traitement par metformine étant plus importants que ceux liés aux traces éventuelles d'impuretés (cf. Encadré 2), l'ANSM demande aux patients diabétiques de ne pas interrompre leur traitement.
En effet, comme pour les alertes précédentes relatives aux sartans et à la ranitidine, l'ANSM indique que "la présence éventuelle de NDMA dans un médicament ne présente pas de risque aigu pour la santé du patient"

Encadré 2 - Risques associés à un arrêt du traitement anti-diabétique
  • Déséquilibre du diabète 
  • Hyperglycémie, qui se manifesterait par une sensation de soif, des somnolences et une vision floue
  • Complications à long terme : maladies cardiaques, problèmes neurologiques, lésions des reins, problèmes oculaires et lésions au niveau des pieds pouvant entrainer une amputation

Pour les médecins et pharmaciens : ne pas arrêter les prescriptions, ni les dispensations
L'ANSM indique par ailleurs aux professionnels de santé
qu'ils peuvent à continuer à prescrire des médicaments à base de metformine dans la prise en charge du diabète (cf. VIDAL Reco "Diabète de type 2 : prise en charge initiale").

Elle les invite également à sensibiliser les patients aux risques d'une interruption de traitement antidiabétique (cf. Encadré 2).

Pour aller plus loin
Information concernant les médicaments à base de metformine - Point d'Information (ANSM, 6 décembre 2019)


Sur VIDAL.fr
Spécialités de valsartan et de valsartan/hydrochlorothiazide : important rappel de lots et recommandations de l'ANSM (12 juillet 2018)
HTA : après les rappels de lots de spécialités de valsartan, rappel de lots d'IRBESARTAN ARROW (14 janvier 2019)
LOSARTAN ACCORD 50 mg comprimé : identification d'une nouvelle impureté et rappel du lot concerné (28 mars 2019)
AZANTAC et génériques : rappel de tous les lots de l'ensemble des spécialités à base de ranitidine (26 septembre 2019)
AZANTAC et génériques : les alternatives à la ranitidine en fonction des indications (4 décembre 2019)

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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