Épidémie de grippe : ralentissement de la décrue, premiers enseignements français et européens

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Alors que l’OMS est en train de choisir les souches entrant dans la composition du futur vaccin, Santé Publique France et le réseau de surveillance européen tirent les premiers constats de l’efficacité du vaccin actuel et de l’impact de l’épidémie grippale toujours en cours en France (stagnation du nombre de consultations la semaine dernière).
 
En fonction de la souche grippale concernée, cette efficacité chez les personnes de plus de 65 ans en ambulatoire s’avère pour le moment modérée (61 % : virus B, majoritaire depuis début février) à élevée (78 % : virus A[H1N1]pdm09) en France, avec cependant des intervalles de confiance très larges. 
 
En Europe, l’efficacité globale paraît moindre (15 à 46 %) mais, paradoxalement, cela ne semble pas lié au virus B/Yamagata, non inclus dans le vaccin annuel et majoritaire en dehors de la France depuis le début de l'épidémie
 
Santé Publique France et les organismes de surveillance en Europe font aussi le point sur l’excès de mortalité constaté et sur les séjours en réanimation.
Taux de consultations pour syndrome grippal pour 100 000 habitants en 2015-2016, 2016-2017 et 2017-2018 (provisoire).

Taux de consultations pour syndrome grippal pour 100 000 habitants en 2015-2016, 2016-2017 et 2017-2018 (provisoire).


En France, le nombre de consultations a stagné, ralentissant la décroissance de l'épidémie
Le pic vaccinal a été atteint début janvier 2018 (voir notre article).
 
Depuis, la décroissance du nombre de consultations pour syndrome grippal est relativement lente, avec même une stagnation en semaine 7 (12 au 18 février) :
  • 207 consultations pour 100 000 habitants en médecine ambulatoire, contre 206 en semaine 6 (5 au 11 février).
  • 11 % des consultations de SOS Médecins pour syndrome grippal, comme en semaine 6.
  • 4 432 passages aux urgences pour syndrome grippal, dont 625 hospitalisations en semaine 7 (en semaine 6 : 4 034 passages, 498 hospitalisations)
 
En conséquence, tous les départements de France métropolitaine sont encore au stade épidémique :

 

En semaine 7, de nouveaux cas graves de grippe ont été admis en réanimation
Entre le 11 et le 18 février 2018, 89 personnes présentant un syndrome grippal grave ou compliqué ont été admises en réanimation en France.

Depuis le début de l'épidémie, près de 2000 personnes ont été admises en réanimation en France :
  • L'âge moyen des cas est de 58 ans.
  • 78 % présentaient des facteurs de risque (maladie chronique, âge supérieur à 65 ans, etc.).
  • 56 % n'étaient pas vaccinés (lorsque le statut vaccinal était renseigné)
  • Dans 71 % des cas, un virus A a été identifié (circulation majoritaire jusqu'en janvier 2018, cf. infra).
  • Parmi les  cas admis en réanimation, 286 sont décédés.
 
Cependant l'excès de mortalité attribuable à la grippe, selon les premières estimations à ce stade de l'épidémie, paraît inférieur à celui de l'épisode 2016 – 2017 (marqué par une forte prévalence d'une souche mutée du virus A(H3N2) répondant mal au vaccin) : 



Une majorité de virus de type B en ambulatoire depuis fin janvier 2018
Jusqu'en janvier 2018, le virus A(H1N1)pdm09 était majoritaire en France, contrairement au reste de l'Europe.
 
En janvier, la part du virus B a augmenté progressivement en France, jusqu'à devenir majoritaire depuis la semaine 5.
 
En semaine 7, la part de virus B est devenue largement majoritaire (67 %) en ambulatoire en France (en orange ci-dessous) : 
 

 
Un vaccin relativement efficace en France, même si les données sont encore peu précises
En médecine ambulatoire, l'efficacité du vaccin était de 60 % chez les personnes de 65 ans et plus, selon les premières estimations du Réseau Sentinelles, avec un intervalle de confiance large [IC 95 % : 31 – 77], soulignant la difficulté d'établir précisément cette efficacité protectrice.
 
Virus par virus, cette efficacité se situerait à 78 % [IC 95 % : 49 – 90] contre les virus A(H1N1)pdm09 et à 61 %  contre les virus ce type B, là aussi avec un large intervalle de confiance [IC 95 % :  21 – 81].
 
En milieu hospitalier, l'efficacité du vaccin à éviter une forme sévère de grippe conduisant à une hospitalisation, selon l'étude FLUVAC, était de l'ordre de 44 %, avec un intervalle de confiance encore plus large [IC 95 % : 4-67].
 
En Europe, activité variable avec 2 prélèvements sur 3 détectant des virus de type B
Selon les données du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publiées sur le site flunewseurope.org, l'activité grippale reste intense en Albanie et au Luxembourg, puis, à un moindre degré, en Allemagne, Finlande, Irlande, Kosovo, Pays de Galle et Slovaquie.
 
Sur les 14 4746 prélèvements européens analysés, 33 % montraient des virus de type A (18 % A/H1N1pdm09, 10 % A/H3N2 et 5 % non typés), et 67 % montraient des virus de type B (26 % B/Yamagata, 1 % B/Victoria, 40 % non typés).
 
Les virus A(H3N2), certes peu nombreux, appartenaient à 59 % au sous-genre ("clade") 3C.2a, présent dans le vaccin 2017 – 2018. Les autres virus H3N2 (clade 3C.2a1) étaient "antigéniquement similaires".
 
La majorité des cas graves signalés en Europe était liée à des virus de type B (en France : type A, cf. ci-dessus) et survenaient chez des personnes de plus de 15 ans.
 
Une efficacité vaccinale européenne estimée, à ce stade, comme moyenne
Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) évaluent l'efficacité vaccinale globale européenne de 15 à 46 %, selon la proportion de types et sous-types circulants relevés dans les différents pays.
 
Contre les virus de type B, l'ECDC estime que l'efficacité se situait entre 35 et 67 %, "bien que la lignée circulante ne soit pas incluse dans le vaccin trivalent le plus utilisé".
 
En semaine 3, un excès de mortalité a été constaté dans plusieurs pays européens : France, Espagne, Italie, Norvège, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse. L'ECDC fait remarquer que la mortalité des personnes âgées "a considérablement augmenté au cours des dernières semaines dans les parties occidentales de l'Europe".

Actuellement (19-21 février 2018), l'OMS se réunit à Genève pour décider, déjà (il faut des mois pour cultiver les protéines virales dans des oeufs afin de fabriquer, ensuite, les vaccins), des souches qui entreront dans la composition du prochain vaccin antigrippal. Nous éditerons cet article lorsque ces 3 souches seront connues.

[édit 23/02] Les souches récentes d'A(H1N1)pdm09, A(H3N2) et B/Victoria ont été retenues par l'OMS pour le vaccin antigrippal trivalent 2018 - 2019 dans l'hémisphère nord : 
  • A/Michigan/45/2015 (H1N1)pdm09 ; 
  • A/Singapore/INFIMH-16-0019/2016 (H3N2) ;
  • B/Colorado/06/2017 (lignée B/Victoria/2/87).

Pour le vaccin quadrivalent, l'OMS recommande aux fabriquants d'inclure en sus la souche B/Yamagata : 
  • A/Michigan/45/2015 (H1N1)pdm09 ;
  • A/Singapore/INFIMH-16-0019/2016 (H3N2) ;
  • B/Colorado/06/2017 (lignée B/Victoria/2/87) ;
  • B/Phuket/3073/2013 (lignée B/Yamagata/16/88). [/édit]

En conclusion : une grippe qui dure, s'avère moins sévère que l'année dernière et rappelle la nécessité de progrès du côté des vaccins
Après un pic assez rapide, l'épidémie grippale diminue lentement en Europe. La vague de froid venue de Sibérie attendue pour les prochains jours ne va pas forcément accélérer son déclin…
 
Par contre, le nombre d'hospitalisations et l'excès de mortalité sont, pour le moment du moins, inférieurs à l'épisode 2016-2017.
 
Enfin, même si l'efficacité vaccinale paraît supérieure à l'année dernière, elle reste partielle et soumise aux aléas : mutation d'une souche existante (voir notre article), émergence d'une nouvelle souche.
 
Cette vaccination est donc utile pour diminuer les risques de contracter une grippe, en particulier en cas de facteurs de risque de gravité, mais elle ne protège pas suffisamment, d'où l'importance des mesures barrières :
 
 
 Il paraît donc toujours nécessaire de parvenir à l'élaboration et de la commercialisation d'un vaccin plus "réactif" (fabrication plus rapide permettant de réagir aux souches circulantes) ou, encore mieux, d'un vaccin universel qui protégerait contre toute forme de grippe.
 
En savoir plus :
Bulletin épidémiologique grippe, semaine 7. Saison 2017-2018, Santé Publique France, 21 février 2018
Semaine 6/2018 (5-11 février 2018) et aperçu de la saison 2017 /18, Flu News Europe, consulté le 21 février 2018
Grippe, des gestes simples pour limiter les risques de transmission, Santé Publique France, décembre 2016 (vidéo YouTube)
WHO Consultation and Information Meeting on the Composition of Influenza Virus Vaccines for Use in the 2018-2019 Northern Hemisphere Influenza Season, WHO Consultation, 19 - 21 février 2018, Genève, Suisse


Sur VIDAL.fr :
Surveillance de l'épidémie de grippe : pic probablement dépassé, souche A/H1N1 prédominante en France (janvier 2018)
Grippe : la faible efficacité du vaccin liée aux mutations survenant pendant la culture dans des oeufs ? (novembre 2017)
Fin de l'épidémie de grippe : sévérité accrue chez les personnes âgées, vaccin peu efficace (8 mars 2017)
Prévention de la grippe : il n'existe pas de "vaccin homéopathique", rappelle l'ANSM (30 novembre 2016)
Grippe saisonnière : possible diminution de l'efficacité du vaccin, nécessaire vigilance chez les personnes à risques (janvier 2015)
 

Sources : Santé Publique France

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Vidal News du 2018-06-21

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