Prévention de la grippe : il n'existe pas de "vaccin homéopathique", rappelle l'ANSM

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Dans un communiqué diffusé le 24 novembre, l'ANSM rappelle qu'"aucun médicament homéopathique ne peut être considéré comme un vaccin", ni comme un "vaccin homéopathique".

Ce rappel est lié en particulier aux similitudes d'indication et de période de traitement entre plusieurs produits homéopathiques et les vaccins, similitudes à risques de confusion. L'un de ces produits est même une version ultra-diluée du vaccin annuel, ce qui entraîne une fausse appellation de "vaccin homéopathique" et augmente encore le risque de confusion.


Cette mise au point de l'ANSM fait suite à un avis récent du Conseil supérieur d'hygiène publique de France qui relève ce risque de confusion et les conséquences sanitaires susceptibles d'en découler. Le Conseil supérieur d'hygiène publique de France considère que l'utilisation des médicaments homéopathiques à la place du vaccin anti-grippal constitue une perte de chances, notamment chez les personnes à risque de complications.
Tubes de granules d'homéopathie (illustration).

Tubes de granules d'homéopathie (illustration).


Dans un avis publié le 24 novembre 2016, le Conseil supérieur d'hygiène publique de France dénonce  le risque de confusion entre les vaccins contre la grippe et les médicaments homéopathiques avec AMM traditionnellement prescrits par les homéopathes pour tenter de prévenir la grippe, risque détaillé ci-dessous.

Confusion d'indication entre prévention anti-grippale vaccinale et prise d'homéopathie
Le problème que nous évoquons ici vient tout d'abord d'une confusion liée au statut de ces granules homéopathiques (cf. infra pour des détails sur leur origine, fabrication et utilisation) : certains ont une AMM (autorisation de mise sur le marché), comme les médicaments "usuels", et ont donc une indication (écrite sous la forme "traditionnellement utilisé dans"), d'autres sont classés en parapharmacie.

Plusieurs produits homéopathiques, remboursables ou non, sont donc "traditionnellement utilisés en prévention ou en traitement" de la grippe ou d'affections grippales :  l'ANSM mentionne les granules d'influenzinum à 9CH (médicament HOMEOMUNIL et "génériques"
), mais d'autres produits sont également prescrits et utilisés dans la même indication, en particulier l'OSCILLOCOCCINUM (2e produit d'automédication vendu en France, voir notre article) et le Sérum de Yersin.

Ces indications et présentations de ces produits peuvent, selon les autorités de santé, entraîner une confusion avec les vaccins anti-grippaux, alors que ces produits homéopathiques n'ont aucune efficacité préventive démontrée en prévention des affections grippales, contrairement aux vaccins contre les virus grippaux (INFLUVAC,  IMMUGRIP  et  VAXIGRIP en 2016-2017), à l'efficacité certes modeste et variable d'une année sur l'autre, mais significative statistiquement (détails sur ces derniers en fin d'article)

Confusion liée à la durée de prescription des produits homéopathiques
Logiquement, les traitements préventifs homéopathiques sont généralement prescrits ou conseillés (par les pharmaciens notamment) à partir du mois de novembre jusqu'au mois de février, c'est-à-dire sur la même période que la campagne de vaccination contre la grippe.

Certains de ces professionnels de santé élaborent même (parfois ? Souvent ? Nous n'avons pas de données précises sur ce sujet) un "protocole" avec une prise successive sur 3 mois de ces produits. 


Facteur de confusion supplémentaire : les granules d'influenzinum se présentent comme version ultra-diluée du vaccin anti-grippal
Les fabricants de granules d'Influenzinum utilisent des souches virales qu'ils changent en fonction des données épidémiologiques annuelles, comme pour les vaccins, aboutissant à une sorte de version ultra-diluée du vaccin annuel, parfois nommée à tort "vaccin homéopathique" par le grand public. 

Notons qu'à l'inverse, l'Oscillococcinum est fabriqué à partir de coeurs et foies de canard de barbarie, sans rapport avec les virus en cause. De même, le Sérum de Yersin
 est fabriqué à partir de multiples dilutions de sérum d'animaux auxquels le bacille de Yersin (bacille de la peste) a été inoculé. Ces produits homéopathiques ne sont donc pas présentés comme des "vaccins homéopathiques", mais des compléments, des protecteurs, etc. 

L'ANSM rappelle que les vaccins ont certes une efficacité variable, mais mesurable et réelle, contrairement à l'effet de la prise de granules traditionnellement utilisés pour prévenir la grippe
Même si l'efficacité de ce vaccin est en moyenne modérée, et parfois très faible, comme en 2014 - 2015 (cf. infra), les résultats des études épidémiologiques montrent que cette vaccination est associée à la diminution, variable mais statistiquement significative, du risque de grippe (réduction moyenne de 50 % du risque absolu de contracter une grippe pendant l'hiver) et de complications.

De telles preuves n'existent pas actuellement avec les granules homéopathiques. 
Sans remettre en question l'utilisation de l'homéopathie, l'ANSM rappelle "qu'aucun médicament homéopathique ne peut être considéré comme un vaccin".

Ne pas vacciner constitue une perte de chances pour les personnes à risque
Pour le Conseil supérieur d'hygiène publique (CSHP) de France, la désignation inappropriée de "vaccin homéopathique" peut conduire à des comportements à risque, avec remplacement du vaccin anti-grippal par un traitement homéopathique ; or "l'utilisation de ces médicaments homéopathiques à la place du vaccin anti-grippal constitue une perte de chance, notamment chez les personnes à risque de complications", souligne le CSHP.

Il rappelle que seuls les vaccins anti-grippaux sont recommandés en prévention de la grippe. 


Afin de tenter de réduire ce risque de confusion "homéopathie - vaccins", l'ANSM rappelle que ces médicaments homéopathiques ne doivent pas être vendus en accès libre
Dans son communiqué du 24 novembre, qui constitue en lui-même (et grâce aux relais médiatiques, comme cet article) une tentative de diminution du risque de confusion, l'ANSM rappelle que les médicaments homéopathiques destinés à tenter de prévenir ou traiter les symptômes de la grippe ne sont pas inscrits sur la liste de médication officinale et ne doivent pas, par conséquent, être présentés en libre accès dans les pharmacies.

Rappel contextuel : l'homéopathie, une médecine à haute dilution née en Allemagne
L'homéopathie a été mise au point par un médecin allemand Samuel Hahnemann, à la fin du XVIIIe siècle.  Elle part du principe qu'une substance donnée à une dose très faible peut agir sur des problèmes de santé, alors qu'elle serait toxique à dose "normale". 

Pour obtenir ces doses, des dilutions multiples de substances actives sont effectuées, à tel point que chaque granule contient une quantité minime ou infinitésimale de ces substances (voire aucune molécule, lorsque la dilution inférieure à 1/1024, dilution notée 12CH). Les granules homéopathiques sont fabriqués avec du sucre et cette solution diluée, après qu'elle ait été "dynamisée" (secouée). 

Une efficacité alléguée dans le cadre de consultations homéopathiques, mais non démontrée scientifiquement, malgré le remboursement de 1 163 spécialités depuis 1984
Ces granules sont très souvent utilisés en France. Bien que leur effet ne diffère pas du placebo dans les études cliniques, les médecins homéopathes estiment notamment que dans le cadre d'une consultation longue, globale, les médicaments homéopathiques peuvent être utiles, en particulier pour renforcer le terrain, les défenses immunitaires. 

Mais l'AMM des médicaments homéopathiques, qu'ils soient utilisés ou non en prévention de la grippe, n'a pas été conditionnée à l'existence de preuves scientifiques, de même que leur remboursement dans certains cas.

Ce remboursement a été instauré par un arrêté publié le 8 mai 1967 (non disponible en ligne), pour certaines souches seulement. Le 12 septembre 1984, Georgina Dufoix a fait publier un arrêté élargissant considérablement cette liste, portant à 1 163 le nombre de souches homéopathiques remboursables, à condition qu'elles soient fabriquées par des industriels et non préparées par le pharmacien lui-même (voir cette réponse d'Edith Cresson à Claude Huriet en 1990 sur le site du Sénat).  


Des pistes de recherche qui suscitent des débats houleux depuis les années 1980
Certains chercheurs avancent d'étranges modifications infinitésimales de l'eau mise en présence d'anticorps ("mémoire de l'eau" de Jacques Benveniste) ou de bactéries ("signaux électromagnétiques" de nano-structures du Pr Luc Montagnier),  par rapport à de l'eau non exposée, mais l'association de ces modifications de l'eau à d'éventuels effets thérapeutiques supérieurs à celui d'un placebo n'a pas été démontrée à ce jour. 

Autre rappel contextuel : les vaccins antigrippaux contiennent plusieurs souches choisies en fonction des données des années précédentes, pout tenter de maximiser leur efficacité
Un vaccin est un médicament utilisé en vue de provoquer une immunité active ou passive chez un individu, afin de le prémunir contre une infection ou une maladie. Le mode d'action (immunogénicité) et l'efficacité des vaccins mis sur le marché sont évalués avec des études cliniques.

Pour mémoire, l'injection annuelle  d'un vaccin anti-grippal est indiquée en prévention de l'infection, en particulier chez les personnes à risques (enfants, personnes âgées, maladies chroniques, etc.).

Cette injection annuelle suscite une production d'anticorps contre les virus contenus dans les vaccins :
-  lorsque la grippe de l'année est liée à un de ces virus, la vaccination est associée à une baisse du nombre de cas et du nombre de complications. L'ampleur de cette baisse est variable selon l'âge, les antécédents, l'état de santé actuel ;
- lorsque la grippe n'est pas liée à un virus contenu dans le vaccin (comme en 2014-2015 avec la souche Switzerland, voir notre article), l'efficacité est malheureusement beaucoup plus faible. Par contre, la souche Switzerland a été incluse dans le vaccin 2015-2016 et 2016-2017, ce qui laisse espérer une meilleure efficacité (nous ne connaissons pas encore le virus qui circulera en France pendant l'hiver, et ne pouvons donc pas anticiper son efficacité).

Cette efficacité dépend aussi du taux de couverture vaccinale en France, qui reste relativement faible malgré les mutiples campagnes de comunication et d'incitation des médecins (ROSP, voir notre article) à cette vaccination. 

Pour mémoire : la campagne vaccinale 2016 - 2017
La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière a débuté le 7 octobre 2016 et doit se terminer en janvier (voir notre article du 7 octobre 2016).

Elle s'adresse en priorité aux seniors (65 ans et plus) et aux personnes considérées comme fragiles (femmes enceintes, patients souffrant de certaines pathologies chroniques de type affections pulmonaires, cardiovasculaires, diabète, etc., personnes en situation d'obésité morbide). 


Dans le cadre de la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière 2016, les 3 vaccins disponibles sont INFLUVACIMMUGRIPVAXIGRIP, FLUARIX TETRA et FLUENZ TETRA. 

Pour aller plus loin
L'ANSM rappelle qu'aucun médicament homéopathique ne peut être considéré comme un vaccin contre la grippe - Point d'Information (ANSM, 24 novembre 2016)

Avis du Conseil supérieur d'hygiène publique de France relatif aux vaccins anti-grippaux (DGS, 24 novembre 2016)
Arrêté du 12 septembre 1984 FIXANT LA LISTE DES SPECIALITES PHARMACEUTIQUES REMBOURSABLES AUX ASSURES SOCIAUX, JORF du 29 septembre 1984, numéro complémentaire page 8945 
Remboursement des préparations pharmaceutiques 9e législature Question écrite n° 10770 de M. Claude Huriet (Meurthe-et-Moselle - UC) publiée dans le JO Sénat du 05/07/1990 - page 1440


Sur VIDAL.fr
Lancement de la campagne de vaccination contre la grippe 2016-2017 : objectifs et modalités pratiques (7 octobre 2016)
Baromètre AFIPA : l'automédication a nettement progressé en 2015 en France (28 janvier 2016)
Grippe saisonnière : possible diminution de l'efficacité du vaccin, nécessaire vigilance chez les personnes à risques (janvier 2015)
Indicateurs "médicaments" de la ROSP : l'Assurance Maladie annonce des résultats positifs sur 3 ans, sauf sur la vaccination (mai 2015)

Sources : DGS, ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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Vidal News du 2018-09-20

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