Les indicateurs de mal-être sont plus élevés chez les filles.Halfpoint / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
En cette deuxième année de grande cause nationale consacrée à la santé mentale, Santé publique France (SPF) livre un panorama de la situation chez les jeunes à la lumière des résultats de deux enquêtes réalisées en milieu scolaire, l'une (Enabee) [1] chez les enfants (3-11 ans) et l'autre (Enclass) [2] chez les adolescents (11-18 ans). De multiples signaux à l'international avaient fait part d'une dégradation des indicateurs après la pandémie de Covid et les mesures de confinement.
Une évolution contrastée chez les adolescents
La santé mentale des collégiens et des lycéens, altérée après la pandémie de Covid, montre des signes d'amélioration, mais sans revenir au niveau de 2018, révèle l'enquête Enclass [2] menée en 2024. La majorité des élèves du secondaire se dit satisfaite de sa vie actuelle (80 % au collège, 78 % au lycée) et rapporte un bon niveau de bien-être mental (respectivement 70 % et 63 %, soit une hausse de 11 et 12 points par rapport à 2022 chez les garçons et les filles). Une évolution qui va de pair avec une baisse du sentiment de solitude (- 6 points au collège, - 7 au lycée).
Néanmoins, « ces indicateurs coexistent avec des signaux persistants de souffrance psychique chez les jeunes », souligne SPF dans un communiqué [2]. La santé mentale et le bien-être se dégradent au collège et ne s'améliorent pas au lycée.
Près de deux lycéens sur dix (19 %) présentent un risque important de dépression, et ce, de façon plus marquée chez les filles. Les symptômes les plus fréquemment rapportés sont : le manque d'énergie (58 %), des difficultés de concentration (44 %) et le sentiment de découragement (42 %).
Un lycéen sur cinq déclare avoir eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Même si le chiffre est en diminution par rapport à 2022 (- 4 points), les tentatives de suicide déclarées au cours de la vie augmentent (15 % des lycéens, soit + 2 points), s'inquiète SPF, pointant que les formes les plus sévères perdurent.
Des écarts importants existent entre garçons et filles, les indicateurs de santé mentale étant globalement moins bons chez elles. Environ 15 % des lycéens déclarent avoir fait une tentative de suicide (TS), avec une proportion deux fois plus importante chez les filles (19,4 %) que chez les garçons (10,6 %). Pour les TS avec hospitalisation, on constate une surreprésentation des filles (4,1 %) par rapport aux garçons (2,2 %).
Par ailleurs, 45 % des collégiens (de la 6e à la 4e) rapportent encore des plaintes psychologiques plus d'une fois par semaine depuis au moins 6 mois (- 4 points), de la nervosité en premier chef (32 %) suivie d'une irritabilité (29 %) et d'un sentiment de déprime (21 %).
Quels sont les facteurs de vulnérabilité chez les enfants ?
Concernant les enfants, des facteurs de vulnérabilité ont pu être identifiés à partir de l'enquête Enabee [1]. Ce travail avait déjà montré en 2023 qu'un enfant sur huit (13 %) en élémentaire présente au moins un trouble de la santé mentale (trouble émotionnel, trouble oppositionnel, trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité).
Ici, l'équipe a réalisé de nouvelles analyses qui ont mis au jour des associations entre ces troubles et des caractéristiques :
- individuelles : sexe masculin, complications médicales lors de la grossesse, maladie chronique (diabète, asthme), difficultés scolaires, survenue d'événements difficiles (deuil ou agression) depuis la naissance ;
- liées à l'environnement familial : anxiété probable d'un parent, conflits entre parents séparés, situation financière difficile ;
- liées à l'environnement relationnel : temps important passé en centre de loisirs pendant les jours sans école, harcèlement.
Pour SPF, il est important de garder à l'esprit que « ces associations ne doivent pas être interprétées comme des relations causales et déterministes ». Le lien de cause à effet n'est pas établi, les facteurs étant multiples et souvent imbriqués, la relation parfois bidirectionnelle.
Ces nouveaux éléments sont plutôt à utiliser pour identifier des situations de vulnérabilité et proposer des interventions. La santé des enfants évolue favorablement avec un accompagnement. Une nouvelle étude est en préparation pour 2028 afin de remettre à jour ces indicateurs.
Quels outils disponibles pour la santé mentale des élèves ?
En prévention, outre la promotion des comportements favorables à la santé mentale (faire une activité physique, bien dormir, pratiquer une activité extra-scolaire...), SPF soutient le développement des compétences psychosociales de l'enfant par les enseignants.
Le registre national ReperPrev propose des programmes de prévention, comme les Clefs parentalité PSFP (programme de soutien aux familles et à la parentalité).
Pour le repérage, la sensibilisation des parents et des personnels éducatifs peut s'appuyer sur des outils tels que Santé mentale info service, Psycom ou CléPsy.
Le recours aux professionnels de première ligne est rappelé : Mon soutien psy (dès l'âge de 3 ans), médecin généraliste, pédiatre (cf. notre article du 20 mai 2025). Chez les plus grands, une aide à distance peut être proposée avec le Fil Santé Jeunes (0 800 235 236), accessible 7 jours sur 7 de 9h à 23h, le numéro de prévention du suicide (3114).
La ministre de la Santé a promis un rendez-vous sous 24-48 heures avec un professionnel de santé (psychologue, psychiatre, pédopsychiatre) pour les enfants en situation de détresse qui auraient été repérés par l'Éducation nationale (médecin, infirmière ou psychologue scolaire) [3].
[1] Facteurs associés à la présence d’au moins un trouble probable de santé mentale chez les enfants scolarisés de 6 à 11 ans : résultats de l’étude Enabee 2022 en France hexagonale (Santé publique France, 2 juin 2026)
[2] La santé mentale et le bien-être des collégiens et lycéens en France hexagonale. Résultats de l’Enquête nationale en collèges et en lycées chez les adolescents sur la santé et les substances (EnCLASS) 2024 (Santé publique France, 2 juin 2026)
[3] Santé mentale : Stéphanie Rist promet des rendez-vous sous 48H aux élèves « repérés » par l'Éducation nationale (article AFP sur le site de VIDAL, 2 juin 2026)
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