L'incontinence urinaire est à rechercher chez la femme ménopausée et/ou en surpoids.SeventyFour / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
L’incontinence urinaire (IU) de la femme est fréquente, avec une prévalence estimée globalement entre 25 et 40 %, augmentant avec l’âge.
Dans 40 % des cas, il s’agit d’une IU d’effort (IUE), dans 10 % des cas d’une IU par urgenturie (IUU) dans le cadre d’une hyperactivité vésicale, dans la moitié des cas d’une IU mixte.
L’IU ne motive une consultation spécifique que dans 30 % des cas, ce qui souligne l’importance de la rechercher de façon plus systématique à l’interrogatoire chez les femmes ayant des facteurs de risque (âge, ménopause, surpoids notamment).
Le diagnostic d’IU est clinique, l’interrogatoire précisant les facteurs de risque et son retentissement. En cas d'IUU ou mixte, une échographie pelvienne est demandée largement, afin de ne pas passer à côté d’une cause irritative locorégionale et de s’assurer de la bonne vidange vésicale.
Quel que soit le type d’IU, des mesures hygiéno-diététiques et une rééducation périnéo-sphinctérienne, idéalement réalisée par un masseur-kinésithérapeute diplômé spécialisé en pelvi-périnéologie, sont indiquées.
En cas d'IUE par hypermobilité urétrale, après échec des mesures de première intention, le recours à un pessaire, qui connaît un regain d’intérêt, peut être proposé. La femme doit sinon être adressée à un spécialiste pour discuter d’une prise en charge par injections d’agents de comblement, qui viennent bouleverser les pratiques, ou d’un geste chirurgical.
En cas d’hyperactivité vésicale, la neurostimulation électrique transcutanée (TENS) du nerf tibial ou les anticholinergiques peuvent être proposés en cas d'échec des mesures générales et de la rééducation.
La Vidal Reco sur l’incontinence urinaire de la femme vient d’être actualisée.
Environ 25 à 40 % des femmes ont une incontinence urinaire (IU), 20 % avant 30 ans et plus de 45 % entre 51 et 70 ans.
L’IU entraîne une altération de la qualité de vie, du sommeil et de la sexualité, des troubles trophiques cutanés et muqueux, voire des escarres chez la personne âgée.
Quels sont les mécanismes physiopathologiques ?
On distingue trois grands types d’IU
1. L'IU d'effort (IUE) (40 % des cas), secondaire à une augmentation brusque de la pression intra-abdominale, lors de la toux, du rire, d’un port de charge, de la pratique du sport, via deux grands mécanismes :
- l'hypermobilité urétrale par cervicocystoptose (90 % des cas), due à une perte de tonus des tissus de soutènement vaginaux. Grossesses, accouchements, carence estrogénique postménopausique, obésité, prolapsus pelvien, efforts de poussée abdominale répétés en sont les principaux facteurs de risque ;
- l’insuffisance sphinctérienne (10 % des cas), favorisée par un traumatisme obstétrical, une chirurgie ou une irradiation pelvienne, une maladie neurologique (lésionnelle, neuropathies) ou encore l’âge.
2. L'IU par urgenturie (IUU), 10 % des cas, survenant dans le cadre d’un syndrome d’hyperactivité vésicale (HAV).
3. L’IU mixte, la plus fréquente (50 % des cas).
Quels sont les éléments du diagnostic ?
Le diagnostic d'IU est clinique. Il repose avant tout sur l'interrogatoire, qui doit rechercher la notion de fuites urinaires en particulier chez les femmes ayant des facteurs de risque. Notamment, la question devrait être posée systématiquement chez les femmes ménopausées et/ou en surpoids. Seules 30 % des femmes consultent spécifiquement leur médecin pour ce symptôme.
L'interrogatoire recherche des facteurs favorisants, tels que le tabagisme, la consommation d’alcool, la prise de certains médicaments, précise les circonstances de survenue, qui définissent le type d'IU, et évalue le retentissement des troubles.
L'examen clinique évalue la trophicité vaginale, la sensibilité et le tonus périnéal, recherche un prolapsus associé. Le test à la toux (faire tousser la patiente allongée, vessie pleine...) vise à objectiver des fuites en rapport avec une IUE.
Quel bilan complémentaire ?
En cas d'IUE typique non compliquée, aucun examen complémentaire n'est nécessaire en première intention.
En cas d'IUU ou mixte, une échographie pelvienne est demandée largement, afin de ne pas passer à côté d’une cause irritative locorégionale (tumeur ou calcul vésical, compression tumorale extrinsèque). Elle permet de s’assurer de la bonne vidange vésicale par la mesure du résidu vésical postmictionnel (significatif si > 100 mL), en particulier si un traitement par anticholinergique est envisagé.
Quelles sont les mesures communes de première ligne ?
Des mesures dites hygiéno-diététiques, qui visent à corriger les facteurs favorisants, sont toujours recommandées en première intention, quel que soit le type d’IU
- réduction pondérale en cas de surpoids, limitation des apports liquidiens à 1,5 L/j, limitation des apports en thé et café ;
- traitement d'une constipation chronique, d'une toux chronique ;
- réévaluation des traitements médicamenteux favorisants (tels que diurétiques, antihypertenseurs centraux, antidépresseurs tricycliques, antipsychotiques, etc.) ;
- traitement estrogénique local en cas de syndrome génito-urinaire de la ménopause avec atrophie vulvo-vaginale, qui est un facteur favorisant l'IU.
Parallèlement, une rééducation périnéo-sphinctérienne est toujours recommandée en traitement de première ligne. Elle doit idéalement être réalisée par un masseur-kinésithérapeute diplômé spécialisé en pelvi-périnéologie, après réalisation d'un bilan pelvien initial par le kinésithérapeute.
L’Association française de rééducation en pelvi-périnéologie (Afrepp), qui regroupe les masseurs-kinésithérapeutes spécialisés, propose un annuaire et des fiches pratiques à destination des patients.
Que peut-on proposer spécifiquement en cas d’IUE ?
En cas de prolapsus génital ou d'IUE par hypermobilité urétrale (test de soutènement urétral positif), après échec des mesures générales et de la rééducation pelvi-périnéale, on peut proposer le recours à un pessaire (pessaire de soutènement de type « dish urétral » ou de comblement type « cube »). Ce type de dispositif intravaginal en silicone, qui vise à maintenir les organes pelviens (vessie, rectum, utérus) à leur place, est remboursé depuis 2024 et connaît un regain d’intérêt depuis la baisse des poses chirurgicales de bandelettes sous-urétrales.
En cas d’échec et/ou de refus des stratégies de première intention et du pessaire, la patiente doit être adressée à un spécialiste.
Et en cas d’hyperactivité vésicale ?
Dans le cas d’une HAV, deux traitements peuvent être proposés en cas d'échec des mesures générales et de la rééducation.
La neurostimulation électrique transcutanée (TENS) du nerf tibial, une spécificité française, peut être essayée. Dénuée d’effets secondaires, elle peut être réalisée à domicile (via un prestataire de matériel médical). Elle nécessite une implication forte : séances quotidiennes de 20 à 30 minutes, pour une durée minimale de 12 semaines pour obtenir une efficacité. Certaines études font état d’une satisfaction pouvant atteindre 70 %.
Autre possibilité : les anticholinergiques, qui sont plus rapidement efficaces que la TENS, mais sont responsables de nombreux effets secondaires, parmi lesquels la constipation et la bouche sèche, qui expliquent le fort taux d’abandon de traitement. Une prescription d’une durée d'un mois permet d’apprécier l’efficacité et la tolérance. Leur utilisation doit être évitée chez les sujets polymédiqués, ceux souffrant de constipation ou de troubles cognitifs, ce qui en pratique exclut de nombreux sujets âgés. EDIT/ 07/07/2026 : Le vibégron, un agoniste des récepteurs bêta3-adrénergiques du détrusor, est une option thérapeutique, notamment lorsque les anticholinergiques sont mal tolérés ou contre-indiqués [1]. FIN EDIT
Qu’en est-il de la pose de bandelettes sous-urétrales dans l’IUE ?
La survenue de complications après la pose de bandelettes sous-urétrales (dont le taux est estimé à 3 % selon les données du système national des données de santé [SNDS]), très médiatisée, a conduit à différentes évolutions. Contrairement à d’autres pays, qui les ont purement interdites, les autorités françaises ont opté pour un encadrement de la technique, qui ne peut être proposée que dans des centres référents désignés dans chaque région par l’agence régionale de santé. Chaque dossier doit être discuté en réunion de concertation pluridisciplinaire. Le législateur a également défini des centres agrémentés (globalement un par région) pour la prise en charge des complications d’implants prothétiques pelviens, dont les bandelettes sous-urétrales font partie.
Les injections péri-urétrales d'agents comblants, une alternative à la chirurgie dans l’IUE ?
Depuis quelques années, les injections péri-urétrales d'agents de comblement connaissent un fort développement et viennent bouleverser les pratiques. Ce procédé thérapeutique mini-invasif est utilisé dans l'IUE, qu’elle soit secondaire à une hypermobilité urétrale ou à insuffisance sphinctérienne. Les injections sont réalisées sous anesthésie locale, en ambulatoire (une dizaine de minutes en consultation), avec une bonne tolérance et une faible morbidité.
Avec un recul désormais de 5 ans, les taux de satisfaction sont de l’ordre de 70 % après une à deux injections, au prix de très peu d’effets secondaires. Le risque principal est une rétention urinaire transitoire (< 10 %), qui impose une surveillance de quelques heures après le geste et peut nécessiter un sondage vésical pendant quelques jours. Comme pour toute technique, il est préférable d’adresser la patiente dans un centre qui a l’habitude de prendre en charge l’IU.
D’après un entretien avec le Dr François-Régis Desfemmes, coordinateur de la Vidal Reco sur l’incontinence urinaire de la femme, service d’urologie, hôpital Paris Saint-Joseph, Paris
[1] Avis sur Obgemsa (vibégron) 75 mg - Hyperactivité vésicale chez l'adulte (Haute Autorité de santé, 28 juillet 2025)
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