#Médicaments #Prescription - Délivrance

Eskétamine et kétamine : prévenir le risque de confusion

Un risque de confusion entre les spécialités d'eskétamine et celles de kétamine existe. L'ANSM rappelle les mesures à mettre en place à l'hôpital pour éviter cette erreur médicamenteuse aux conséquences graves. 

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
Un risque de confusion sur la liste des incidents graves qui ne devraient jamais se produire.

Un risque de confusion sur la liste des incidents graves qui ne devraient jamais se produire.AF Digital Art Studio / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) et le laboratoire Renaudin mettent en garde les professionnels de santé contre le risque de confusion entre les spécialités d'eskétamine et les spécialités de kétamine [1, 2]. 

Risque de surdosage massif

L'utilisation par erreur d'eskétamine à la place de la kétamine peut être à l'origine d'un surdosage massif en eskétamine d'évolution potentiellement fatale. 

En France, quatre spécialités d'eskétamine injectable sont commercialisées : 

Ce risque de confusion existe particulièrement entre les spécialités ESKETAMINE RENAUDIN et les spécialités génériques de kétamine (dont KETAMINE RENAUDIN), du fait : 

  • d'une dénomination proche ;
  • de leur présentation en ampoules de 5 et 10 mL (à noter qu'ESKETAMINE RENAUDIN est également présenté en ampoule de 20 mL)

Quelles différences entre l'eskétamine et la kétamine ?

ESKETAMINE RENAUDIN et les spécialités génériques à base de kétamine ne sont pas superposables :

  • ni en termes d’indications (cf. Encadré) ;
  • ni en termes d’effet : l’eskétamine est l’énantiomère S(+) de la kétamine racémique dont l’effet n’est pas équivalent : 1 mg d’eskétamine n’est pas équivalent à 1 mg de kétamine.
Encadré - Indications thérapeutiques d'ESKETAMINE RENAUDIN et de la kétamine injectable
ESKETAMINE RENAUDIN Kétamine injectable

ESKETAMINE RENAUDIN est indiqué chez l'enfant et l'adulte.

En ANESTHESIE

  • pour l'induction et le maintien de l'anesthésie générale et en supplément d'autres anesthésiques,
  • lors de procédures diagnostiques courtes et de petites interventions chirurgicales ne nécessitant pas de relaxation musculaire.

En ANALGESIE

  • pour le soulagement de la douleur (analgésie) en médecine d’urgence et le contrôle de la douleur liée à la respiration artificielle (intubation).

 

EN ANESTHESIE :

Générales :

La kétamine peut être utilisée :

  • soit comme agent anesthésique unique : particulièrement adapté aux interventions de courte durée, il permet également, grâce à des injections répétées ou à son utilisation en perfusion intraveineuse, d'obtenir une anesthésie prolongée durant plusieurs heures ;
  • soit comme inducteur d'anesthésie avant l'administration d'autres agents anesthésiques ;
  • soit comme potentialisateur d'agents anesthésiques de faible puissance, tel le protoxyde d'azote.

Obstétricales :

  • La kétamine peut être utilisée seule ou en association avec d'autres anesthésiques.

EN ANALGESIE :

Douleur aiguë :

  • en peropératoire : comme adjuvant lors d’une chirurgie à risque de douleur aiguë intense ou pourvoyeuse de douleur chronique post-chirurgicale (DCPC) ou chez les patients vulnérables à la douleur (en particulier, patients sous opioïdes au long cours ou présentant une addiction aux opiacés).
  • en médecine d’urgence en cas d’inefficacité de la morphine ou si elle est non souhaitable.
  • en rapport avec des soins douloureux en soins intensifs ou en situation palliative : épisode de douleur aiguë nécessitant une analgésie de courte durée et rapidement réversible après échec des thérapeutiques habituelles (opioïdes, MEOPA), et si une anesthésie générale dans un bloc opératoire ne peut être organisée.

Douleur chronique :

  • neuropathiques réfractaires sévères, après échec des traitements recommandés.
  • rebelles en situation palliative avancée en association à un traitement opioïde, lorsque celui-ci est insuffisant ou mal toléré.

Mesures mises en place par le fabricant pour éviter les erreurs

Au niveau industriel, des mesures sont prises pour rendre plus lisible l'étiquetage des spécialités ESKETAMINE RENAUDIN :

  • mise en exergue des lettres ESK : les lettres d’accroche ESK apparaissent en majuscule, dans le but de différencier au mieux les ampoules d’eskétamine par rapport aux ampoules de kétamine (cf. Illustration). 
Illustration - Étiquetage des ampoules d'ESKETAMINE RENAUDIN [2]

Consignes adressées aux pharmaciens hospitaliers et aux services concernés

Au niveau hospitalier, les erreurs médicamenteuses peuvent être évitées en appliquant les consignes suivantes : 

  • lire attentivement toutes les mentions figurant sur les boîtes et ampoules, lors de la préparation des solutions de perfusion, en procédant à une double vérification ;
  • éviter la coexistence des spécialités à base d’eskétamine et de kétamine au sein d’un même service.

Le risque de confusion entre eskétamine et kétamine est inscrit sur la liste des « never events » [3] (incidents graves généralement liés à des erreurs humaines et/ou pratiques, qui ne devraient jamais se produire) : 

  • erreur d’administration de spécialités utilisées en anesthésie ou en réanimation au bloc opératoire, notamment :
    • erreurs de confusion éphédrine/épinéphrine,
    • erreur lors de l’utilisation de la kétamine/eskétamine (erreur de dosage, de concentration ou confusion entre les spécialités de ces 2 substances),
    • erreur d’administration des curares (erreur de médicament).

Conduite à tenir en cas de surdosage en eskétamine

Les signes cliniques d'un surdosage en eskétamine sont des convulsions, une dépression respiratoire, voire un arrêt cardiaque : 

  • la dépression respiratoire doit être traitée par ventilation assistée ou contrôlée jusqu'à rétablissement d'une respiration spontanée adéquate ;
  • les convulsions doivent être traitées par administration intraveineuse de diazépam.

 

Les commentaires sont momentanément désactivés

La publication de commentaires est momentanément indisponible.

Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !