TECENTRIQ (atézolizumab) : un risque confirmé de réactions cutanées sévères

- Date de publication : 08 avril 2021
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Une analyse récente des données de pharmacovigilance recueillies par le laboratoire Roche met en évidence un risque de réactions cutanées sévères associé à l'atézolizumab, principe actif de l'antinéoplasique hospitalier TECENTRIQ. Ces réactions incluent des cas de syndrome de Stevens-Johnson et de nécrolyse épidermique toxique, parfois d'issue fatale.

Dans l'attente d'une actualisation des mentions légales (RCP* et notice) de TECENTRIQ pour intégrer cette mise en garde, l'ANSM** demande aux professionnels de santé de : 
  • suspendre le traitement par TECENTRIQ si une réaction cutanée sévère est suspectée, 
  • d'arrêter définitivement le traitement par TECENTRIQ si un syndrome de Stevens-Johnson ou une nécrolyse épidermique toxique sont confirmés, ou en cas de survenue de toute éruption cutanée/réaction cutanée sévère de grade 4.

* Résumé des caractéristiques du produit
**Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé


 
Représentation en 3D de cellules cancéreuses (illustration).

Représentation en 3D de cellules cancéreuses (illustration).


Dans une lettre en date du 1er avril 2021, les laboratoires Roche informent les professionnels de santé d'un risque de réactions cutanées sévères associés à l'atézolizumab (TECENTRIQ). 

En France, deux dosages de TECENTRIQ solution à diluer pour perfusion sont commercialisés à l'hôpital, à 840 mg et 1 200 mg d'atézolizumab. (cf. Encadré 1).

 
Encadré 1 - Indications thérapeutiques de TECENTRIQ 
L'atézolizumab est un anticorps monoclonal antinéoplasique immunomodulateur. Il est indiqué, selon le dosage, dans les situations suivantes :

Carcinome urothélial (dosages à 1 200 mg et 840 mg)
TECENTRIQ en monothérapie est indiqué dans le traitement des patients adultes atteints d'un carcinome urothélial localement avancé ou métastatique :
  • après une chimiothérapie antérieure à base de platine,
  • ou considérés inéligibles au cisplatine et dont les tumeurs présentent une expression de PD-L1">" 5 %.

Cancer bronchique non à petites cellules (cf. VIDAL Reco "Cancer du poumon")
  • TECENTRIQ (dosage à 1 200 mg), en association au bévacizumab, paclitaxel et carboplatine, est indiqué en première ligne de traitement des patients adultes atteints d'un cancer bronchique non à petites cellules (CBNPC) non épidermoïde métastatique. Chez les patients atteints d'un CBNPC avec EGFR muté ou réarrangement du gène ALK (ALK-positif), TECENTRIQ, en association au bevacizumab, paclitaxel et carboplatine, est indiqué seulement après échec des thérapies ciblées appropriées.
  • TECENTRIQ (dosages à 1 200 mg et 840 mg) en monothérapie est indiqué dans le traitement des patients adultes atteints d'un CBNPC localement avancé ou métastatique après une chimiothérapie antérieure. Les patients atteints d'un CBNPC avec EGFR muté ou réarrangement du gène ALK (ALK-positif) doivent également avoir reçu des thérapies ciblées avant de recevoir TECENTRIQ.
  • TECENTRIQ (dosages à 1 200 mg et 840 mg), en association au nab-paclitaxel et carboplatine, est indiqué en première ligne de traitement des patients adultes atteints d'un CBNPC non épidermoïde métastatique sans EGFR muté ou réarrangement du gène ALK (ALK-positif).

Cancer bronchique à petites cellules (dosage à 1 200 mg)
  • TECENTRIQ, en association au carboplatine et à l'étoposide, est indiqué en première ligne de traitement des patients adultes atteints d'un cancer bronchique à petites cellules (CBPC) de stade étendu.

Carcinome hépatocellulaire (dosage à 1 200 mg)
  • TECENTRIQ, en association au bevacizumab, est indiqué dans le traitement des patients adultes atteints d'un carcinome hépatocellulaire (CHC) avancé ou non résécable, n'ayant pas reçu de traitement systémique antérieur.

Cancer du sein (dosage à 840 mg)
  • TECENTRIQ, en association au nab-paclitaxel, est indiqué dans le traitement des patients adultes atteints d'un cancer du sein triple négatif localement avancé non résécable ou métastatique, dont les tumeurs présentent une expression de PD-L1 ">" 1 % et n'ayant pas précédemment reçu de chimiothérapie en situation métastatique.

Réactions cutanées sévères et atézolizumab : un signal de sécurité confirmé 
Le risque de réactions cutanées sévères associé à l'atézolizumab était suspecté (cf. Encadré 2). 

Encadré 2 - Atézolizumab et effets indésirables cutanés - Extrait du RCP mis à jour le 5 mars 2021
Effets indésirables de type affections de la peau et du tissu sous-cutané associé à l'atézolizumab : très fréquents.

Il s'agit d'éruption cutanée incluant des cas : 
  • rapportés d'acné, d'acné pustuleuse,
  • de dermatite, de dermatite acnéiforme, de dermatite allergique, de dermatite bulleuse, de dermatite exfoliative généralisée, d'éruption médicamenteuse,
  • d'eczéma, d'eczéma infecté,
  • d'érythème, d'érythème polymorphe, d'érythème de la paupière,
  • d'éruption cutanée exfoliative, de folliculite, de furoncle, de syndrome d'érythrodysesthésie palmo-plantaire, d'éruption cutanée, d'éruption cutanée érythémateuse, d'éruption cutanée folliculaire, d'éruption cutanée généralisée, d'éruption cutanée maculaire, d'éruption cutanée maculo-papuleuse, d'éruption cutanée papuleuse, d'éruption cutanée pruritique, d'éruption cutanée pustuleuse, d'éruption cutanée vésiculaire, de dermatite séborrhéique,
  • d'exfoliation cutanée,
  • de toxicité cutanée,
  • d'ulcère cutané,
  • de nécrolyse épidermique toxique et de toxidermie.

Une analyse des données de pharmacovigilance recueillies par le laboratoire Roche confirme ce risque. Au total, 99 cas de réactions cutanées sévères ont été rapportés, dont 36 cas confirmés par histopathologie ou par le diagnostic d'un médecin spécialiste. Une patiente âgée de 77 ans traitée par atézolizumab en monothérapie est décédée de nécrolyse épidermique toxique.

D'après les résultats issus des données cliniques, les taux d'incidence des réactions cutanées sévères dans la population de patients traités par atézolizumab sont les suivants : 
  • en monothérapie (n = 3 178) : 0,7 %,
  • en association (n = 4 371) : 0,6 %.

Les réactions cutanées sévères (cf. Encadré 3) associées à l'atézolizumab incluent des cas de syndrome de Stevens-Johnson et de nécrolyse épidermique toxique.

Encadré 3 - Définition des réactions cutanées sévères (extrait du courrier du laboratoire Roche)
Les réactions cutanées sévères sont un groupe hétérogène d'éruptions cutanées médicamenteuses à médiation immunitaire. Bien que rares, ces réactions sont potentiellement fatales et comprennent :
  • la pustulose exanthématique aiguë généralisée,
  • le syndrome de Stevens-Johnson, 
  • la nécrolyse épidermique toxique,
  • le syndrome d'hypersensibilité médicamenteuse avec éosinophilie et symptômes systémiques (DRESS).

Recommandations aux professionnels de santé : suspendre le traitement en attendant la confirmation diagnostique
En cas de suspicion de réaction cutanée sévère, les recommandations sont les suivantes : 
  • surveillance des patients, 
  • exclusion des étiologies alternatives,
  • suspension du traitement, 
  • orientation des patients à un médecin spécialisé en dermatologie pour un diagnostic et une prise en charge appropriée.
Après confirmation d'un syndrome de Stevens-Johnson ou de nécrolyse épidermique toxique, ainsi qu'en cas de toute éruption cutanée/réaction cutanée sévère de grade 4, le traitement par TECENTRIQ doit être arrêté définitivement.

Antécédent de réaction cutanée sévère avec un autre anticancéreux immunostimulant : pas de contre-indication absolue, mais une mise en garde
Chez les patients présentant un antécédent de réaction cutanée sévère ou mettant en jeu le pronostic vital lors d'un traitement antérieur par un autre médicament anticancéreux immunostimulant, 
TECENTRIQ doit être utilisé avec précaution.

Pour aller plus loin
Tecentriq (atézolizumab) : Risque de réactions cutanées sévères (ANSM, 1er avril 2021)
Lettre aux professionnels de santé - TECENTRIQ et risque de réactions cutanées sévères (sur le site de l'ANSM, mars 2021)

Sur VIDAL.fr
TECENTRIQ (ATÉZOLIZUMAB) : NOUVEL ANTI-PD-L1 DANS LE CANCER BRONCHIQUE NON À PETITES CELLULES (4 juin 2019)

 

Sources : Laboratoire Roche , EMA (European Medicines Agency) , ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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