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LUTÉNYL et LUTÉRAN (et génériques) : nouvelles recommandations pour prévenir le risque de méningiome

- Date de publication : 13 janvier 2021
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De nouvelles recommandations sont émises par l'ANSM* pour prévenir le risque de méningiome en cas d'exposition à l'acétate de nomégestrol (LUTÉNYL et génériques) et à l'acétate de chlormadinone (LUTÉRAN et génériques) et pour organiser la surveillance des patientes. 

Ces recommandations découlent des conclusions du comité d'experts (professionnels de santé et patientes) qui s'est tenu en décembre 2020. Elles 
remplacent les recommandations préliminaires émises en juin dernier et sont applicables dès à présent.

Ces nouvelles recommandations décrivent précisément : 
  • les situations thérapeutiques pour lesquelles le bénéfice/risque de ces macroprogestatifs est favorable ou non, indépendamment des indications de l'autorisation de mise sur le marché (AMM), 
  • le schéma de surveillance par IRM cérébrale, en tenant compte du profil individuel des patientes. 

* Agence nationale de sécurité du médicament et des professionnels de santé
Méningiome sur une radiographie du crâne (illustration @Hellerhoff - Eigenes Werk sur Wikimedia).

Méningiome sur une radiographie du crâne (illustration @Hellerhoff - Eigenes Werk sur Wikimedia).


Comme annoncé en juin dernier (cf. notre article du 18 juin 2020), l'ANSM a organisé un conseil scientifique temporaire (CST) le 16 décembre 2020 afin d'évoquer les mesures à mettre en place pour encadrer le risque de méningiome en cas d'exposition à l'acétate de nomégestrol (LUTÉNYL et génériques) ou à l'acétate de chlormadinone (LUTÉRAN et génériques) [cf. Encadrés 1 et 2].
 
Encadré 1 - Indications thérapeutiques de LUTÉRAN, LUTÉNYL et génériques selon l'AMM
LUTÉRAN 5 et 10 mg comprimés sont indiqués dans les situations suivantes : 
  • Troubles gynécologiques liés à une insuffisance en progestérone et notamment ceux observés en période préménopausique (irrégularités menstruelles, syndrome prémenstruel, mastodynie, etc.) [cf. VIDAL Reco "Ménopause : traitement hormonal"], 
  • Hémorragies fonctionnelles et ménorragies des fibromes,
  • Endométriose,
  • Cycle artificiel en association avec un estrogène,
  • Dysménorrhée (cf. VIDAL Recos "Aménorrhée secondaire" et "Dysménorrhées").

LUTÉNYL 5 mg comprimé est indiqué :
  • chez la femme avant la ménopause : les troubles menstruels liés une sécrétion progestéronique insuffisante ou absente, notamment :
    • les anomalies de la durée du cycle : oligoménorrhée, polyménorrhée. spanioménorrhée, aménorrhée (après bilan étiologique),
    • les hémorragies génitales fonctionnelles : métrorragies. ménorragies, incluant celles liées aux fibromes,
    • les manifestations fonctionnelles précédant ou accompagnant les règles : dysménorrhée essentielle, syndrome prémenstruel, mastodynies cycliques.
  • chez la femme ménopausée : cycles artificiels en association avec un estrogène.

Encadré 2 - Risque de méningiome en cas d'exposition au nomégestrol ou à la chlormadinone
Suite à un signal de pharmacovigilance émis en 2017, une étude épidémiologique EPI-PHARE a été réalisée à partir des données nationales de remboursement de l'Assurance maladie sur 1,8 et 1,5 millions de femmes ayant consommé respectivement de l'acétate de nomégestrol ou de l'acétate de chlormadinone entre le 1er janvier 2007 et le 31 décembre 2018. 
Ces données ont confirmé :
  • le sur-risque de méningiome associé à la prise d'acétate de nomégestrol (LUTÉNYL et génériques) et d'acétate de chlormadinone (LUTÉRAN et génériques) : un traitement de plus de 6 mois est associé à un risque multiplié par 3,3 (nomégestrol) et 3,4 (chlormadinone) par rapport au risque de base ; 
  • un phénomène dose et durée dépendant : augmentation importante du risque avec la dose utilisée et la durée du traitement.
L'âge de la patiente apparaît également comme un facteur de risque de méningiome nécessitant une intervention neurochirurgicale. 

Composé d'experts (dont des experts de pharmacovigilance et du groupement d'intérêt collectif EPI-PHARE), de médecins généralistes et spécialistes et de représentants des patientes, ce CST s'est prononcé : 
À l'issue de ce travail, l'ANSM a publié de nouvelles recommandations relatives aux spécialités de nomégestrol et chlormadinone, en remplacement des recommandations temporaires émises en juin 2020 (cfnotre article du 18 juin 2020). 

En pratique, ces nouvelles recommandations sont applicables dès à présent. 
 
Utilisation du nomégestrol ou de la chlormadinone en fonction des situations thérapeutiques : un périmètre différent des indications de l'AMM
Les nouvelles recommandations relatives aux spécialités à base d'
acétate de nomégestrol (LUTÉNYL et génériques) et d'acétate de chlormadinone (LUTÉRAN et génériques) clarifient les situations thérapeutiques au cours desquelles ces macroprogestatifs peuvent être utilisés ou pas (cf. Tableau I), indépendamment des indications de l'AMM (cf. Encadré 1). En effet, certaines indications prévues par l'AMM de ces médicaments se retrouvent exclues dans les recommandations de l'ANSM (dont le syndrome prémenstruel ou le cycle artificiel chez les femmes ménopausées).

Dans les situations pour lesquelles le bénéfice/risque est jugé favorable, le recours au nomégestrol et à la chlormadinone doit intervenir en dernière intention, lorsque les alternatives thérapeutiques ont échoué ou sont contre-indiquées.

Tableau I - Recommandations relatives à l'utilisation du nomégestrol et  de la chlormadinone, selon les situations thérapeutiques
  ACETATE DE NOMEGESTROL 5 mg comprimé
(LUTÉNYL et génériques)
ACETATE DE CHLORMADINONE 5 et 10 mg comprimés
(LUTÉRAN et génériques)
 CONDUITE À TENIR
Indications pour lesquelles le rapport bénéfice/risque est considéré FAVORABLE
Chez la femme en âge de procréer et en dernière intention (lorsque les alternatives thérapeutiques ont échoué ou sont contre-indiquées)
 
  • Hémorragies fonctionnelles
  • Ménorragies liées aux fibromes en pré-opératoire
  • Mastopathie sévère
  • Endométriose
  • Hémorragies fonctionnelles
  • Ménorragies liées aux fibromes en pré-opératoire
  • Mastopathie sévère
  • Traitement le plus court possible
ET
  • réévaluation du bénéfice/risque au minimum 1 fois par an
 
 
Situations pour lesquelles le bénéfice/risque est considéré DÉFAVORABLE
  • Ménopause, cycle artificiel en association avec un estrogène
  • Irrégularités du cycle
  • Syndrome prémenstruel (dysménorrhées essentielles)
  • Mastodynies non sévères
  • Contraception (sans facteur de risque cardiovasculaire associé)
  • NE PAS UTILISER
  • se reporter sur les alternatives thérapeutiques


Surveillance des patientes par IRM cérébrale : schéma recommandé et profils particuliers
Ces nouvelles recommandations précisent également le schéma de surveillance par IRM cérébrale des femmes recevant ce traitement macroprogestatif.
Cet examen doit être réalisé quel que soit l'âge de la patiente : 
  • au bout d'un an de traitement lorsque le traitement nécessite d'être poursuivi, puis 5 ans après la première IRM, puis tous les 2 ans tant que le traitement est poursuivi ;
  • en cas de facteurs de risque identifiés de méningiome (antécédent de radiothérapie encéphalique dans l'enfance ou neurofibromatose de type 2) : IRM en initiation de traitement, puis selon le rythme décrit ci-dessus ;
  • en cas de signes évocateurs : à tout moment pendant ou après le traitement en cas de signes évocateurs de méningiomes.

Cas particulier : désir de grossesse
Si la mise en place d'un traitement hormonal est envisagée ou lorsqu'une grossesse est souhaitée par la patiente et en cas d'antécédents de méningiome (opéré ou non) en lien avec la prise d'acétate de nomégestrol, de chlormadinone ou de cyprotérone, une prise en charge pluridisciplinaire doit être mise en place.

Recommandations pour les patientes 
Des recommandations sont également adressées aux patientes traitées (ou ayant été traitées) par nomégestrol ou chlormadinone : 
  • discuter de la prise en charge (évolution du traitement et/ou mise en place d'un suivi par imagerie cérébrale) avec le médecin ;
  • connaître et savoir repérer des symptômes évocateurs d'un méningiome (maux de tête fréquents, troubles de la vision, du langage ou de l'audition, vertiges, troubles de la mémoire, etc.) ;
  • consulter dès que possible le médecin en cas de symptômes évocateurs. 

Pour aller plus loin
Point d'information - Acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) /acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques), et risque de méningiome : recommandations d'utilisation et de suivi des patientes (ANSM, 12 janvier 2021)
Recommandations d'utilisation de l'acétate de nomégestrol (Lutényl et génériques) et de l'acétate de chlormadinone (Lutéran et génériques) et risque de méningiome / suivi des patientes (ANSM, 12 janvier 2021)
Avis du Comité scientifique temporaire - Nomégestrol, chlormadinone et risque de méningiome (ANSM, 16 décembre 2020)

Sur VIDAL.fr
LUTÉRAN (CHLORMADINONE), LUTÉNYL (NOMÉGESTROL), ET GÉNÉRIQUES : RECOMMANDATIONS POUR RÉDUIRE LE RISQUE DE MÉNINGIOME (18 juin 2020)
LUTÉRAN (CHLORMADINONE), LUTÉNYL (NOMÉGESTROL) ET GÉNÉRIQUES : RISQUE DE SURVENUE DE MÉNINGIOME (12 février 2019)

 

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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