CYRAMZA (ramucirumab) : agrément aux collectivités dans le cancer colorectal métastatique

Par DAVID PAITRAUD -
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L'anti-angiogénique hospitalier CYRAMZA 10 mg/mL solution à diluer pour perfusion (ramucirumab) est désormais agréé aux collectivités dans le traitement de seconde ligne du cancer colorectal métastatique (CCRm), en association avec une chimiothérapie.

Selon les résultats d'une étude de phase III menée versus placebo, l'efficacité de CYRAMZA dans cette indication est
supérieure mais modeste en termes de survie globale (gain absolu : 1,6 mois). Le profil de tolérance de CYRAMZA est par ailleurs similaire aux autres anti-angiogéniques avec cependant une toxicité hématologique (neutropénie) qui semble plus importante.

S'appuyant sur ces données, la Commission de la transparence a attribué à CYRAMZA un SMR modéré en 2e ligne de traitement du CCRm.
La place de CYRAMZA dans la stratégie thérapeutique du CCRm reste imprécise en raison de l'absence de comparaison du ramucirumab aux autres anti-angiogéniques (bevacizumabcetuximab) et de l’absence de prise en compte du statut mutationnel KRAS des patients dans les études.

Pour rappel, CYRAMZA est également agréé aux collectivités dans le traitement du cancer gastrique et de l'adénocarcinome de la jonction gastro-oesophagienne, en association au paclitaxel.
A ce jour, les modalités de prise en charge (taux) et le prix de CYRAMZA n'ont pas encore été publiés au Journal officiel.
Le pronostic du cancer colorectal métastatique en seconde ligne reste mauvais malgré les avancées thérapeutiques (illustration).

Le pronostic du cancer colorectal métastatique en seconde ligne reste mauvais malgré les avancées thérapeutiques (illustration).


Un gain absolu de 1,6 mois en termes de survie globale dans le CCRm
CYRAMZA 10 mg/mL solution à diluer pour perfusion (ramucirumab) est désormais agrréé aux collectivité dans le traitement, en association avec la chimiothérapie FOLFIRI (irinotécan, acide folinique et 5-fluorouracile), des patients adultes atteints d'un cancer colorectal métastatique (CCRm) dont la maladie a progressé pendant ou après un traitement par bevacizumab, oxaliplatine et une fluoropyrimidine (Cf. VIDAL Reco "Cancer colorectal").

Dans cette indication, octroyée en janvier 2016, l'efficacité et la tolérance du ramucirumab ont été évaluées au cours d'une étude pivot de phase III (étude RAISE) versus placebo, menée chez 1 072 patients en échec à une chimiothérapie à base d'oxaliplatine et de bevacizumab. Dans chaque groupe, les patients ont reçu une chimiothérapie à base d'irinotécan (protocole FOLFIRI).

Les résultats de cette étude sont en faveur d'un bénéfice significatif mais modeste
du ramucirumab en termes :
  • de médiane de survie globale (critère de jugement principal) avec un gain absolu de 1,6 mois en faveur du groupe CYRAMZA (13,3 mois dans le groupe CYRAMZA + FOLFIRI versus 11,7 mois dans le groupe placebo + FOLFIRI ; HR = 0,84 ; IC 95 % [0,73 - 0,98] ; p = 0,02) ;
  • de médiane de survie sans progression (critère secondaire) avec un gain absolu de 1,2 mois en faveur du groupe CYRAMZA (5,7 mois dans le groupe CYRAMZA + FOLFIRI versus 4,5 mois dans le groupe placebo + FOLFIRI ; HR=0,79 ; IC95 % [0,70 – 0,90] ; p = 0,0005).

En termes de tolérance, on note :
  • plus d'effets indésirables (EI) de grade supérieur ou égal à 3 dans le groupe CYRAMZA + FOLFIRI, les plus fréquemment observés ayant été : la neutropénie (21,7% ramucirumab versus 11,2% placebo), la diarrhée (10,8% versus 9,7%), l'hypertension artérielle (10,8% versus 2,8%) et la fatigue (7,9% versus 5,1%) ;
  • un taux comparable d'EI graves et de décès liés à un EI dans les 2 groupes.

Un SMR modéré, une place imprécise dans la stratégie thérapeutique
Dans son avis du 21 septembre 2016, la Commission de la transparence a considéré le SMR (service médical rendu) de CYRAMZA modéré. Elle justifie sa position par :
  • les résultats de l'étude RAISE qui ont montré un effet significatif mais modeste de CYRAMZA en termes de survie globale et de survie sans progression versus placebo ;
  • l'absence de comparaison du ramucirumab aux thérapies ciblées disponibles (bevacizumab, cetuximab) ; 
  • un besoin médical partiellement couvert dans le cancer colorectal métastatique dont le pronostic reste mauvais avec une médiane de survie globale de un an  ;
  • l'absence d'amélioration de la qualité de vie par rapport au placebo.

Cette absence de données de comparaison avec un comparateur cliniquement pertinent et la non prise en compte du statut mutationnel KRAS des patients ne permettent pas de définir avec précision la place de CYRAMZA dans la stratégie thérapeutique actuelle du CCRm. 

Dans le traitement de seconde ligne du CCRm, la Commission de la transparence recommande de privilégier une thérapie ciblée par AVASTIN (bevacizumab) ou anti-EGFR (RAS sauvage) associée à une chimiothérapie à base de fluoropyrimidine par rapport à la chimiothérapie seule.


CYRAMZA dans le CCRm : en pratique
Le traitement par CYRAMZA doit être initié et supervisé par une médecin expérimenté en cancérologie.
Dans le traitement de seconde ligne du CCRm, la dose recommandée de ramucirumab est de 8 mg/kg toutes les 2 semaines administrée en perfusion intraveineuse avant administration de FOLFIRI. 

L'administration de la chimiothérapie doit être précédée d'une numération globulaire complète.
Les critères à remplir avant l'administration de FOLFIRI sont les suivants :

Le traitement sera poursuivi jusqu'à progression de la maladie ou survenue d'une toxicité inacceptable.

L'ensemble des informations relatives à la posologie et à l'administration de CYRAMZA sont disponibles dans le résumé des caractéristiques du produit (Cf. lien sur la fiche de synthèse de CYRAMZA).

Pour mémoire
Le principe actif de CYRAMZA, le ramucirumab, est un anticorps monoclonal humain dont l'action bloque spécifiquement le récepteur du VEGF (facteur de croissance endothélial vasculaire) de type 2.

Outre le CCRm, CYRAMZA est indiqué :
  • dans le traitement des patients adultes atteints d'un cancer gastrique ou d'un adénocarcinome de la jonction gastro-œsophagienne avancés dont la maladie a progressé après une chimiothérapie à base de sels de platine et de fluoropyrimidine :
    • en association avec le paclitaxel ; cette indication est prise en charge dans le cadre de l'agrément aux collectivités (notre article du 8 juillet 2016) ;
    • en monothérapie lorsque la maladie a progressé après une chimiothérapie à base de sels de platine ou de fluoropyrimidine et pour lesquels un traitement en association avec le paclitaxel n'est pas approprié ;
  • en association avec le docétaxel, dans le traitement des patients adultes atteints d'un cancer bronchique non à petites cellules localement avancé ou métastatique dont la maladie a progressé après une chimiothérapie à base de sels de platine (Cf. VIDAL Reco "Cancer du poumon").

CYRAMZA est réservé à l'usage hospitalier.
Une surveillance particulière est nécessaire pendant le traitement.
La prescription est réservée aux spécialistes et services de cancérologie ou oncologie médicale.
Le prix et les conditions de prise en charge (taux) n'ont pas été publiés à ce jour.

Pour aller plus loin
Arrêté du 3 novembre 2016 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques agréées à l'usage des collectivités et divers services publics (Journal officiel du 9 novembre 2016 - texte 18)

Avis de la Commission de la Transparence (HAS, 21 septembre 2016)

Sur Vidal.fr
CYRAMZA (ramucirumab) : nouveau principe actif dans la prise en charge du cancer gastrique avancé (2 juin 2015)
CYRAMZA (ramucirumab) en association avec le paclitaxel : agrément aux collectivités dans le cancer gastrique (8 juillet 2016)


 

Sources : J.O. (Journal Officiel), EMA (European Medicines Agency), HAS (Haute Autorité de Santé), ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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