FURADANTINE (nitrofurantoïne) : 60 % des prescriptions ne sont pas conformes à l'AMM

Par DAVID PAITRAUD -
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Selon une étude menée par l'ANSM de mars 2012 à février 2015, environ 60 % des prescriptions de nitrofurantoïne ne sont pas conformes à l'autorisation de mise sur le marché (AMM) de cet antibactérien urinaire.

Des 
mesures de sensibilisation avaient pourtant été mises en place depuis plusieurs années pour améliorer le bon usage de la nitrofurantoïne et limiter le risque d'atteintes hépatiques et pulmonaires dont elle est responsable.

Dans ce contexte, l'ANSM a décidé de réviser l'AMM de la
FURADANTINE, seule spécialité de nitrofurantoïne encore commercialisée en France, afin de renforcer le bon usage de ce médicament.
Représentation en 3D d'une vessie de femme (illustration).

Représentation en 3D d'une vessie de femme (illustration).


Une étude d'utilisation de la nitrofurantoïne ayant porté sur près de 8 000 patients
L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) a mené une étude sur l'utilisation de la nitrofurantoïne en France du 1er mars 2012 au 28 février 2015 à partir de la base de données de l'échantillon généraliste des bénéficiaires (EGB).
Sept mille six cent soixante patients ont été inclus, dont une majorité de femmes : 
  • 85,4 % de patients de sexe féminin, avec un âge moyen de 56,9 ans,
  • 14,6 % de patients hommes, avec un âge moyen de 66,6 ans.

Le critère de jugement principal pour évaluer le respect de l'autorisation de mise sur le marché (AMM) était la réalisation d'un ECBU :
  • dans un contexte d'infection, dans les 7 à 2 jours avant la délivrance du médicament, 
  • ou dans un contexte de traitement probabiliste si réalisé dans les 2 jours précédant la délivrance ou prescrit en même temps que la nitrofurantoïne et réalisé le jour suivant la date de délivrance.
 
Près de deux tiers des prescriptions de nitrofurantoïne ne respectent pas l'AMM
Les résultats de cette étude montrent que dans 60 % des cas la nitrofurantoïne n'est pas utilisée de manière conforme à l'AMM. Ce mésusage se traduit par : 
  • une délivrance chez les hommes dans 15 % des cas, alors que la nitrofurantoïne n'est pas indiquée dans cette population,
  • une délivrance sans ECBU dans 45 % des cures chez les femmes, alors qu'il est précisé dans l'AMM que "Le traitement curatif sera débuté après documentation microbiologique de l'épisode en cours (examen cytobactériologique des urines)".
  • une délivrance pour une durée supérieure à 7 jours dans 8 % des traitements initiés (plus de 2 boîtes délivrées), alors que la durée de traitement indiquée dans l'AMM est de 5 à 7 jours.

Sur la période de l'étude, 73,9 % des cures correspondaient à une cure initiale. La majorité des prescriptions initiales a été réalisée par des médecins généralistes (69,7 % des cas).

L'étude met en évidence que le taux d'utilisation non conforme de la nitrofurantoïne est plus faible à l'initiation d'un traitement que lors des cures ultérieures (55,9 % versus 69,4 %, p < 0,0001). 

Quand un ECBU est réalisé, cet examen est effectué dans un contexte d'infection documentée dans 26 % des cures, et dans un contexte de traitement probabiliste dans 14 % des cures.

Les nouvelles mesures pour renforcer le bon usage
Les résultats de cette étude témoignent de l'échec des mesures de sensibilisation des professionnels de santé mises en oeuvre depuis plusieurs années pour encadrer le bon usage de la nitrofurantoïne, parmi lesquelles :
  • les restrictions d'indication en mars 2012 (notre article du 16 mars 2012) ;
  • la diffusion successive de lettres aux professionnels de santé en mars 2012 puis en avril 2014 (notre article du 1er avril 2014) concernant notamment le risque potentiellement fatal d'atteintes hépatiques et pulmonaires.

Face à ce constat, l'ANSM a décidé de modifier l'AMM de FURADANTINE de la façon suivante :
  • Révision des schémas posologiques :
    • 300 mg par jour en 3 prises chez la femme adulte (au lieu de 150 à 300 mg auparavant) ;
    • 5 à 7 mg/kg/j en 3 prises chez la petite fille et l'adolescente (au lieu de 4 prises à ce jour), sans dépasser la posologie de l'adulte.
  • Explicitation de la contre-indication sur l'utilisation en traitement prophylactique continu ou intermittent : la nitrofurantoïne n'est pas indiquée en traitement prophylactique des infections urinaires en raison des effets indésirables graves auxquels sont exposés les patients lors d'une utilisation prolongée de cet antibiotique.
  • Information sur les signes évocateurs d'atteintes pulmonaires ou hépatiques et sur les risques de réintroduire la nitrofurantoïne, dans la mesure où ces atteintes peuvent être d'origine immuno-allergique. Les patientes doivent être informées de ces signes afin de les reconnaître et de consulter un médecin.
  • Surveillance particulière chez le patient âgé : dans cette population, la prescription doit tenir compte de la fonction rénale du patient.

Place de la nitrofurantoïne dans les infections urinaires selon la SPILF
Les infections urinaires communautaires de l'adulte ont fait l'objet, en décembre 2015, d'une mise au point par la Société de pathologie infectieuse de langue française (SPILF).

Tenant compte de l'émergence de bactéries multirésistantes (BMR) et notamment d'entérobactéries sécrétrices de bêtalactamases à spectre élargi (EBLSE), la SPILF plaçait la nitrofurantoïne, comme les fluoroquinolones, en 3e intention derrière la fosfomycine-trométamol et le pivmécillinam dans le traitement probabiliste des cystites aiguës simples (Cf. Tableau I).

Concernant les 
cystites aiguës à risque de complication, la nitrofurantoïne représentait un traitement probabiliste de 1re intention dans les rares cas où un traitement différé est impossible, et un traitement curatif de 3e intention derrière l'amoxicilline et le pivmécillinam.
 
Tableau I - Résumé de la mise au point de décembre 2015 de la SPILF
pour le traitement des infections urinaires communautaires de l'adulte
  • Cystite aiguë simple : antibiothérapie probabiliste avec :
  • Cystite aiguë à risque de complications : différer chaque fois que possible l'antibiothérapie pour un traitement d'emblée adapté à l'antibiogramme.
    • En traitement curatif (selon l'antibiogramme), sont recommandés :
      • en 1re intention l'amoxicilline pendant 7 jours,
      • en 2e intention le pivmécillinam pendant 7 jours,
      • en 3e intention la nitrofurantoïne pendant 7 jours
      • en 4e intention le triméthoprime pendant 5 jours puis par ordre alphabétique l'association amoxicilline-acide clavulanique ou le céfixime ou une fluoroquinolone ou l'association triméthoprime-sulfaméthoxazole (TMP-SMX).
    • En traitement probabiliste, la SPILF recommande en 1re intention la nitrofurantoïne dans les rares cas où un traitement différé est impossible.
  • Cystite aiguë récidivante (4 épisodes pendant 1 période de 12 mois) : traitement curatif recommandé similaire à celui de la cystite simple.

 
Pour aller plus loin
Nitrofurantoïne : rappel sur le respect des indications et le bon usage - Point d'Information (ANSM, 26 mai 2016)
Etude d'utilisation de la nitrofurantoïne en France - Période de mars 2012 à février 2015 (ANSM, mai 2016)
Comité spécialisé temporaire (CSST) "Evaluation du traitement antibiotique des infections urinaires " - Compte-rendu séance du 19/01/2015 (ANSM, 31/07/2015)
Diagnostic et antibiothérapie des infections urinaires bactériennes communautaires de l'adulte. Mise au point. Actualisation au 11 décembre 2015 des recommandations initialement mises en ligne en mai 2014. (SPILF, décembre 2015)

Sur Vidal.fr
Nitrofurantoïne, restriction d'utilisation (16 mars 2012)
FURADOÏNE : arrêt de commercialisation mi-avril 2013 (14 mars 2013)
FURADANTINE 50 mg gélule : rappel des modalités de bon usage (1er avril 2014)
Stratégies thérapeutiques dans les infections urinaires : ce qui a changé en pratique (22 mai 2015)

Sources : ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament)

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Vidal News du 2019-09-12

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