Prescription en DC obligatoire : nouvelle enquête auprès de 1 300 médecins libéraux

Par Jean-Philippe RIVIERE -
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Pour la troisième fois depuis février 2014, VIDAL a interrogé en octobre 2015 les professionnels de santé sur la prescription en DC, via un questionnaire en ligne. Plusieurs questions ont été ajoutées à ce questionnaire par rapport aux précédents, en particulier sur les exceptions à la prescription en DC, la mention "non substituable" et les raisons des éventuelles réticences des patients.

722 généralistes et 562 spécialistes ont répondu à ce questionnaire. 355 pharmaciens d'officine et 340 médecins spécialistes hospitaliers ont également répondu : les résultats obtenus auprès de ces professionnels feront l’objet de prochains articles.
 
Les médecins libéraux interrogés en octobre ont confirmé les tendances constatées lors des précédents questionnaires : paramétrage préférentiel des logiciels d’aide à la prescription en "DC + nom de marque", vigilance accrue sur certaines populations (patients anxieux, âgés, polymédiqués, femmes enceintes, etc.) et certains médicaments (anti-thyroïdiens, anti-épileptiques, médicaments avec un dispositif d’administration, etc.).
 
Les réponses aux nouvelles questions montrent une méconnaissance des produits exclus de la prescription en DC, un recours toujours fréquent à la mention "non substituable", des difficultés de compréhension par certains patients des ordonnances en DC et les médicaments génériques.

 
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Les médecins généralistes davantage favorables à la prescription en DC que les spécialistes
Selon notre étude, 23 % des MG et 13 % des spécialistes libéraux sont favorables à la prescription en DC et estiment que c'est une bonne mesure. Ces chiffres sont stables depuis février 2015.

32 % des MG (19 % en février) et 22 % (15 % en février) pensent que cela ne change rien, "le logiciel le fait pour eux".
 
A l'inverse, seuls 14 % des MG (20 % en février 2015) se disent totalement opposés à la prescription en DC, contre 24 % des spécialistes (24 % également en février dernier).

Ces différences se retrouvent, logiquement, lorsque nous interrogeons les médecins sur l'évolution de leurs pratiques, évolution plus marquée chez les MG :


 
Les médecins généralistes utilisent davantage l'informatique pour leurs ordonnances que les spécialistes
Les scores évoqués ci-dessus s'expliquent peut-être par le fait que les MG sont davantage informatisés que les spécialistes, ce qui rend plus aisé la prescription en DC.
 
En effet, les logiciels d'aide à la prescription (LAP) certifiés par la Haute Autorité de Santé (HAS) sont utilisés par 91 % des médecins généralistes qui ont répondu à notre enquête, et par 70 % des médecins spécialistes libéraux.

Cette différence se retrouve également au niveau des prescriptions : 78 % des ordonnances des médecins généralistes interrogés sont informatisées, et 22 % sont donc manuscrites. Chez les spécialistes, plus d'un tiers des ordonnances sont manuscrites.
 
Les médecins utilisateurs de LAP éditent de plus en plus leurs ordonnances en "DC + nom de marque"
L'article 19 de la loi du 29 décembre 2011 (loi "Bertrand"), entré en vigueur le 1er janvier 2015, oblige les médecins à prescrire en DC (dénomination commune). L'ordonnance "peut également mentionner la dénomination de fantaisie de la spécialité", précise l'article de loi.

En conséquence, les LAP peuvent être paramétrés soit pour éditer l'ordonnance en DC seule, systématiquement pour toutes les prescriptions, soit en nom de marque converti en DC sur demande, soit en éditant l'ordonnance systématiquement en DC + nom de marque.

C'est cette dernière possibilité, selon notre enquête, qui semble avoir les faveurs des médecins : 45 %  des généralistes (36 % en février 2015) et 42 % des spécialistes libéraux (grandes disparités selon les spécialités : 18 % des pédiatres et 15 % des ophtalmologistes par exemple) ont paramétré leur LAP en "DC + nom de marque".

A l'inverse, seuls 8 % des généralistes et 6 % des spécialistes ont paramétré leur LAP en "DC seule".

Les noms de marque restent donc présents sur 76 % des libellés d'ordonnances des MG et 87 % de celles des spécialistes libéraux
Les généralistes interrogés déclarent rédiger les trois quarts de leurs ordonnances avec un nom de marque (seul ou avec la DC) :



Chez les médecins spécialistes libéraux, les ordonnances en nom de marque seul restent encore majoritaires (en particulier chez les ophtalmologistes et les dermatologues), même si la tendance est à la baisse depuis juin 2014 :



Les raisons avancées pour le choix d'une prescription en DC seule 
Les médecins avancent plusieurs raisons ou circonstances pour expliquer leur choix de prescrire en DC seule. Voici les 3 principales :
  1. Lorsque le nom de la DC n'est pas trop compliqué (38 % MG / 28 % spécialistes),
  2. Pour éviter les discordances entre ce qui est noté sur l'ordonnance et ce qui va être délivré en pharmacie (38 % / 19 %)
  3. Pour favoriser l'acceptation des génériques (36 % / 14 %).

Les raisons avancées pour le choix d'une prescription en nom de marque (avec ou sans DC)
Pour les médecins généralistes interrogés, les 3 principales raisons pour prescrire en nom de marque sont :
  1. A la demande des patients (44 %)
  2. Pour les produits sensibles ou particuliers, comme ceux à marge thérapeutique étroite (42 %)
  3. Car le libellé de la DC est trop compliqué (41 %)
 
Pour les spécialistes, les principales motivations sont différentes :
  1. Préférence pour la prescription en nom de marque (42 %)
  2. Parce que je connais ce médicament et que je n'en veux pas un autre (33 %)
  3. A la demande des patients (31 %)
 
D'une manière plus générale, les médecins interrogés rédigent davantage leur prescription en nom de marque chez les patients âgés et polymédiqués, les femmes enceintes et lors de la prescription d'une spécialité impliquant un système spécifique d'administration (auto-injectables, instillation oculaire, inhalateurs).
 
Une méconnaissance de la liste HAS des médicaments exclus de la prescription en DC
La loi ne prévoit pas d'exception à l'obligation de prescrire en DC. Mais il existe cependant une liste, publiée par la HAS et mise à jour le 13 mai 2014, regroupant les situations particulières pour lesquelles la sécurisation de la prescription en DC n'est pas demandée dans la certification des LAP.

En conséquence, les LAP ne permettent pas la prescription en DC des produits de cette liste.

Mais seuls 24 % des MG interrogés lors de notre enquête (13 % des spécialistes) se disent informés de cette liste. 35 % des MG (28 % des spécialistes) souhaiteraient un rappel de la liste des spécialités exclues (pour cela, voir notre article de questions-réponses sur la prescription en DC, question 6) :

 
Plus de 8 médecins libéraux sur 10 recourent à la mention "non substituable"
La mention "non substituable", qui empêche le pharmacien de remplacer un médicament de marque par un générique (lorsque ce dernier existe) est-elle davantage apposée aujourd'hui sur les ordonnances ?

Non, selon les médecins interrogés : 35 % des MG et 26 % des spécialistes libéraux déclarent le faire moins fréquemment qu'avant (seulement 8 à 10 % le font plus souvent). Cependant, 87 % des MG et 84 % des spécialistes l'utilisent encore :

 
Ils le font pour diverses raisons médicales, liées au médicament et/ou au patient : par exemple pour les hormones thyroïdiennes, les anti-épileptiques, les antiparkinsoniens, certains antibiotiques, médicaments pédiatriques, lors de pathologies psychiatriques, cardiaques, lorsque les patients ont mal toléré un générique ou y sont opposés, lorsqu'ils sont anxieux, à tendance hypochondriaque, ou si le médecin estime qu'ils risquent de se tromper.

Une majorité de patients rencontrent, selon les médecins libéraux, des difficultés avec les prescriptions en DC
Selon les médecins interrogés, 6 à 8 patients sur 10 éprouvent des difficultés avec une prescription rédigée en DC :


Les 5 principales raisons avancées par les médecins pour expliquer ces difficultés sont :
  1. Incapacité du patient à retranscrire, mémoriser ou prononcer le nom de son traitement en DC
  2. Mauvaise identification ou reconnaissance du médicament
  3. Difficultés de compréhension de l'ordonnance
  4. Changements de couleur du médicament (voir notre article sur cette question)
  5. Confusion entre 2 médicaments
 
En conclusion
Cette enquête confirme les tendances de la précédente : les médecins interrogés utilisent préférentiellement, via leur LAP, la prescription en DC + nom de marque.  Ils modulent cependant leurs pratiques de prescription en fonction des patients et des médicaments.
 
Ils ont notamment conscience de certaines difficultés de compréhension de leurs patients, et font donc particulièrement attention avec certains médicaments et en cas de risques de confusion (noms compliqués, patients "psychiatriques", hypochondriaques, âgés et/ou polymédiqués).
 
Par ailleurs, notre enquête ne met pas en évidence une augmentation du recours à la mention "non substituable" et, d'une manière générale, la prescription en DC semble plutôt bien acceptée des médecins que nous avons interrogés.
 
Nous renouvellerons cette enquête au printemps 2016 afin de confirmer, ou d'infirmer, ces tendances.
 
En savoir plus :
LOI n° 2011-2012 du 29 décembre 2011 relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé, Journal Officiel
Décret n° 2014-1359 du 14 novembre 2014 relatif à l'obligation de certification des logiciels d'aide à la prescription médicale et des logiciels d'aide à la dispensation prévue à l'article L. 161-38 du code de la sécurité sociale, Journal Officiel
Logiciels d'Aide à la Prescription pour la médecine ambulatoire certifiés selon le référentiel de la HAS, Haute Autorité de Santé, tableau mis à jour le 8 décembre 2015
Précisions concernant la certification des Logiciels d'Aide à la Prescription de la HAS, version du 13 mai 2014

Sur VIDAL.fr :
Enquête exclusive : la prescription en DCI vue par 1 600 médecins et 400 pharmaciens d'officine
 (mars 2015)
Prescription en DC obligatoire au 1er janvier 2015 : questions réponses (décembre 2014)
Obligation d'utiliser un "LAP" certifié et de prescrire en DCI : parution du décret (novembre 2014)

Sources : VIDAL

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