Enquête exclusive : la prescription en DCI vue par 1 600 médecins et 400 pharmaciens d’officine

Par Jean-philippe RIVIERE -
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Les pratiques de prescription et de délivrance des médicaments ont-elles évolué depuis l’obligation de prescrire en DCI (ou DC) ? Pour objectiver d’éventuels changements, nous avons interrogé, par questionnaire quantitatif administré par internet, 1 078 médecins généralistes, 552 spécialistes et 401 pharmaciens de ville. Les résultats ont été comparés à une enquête similaire menée en juin 2014.

Parmi les principaux résultats, les médecins et pharmaciens interrogés font état d’une nette amélioration, en 8 mois, de leurs connaissances sur les modalités de la prescription en DCI et ses modalités associées.

Les logiciels d'aide à la prescription des médecins généralistes ont également évolué : 36 % éditent systématiquement aujourd’hui l’ordonnance en "DCI + nom de marque", contre 12 % seulement en juin 2014.

En conséquence de ces changements (et d’autres, précisés dans l’article ci-dessous), 43 %  des généralistes et 32 % des spécialistes interrogés disent avoir modifié leurs pratiques de prescription depuis le 1er janvier 2015. 60 % des pharmaciens disent avoir rencontré des difficultés ponctuelles avec des ordonnances en DCI, et 50 % ont dû appeler le prescripteur pour clarifier certaines prescriptions.


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Les modifications de dénomination des médicaments peuvent susciter des interrogations des patients... et des pharmaciens (illustration).

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Un niveau d'information en hausse chez les médecins et les pharmaciens
L'obligation de prescription en DCI (dénomination commune internationale, également abrégée DC, pour dénomination commune) est désormais connue de la majorité des professionnels que nous avons interrogés, ainsi que la possibilité de juxtaposer la DCI et le nom de marque de médicaments sur l'ordonnance. 
 
Néanmoins, ce niveau de connaissance n'est pas encore optimal, puisqu'un médecin spécialiste sur 3, 1 généraliste sur 4 et 1 pharmacien sur 5 s'estiment encore "moyennement" ou "pas du tout" informés :


Les pharmaciens se sont informés avant tout par les sources officielles et la presse, tandis que les médecins l'ont été également par les éditeurs de logiciels d'aide à la prescription et ceux des bases de données médicamenteuses :

 

Une petite majorité de médecins favorables ou prêts à s'adapter à la prescription en DCI
L'obligation de prescription en DCI, consécutive à la loi de décembre 2011 (loi "Bertrand") et au décret de novembre 2014, était donc encore mal connue mi 2014. Depuis l'information s'est améliorée (cf. ci-dessus), mais est-elle pour autant acceptée par les prescripteurs, qui ont été nombreux à laisser des commentaires contrastés sur les articles traitant de ce sujet ?
 
Selon notre étude, 20 % des généralistes et 24 % des spécialistes se disent "totalement opposés" à la prescription en DCI.  Les autres se disent plutôt favorables, ou pensent que cela ne changera rien pour eux, ou encore disent vouloir s'adapter, quitte à ce que ce soit après une "contrainte forte" :
 
 
 

Quelle influence de ces changements sur les pratiques de prescription des médecins ?
Près de la moitié des médecins généralistes et un tiers des spécialistes déclarent avoir modifié leurs pratiques depuis le 1er janvier. 15 à 18 % supplémentaires "ont l'intention de le faire" prochainement :


Ces modifications de leurs pratiques concernent les libellés des prescriptions et non leur forme (répartition entre ordonnances électroniques et manuelles stable depuis février 2014), avec une nette augmentation déclarée du nombre d'ordonnances rédigées en DCI + nom de marque :

 
 
Les pharmaciens d'officine interrogés confirment cette évolution, avec une diminution de 13 % des ordonnances rédigées en nom de marque seul entre juin 2014 et février 2015 :


 

Par ailleurs, 4 médecins sur 10 estiment que dans les 6 mois à venir, ils rédigeront encore davantage en DCI + nom de marque (44,5 % pour les MG, 41 % pour les spécialistes).
 
Quel impact sur les patients et les pharmaciens ?
Les médecins qui ont modifié leurs pratiques depuis le 1er janvier ont, logiquement, eu des questions de leurs patients. Suite à l'édition d'une ordonnance en DCI, des questions ont été posées  à 77 % des généralistes (40 % "fréquemment", 37 % "ponctuellement") et à 51 % des spécialistes (22 % "très fréquemment", 29 % "ponctuellement").
 
Ces ordonnances suscitent aussi davantage de questions des officinaux : 22 % des généralistes et 16 % des spécialistes rapportent des questions de pharmaciens lors de la délivrance d'ordonnances en DCI. Lorsque la même question a été posée aux pharmaciens, 50 % déclarent avoir dû appeler le prescripteur pour clarifier une prescription (47 % "ponctuellement", 3 % "très fréquemment").

A noter que 60 % des pharmaciens interrogés (57 % "ponctuellement", 3 % "très fréquemment") disent avoir rencontré des difficultés lors de la délivrance des ordonnances rédigées en DCI, qu'elles soient accompagnées ou non du nom de marque.
 
Des difficultés qui se ressentent sur les réponses des pharmaciens à une question sur l'éventuelle simplification de la pratique quotidienne, avec un doublement, depuis juin 2014, des pharmaciens estimant que cela "complique leur pratique", même si ces réticences restent très minoritaires :
 
 

Ordonnances rédigées en DCI seule : quelle délivrance en officine ?      
Comme nous l'avons vu ci-dessus, les médecins ne rédigent pas beaucoup plus d'ordonnances en DCI seule, la forme DCI + nom de marque étant privilégiée. Selon notre enquête, 8 % seulement des logiciels des généralistes et 5 % de ceux des spécialistes sont paramétrés en DCI seule.
 
Avant de préparer les médicaments inscrits sur l'ordonnance en DCI seule, une majorité des pharmaciens interrogés s'informent sur ces produits :

 Ensuite ils délivrent le plus souvent une spécialité correspondant exactement à celle qui est inscrite sur l'ordonnance :
 

En conclusion
Cette enquête montre plusieurs évolutions de la prescription et de la délivrance depuis le 1er janvier 2015, avec une augmentation des ordonnances rédigées en DCI + nom de marque, ce qui suscite notamment des questions des patients, mais aussi des pharmaciens, aux prescripteurs.
 
Mais l'amélioration du niveau d'information et la "résistance" de moins de la moitié des prescripteurs à cette évolution devraient permettre d'aplanir, il faut le souhaiter, les difficultés actuelles.

Une nouvelle vague de notre enquête sera effectuée d'ici 6 mois afin d'observer l'évolution des réponses des médecins et pharmaciens aux mêmes questions.
 
En savoir plus :
Les dénominations communes internationales (DCI), OMS
LOI n° 2011-2012 du 29 décembre 2011 relative au renforcement de la sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé, Journal Officiel
Décret n° 2014-1359 du 14 novembre 2014 relatif à l'obligation de certification des logiciels d'aide à la prescription médicale et des logiciels d'aide à la dispensation prévue à l'article L. 161-38 du code de la sécurité sociale, Journal Officiel
Logiciels d'Aide à la Prescription pour la médecine ambulatoire certifiés selon le référentiel de la HAS, Haute Autorité de Santé, tableau mis à jour le 18 février 2015

Sur VIDAL.fr :
Prescription en DCI : quel impact sur la dispensation en pharmacie ? (mars 2015)
Prescription en DC obligatoire au 1er janvier 2015 : questions réponses (décembre 2014)
Obligation d'utiliser un "LAP" certifié et de prescrire en DCI : parution du décret (novembre 2014)

Sources : VIDAL

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Vidal News du 2017-07-27

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