La qualité de l'air dans l’habitat peut être altérée par une grande diversité de polluants. Francesco Scatena / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
- Nous passons les deux tiers de notre temps dans le logement, mais la qualité de l'air intérieur n'est pas aussi surveillée que celle de l'air extérieur.
- Les polluants et les sources de pollution sont très divers : multiples agents physiques (particules fines, radon), contaminants chimiques (composés organiques (semi-volatils, dioxyde d’azote, monoxyde de carbone) ou biologiques (acariens, allergènes d’animaux domestiques, moisissures) liés aux bâtiments, aux équipements, à l’environnement immédiat et à l’occupation humaine, voire animale.
- Les effets sur la santé sont d’autant plus importants qu’ils concernent des populations plus sensibles ou plus vulnérables.
- L’impact sanitaire peut aller de la perception d’un inconfort (nuisances olfactives irritation des muqueuses, syndrome des bâtiments malsains) jusqu’à une pathologie clairement identifiée (exacerbation de maladies respiratoires et allergiques), voire jusqu’à un risque mortel (intoxication oxycarbonée).
- En dix-sept ans, la qualité de l’air intérieur dans les logements s’est globalement améliorée, mais dans une partie du parc de logements, les concentrations de certains polluants dans l’air intérieur restent supérieures à des valeurs de référence.
- La diffusion aux professionnels de santé et au grand public des connaissances acquises constitue un levier essentiel pour renforcer la prévention.
La qualité de l’air, à l’extérieur comme à l’intérieur des locaux, constitue une préoccupation primordiale de santé publique ; des études récentes font état du fort impact sanitaire et économique de la pollution de l’air [1, 2]. Le domicile est un compartiment de vie majeur où nous passons environ deux tiers de notre temps (67 %) [3] ; nous y subissons l’essentiel de nos expositions non professionnelles, qui contribuent fortement à l’exposome, l’ensemble des expositions subies tout au long de la vie.
La qualité de l’air dans les logements est donc un enjeu crucial pour le bien-être et la santé des occupants. Elle ne fait pas l’objet d’un suivi régulier, à la différence de la qualité de l’air extérieur dont l’État assure la surveillance pour de nombreux polluants réglementés, sur l’ensemble du territoire, avec le concours des collectivités territoriales. L’impact sanitaire de la pollution de l’air intérieur est aussi moins documenté que celui de l’air extérieur. Cela tient à la complexité de la caractérisation des expositions dans l’habitat, du fait de la grande diversité de situations de pollution, tant en termes de polluants et de sources que de leurs effets sur la santé.
Une grande diversité de polluants et de sources dans l’habitat
L’air dans l’habitat offre un important éventail de polluants, avec de multiples agents physiques, contaminants chimiques ou biologiques liés aux bâtiments, aux équipements, à l’environnement immédiat (transfert de l’air extérieur, des sols) et à l’occupation humaine, voire animale [4]. L’aération et la ventilation constituent des paramètres déterminants des teneurs intérieures de ces polluants qui peuvent aussi fluctuer en fonction de la température et de l’humidité des locaux.
Parmi les agents physiques, les particules fines, principalement émises par le secteur résidentiel (logements, bureaux) et le trafic en France, sont produites à l’intérieur des locaux par le tabagisme, la combustion du bois (cheminées, poêles à bois), les activités de cuisson, les combustions de bougies et d’encens. Le radon, gaz radioactif naturel inodore, incolore et inerte présent dans les sols, en particulier dans les sous-sols granitiques, peut, quant à lui, pénétrer dans le logement par défaut d’étanchéité.
Par ailleurs, au domicile, nous sommes exposés à de nombreux polluants chimiques. Ce sont tous ces composés organiques volatils (COV), ces aldéhydes émis par les matériaux de construction, d’ameublement, de décoration (peintures, vernis, colles, nettoyants, bois agglomérés), mais aussi par les produits d’entretien et de désinfection, d’hygiène corporelle ou de bricolage.
Ce sont également les oxydes d’azote, le monoxyde de carbone, gaz issus des combustions domestiques. Tous ces polluants peuvent aussi venir de l’extérieur, en cas de proximité au trafic routier ou à des sources industrielles.
Les composés organiques semi-volatils (COSV), qui se trouvent à la fois en phase gazeuse et en phase particulaire dans l’air, rassemblent des hydrocarbures aromatiques polycycliques en lien avec toutes les combustions et un grand nombre de composés d’origine anthropique, libérés dans l’air intérieur à partir des produits de consommation courante qui les contiennent : les phtalates utilisés comme plastifiants, les polybromodiphényléthers retardateurs de flamme, les muscs synthétiques, agents parfumants des cosmétiques et produits ménagers, les pesticides…
À cette liste, s’ajoutent les contaminants biologiques, acariens de poussières de maison, allergènes d’animaux domestiques (chat, chien) ou de blattes, moisissures dont l’humidité dans le logement favorise le développement.
Une large gamme d’effets potentiels sur la santé
À cette diversité de situations d’expositions, répond une large gamme d’effets potentiels sur la santé, d’autant plus importants qu’ils concernent des populations plus sensibles, par exemple les jeunes enfants en raison de l’immaturité de leur système immunitaire, ou plus vulnérables, comme des patients souffrant de pathologies chroniques (insuffisance respiratoire, cardiaque, asthme…) ou immunodéprimés [5]. Certaines périodes de vie sont des fenêtres d’exposition plus critiques, la grossesse, la période périnatale, l’enfance.
L’impact sanitaire [6] peut aller de la perception d’un inconfort jusqu’à une pathologie clairement identifiée, voire jusqu’à un risque mortel.
- Ainsi, il peut s’agir de la simple perception d’une nuisance olfactive, associée à des COV dont beaucoup sont perceptibles à des concentrations atmosphériques très faibles, inférieures à celles susceptibles d’entraîner d’autres effets nocifs. Des irritations des muqueuses nasales, oculaires ou de la peau sont aussi rapportées, en lien avec l’exposition à des COV ou des aldéhydes, notamment lors de la rénovation des logements. Le syndrome des bâtiments malsains, d’abord décrit dans les grands immeubles de bureau en Amérique du Nord, renvoie à des cas groupés de personnes dans un lieu, se plaignant de plusieurs symptômes peu spécifiques (maux de tête, fatigue, nausées, irritations, picotements…) ; leurs plaintes sont rythmées par leur séjour dans ce lieu et souvent imputées à la qualité de l’air intérieur. Généralement, il est difficile d’identifier les polluants en cause et le rôle de facteurs psychosociaux est avancé ;
- Les manifestations allergiques et respiratoires sont des effets plus spécifiques que les précédents. L’exposition aux allergènes d’acariens, aux poils de chats et de chiens ou aux moisissures augmente le risque de crises d’asthme chez les sujets sensibilisés à ces allergènes. Les aldéhydes et les terpènes (émis par les produits d’entretien et les parfums d’ambiance) sont aussi irritants et sensibilisants. Le dioxyde d’azote est associé au développement de symptômes respiratoires chroniques et à une exacerbation de l’asthme, chez les adultes et les enfants. De nombreux effets biologiques sont attribués aux particules fines (réaction inflammatoire, stress oxydant…), aggravation des pathologies respiratoires. Les effets neurotoxiques, néphrotoxiques, cardiotoxiques, toxiques sur la reproduction de certains COSV sont documentés, mais à des concentrations qui ne sont pas habituellement rencontrées dans l’air intérieur résidentiel [6] ;
- Mention doit être faite du risque mortel, en cas d’intoxication accidentelle au monoxyde de carbone, souvent liée à l’utilisation d’équipements de chauffage défectueux mal réglés, mal entretenus ou à l’usage inapproprié (en continu) d’appareils de chauffage d’appoint. Chaque année, au cours de la période de chauffe, près de 3 000 personnes sont victimes d’une intoxication oxycarbonée et une centaine de personnes en décèdent [7] ;
- Enfin, les effets susceptibles d’apparaître de façon différée dans le temps, à la suite d’une exposition chronique à ces polluants présents dans l’air des logements sont mal connus. Il convient cependant de rappeler que plusieurs de ces agents sont classés cancérogènes certains pour l’Homme (groupe 1) par le Centre international de recherche sur le cancer [8] : la fumée de tabac environnementale, le benzène, le formaldéhyde, le benzo(a)pyrène, le radon…
L’état de la qualité de l’air dans les logements en France
L’Observatoire de la qualité de l’air intérieur (OQAI) créé en 2001, devenu Observatoire de la qualité de l’environnement intérieur (OQEI) en 2024, a mené une première campagne nationale sur le parc de logements français (CNL1) en 2003-2005, suivie par une deuxième campagne en 2020-2023 (CNL2). Celle-ci fournit des données d’exposition représentatives du parc de résidences principales en France hexagonale, qui résultent des mesurages de 170 polluants et paramètres environnementaux dans l’air de 571 logements. Parallèlement, une enquête a été conduite auprès des occupants sur les caractéristiques de leur logement, de leur foyer, des équipements présents et de leurs activités domestiques [4].
Le principal enseignement de la comparaison CNL1 – CNL2 est qu’en 17 ans, la qualité de l’air intérieur dans les logements s’est globalement améliorée, avec une baisse significative des niveaux de concentrations intérieures, de 28 % à 47 % pour les aldéhydes, les particules fines, le benzène et de plus de 80 % pour les COV chlorés (1,4-dichlorobenzène, trichloroéthylène et tétrachloroéthylène). Plusieurs éléments ont contribué à cette progression : les évolutions du parc résidentiel de bâtiments, des dispositions réglementaires (interdiction du trichloroéthylène, du benzène dans les produits de construction, du tétrachloroéthylène dans les procédés de nettoyage à sec, étiquetage obligatoire des produits de construction pour leurs émissions de composés organiques volatils). Citons aussi une réduction des émissions de polluants dans l’air extérieur qui se répercute sur la qualité de l’air intérieur et une multiplication des actions de sensibilisation à la qualité de l’air intérieur.
En dépit de ces progrès, dans une partie du parc de logements, les concentrations observées pour certains polluants dans l’air intérieur restent supérieures à des valeurs faisant référence pour l’aide à la gestion ou pour la protection de la santé des populations : le radon, dans près de 8 % des logements, le formaldéhyde, dans un peu plus de 6 %, le dioxyde d’azote, dans près de 3 % et le benzène, dans 1,4 % des logements [9]. Les particules fines, quant à elles, dépassent la valeur maximale journalière de 15 μg/m3 préconisée par l’Organisation mondiale de la santé dans plus de 43 % des logements. Enfin, un grand nombre de polluants détectés dans l’air ne disposent pas aujourd’hui de valeurs de référence permettant d’interpréter les résultats.
Acteurs de proximité, les professionnels de santé ont une position stratégique pour identifier des situations défavorables en termes de qualité de l’air intérieur et relayer les messages d’information afin de prévenir les expositions domestiques aux dangers chimiques, biologiques et physiques [10].
Il importe de continuer à explorer la diversité des environnements intérieurs (domiciles, lieux de scolarisation, de travail, de loisirs), cet exposome intérieur en y intégrant d’autres dimensions de la qualité de l’environnement intérieur (confort thermique, acoustique, lumineux). Telles sont les missions de l’OQEI.
[1] Medina S et al. Estimation de la morbidité attribuable à l’exposition à long terme à la pollution de l’air ambiant et de ses impacts économiques en France hexagonale, 2016-2019. Volume 1 : Évaluation quantitative d’impact sur la santé (EQIS-PA), 158 pages (Santé publique France, janvier 2025).
[2] Bayeux T, Benrabah YC, Keirsbulck M et Sanchez M. Campagne Nationale Logements 2 – Impact sanitaire et économique de la pollution de l’air intérieur dans les logements en France : morbidité attribuable et coûts économiques associés, 309 pages (Observatoire de la Qualité des Environnements Intérieurs [OQEI], septembre 2026).
[3] Kirchner S et al. Qualité d’air intérieur, qualité de vie : 10 ans de recherche pour mieux respirer. Ouvrage collectif, CSTB éditions, août 2011, 208 pages.
[4] Ramalho O, Dassonville C, Grégoire A, Sivanantham S. Campagne nationale logements 2 : État de la qualité de l’air dans les logements en France métropolitaine (novembre 2020 – février 2023). Partie 1 : COV, COSV, NO2 et Radon. Rapport final OQEI, SC-QEI-2025-109, juin 2025. 308 pages.
[5] Maung TZ., Bishop JE., Holt E., Turner AM, Pfrang C. Indoor Air Pollution and the Health of Vulnerable Groups: A Systematic Review Focused on Particulate Matter (PM), Volatile Organic Compounds (VOCs) and Their Effects on Children and People with Pre-Existing Lung Disease. Int J Environ Res Public Health 2022 Jul; 19(14): 8752. doi: 10.3390/ijerph19148752
[6] Dab W. et al. Le praticien et l’environnement. Ouvrage collectif, mars 2010, 79 pages.
[7] Communiqué de presse Intoxications au monoxyde de carbone. Adopter les bons gestes peut sauver des vies (Santé Publique France, 26 novembre 2025)
[8] Agents Classés par les Monographies du CIRC, Volumes 1–142 (mise à jour du 3 juillet 2026).
[9] Vial E et Rogé J. Communiqué de presse Premiers résultats de la deuxième campagne nationale sur l’état de la qualité de l’air dans les logements (CNL2) (Observatoire de la qualité des environnements intérieurs, juillet 2025).
[10] Avis « Qualité de l’air dans les logements en France : nouvelles connaissances pour agir » (Académie nationale de Pharmacie, 1er octobre 2025).
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