L'automesure tensionnelle permet de confirmer le diagnostic d'HTA et d'impliquer le patient.Ake Ngiamsanguan / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
L'Assurance maladie a donné le top départ d'une campagne de prévention de l'hypertension artérielle (HTA) le 11 septembre 2026, à laquelle elle souhaite rallier un grand nombre de professionnels de santé en soins primaires. Informer, conseiller, dépister et prendre en charge, c'est un relais opérationnel de la part des médecins et des paramédicaux qu'a expliqué attendre la branche santé de la Sécurité sociale lors d'un point presse avec le Conseil national professionnel cardiovasculaire (CNPCV), la Société française d'HTA (SFHTA) et le Collège de médecine générale (CMG).
Médecins généralistes, mais aussi infirmiers, pharmaciens, sages-femmes et masseurs-kinésithérapeutes ont un rôle à jouer dans le repérage et la prévention. « Le cercle de la prise en charge de l'HTA doit être élargi, abonde la Pr Theodoroa Bejan-Angoulvant, présidente de la SFHTA. C'est ce que le Canada a fait avec les infirmiers depuis plus de quinze ans. Un décloisonnement est nécessaire ».
La communication grand public multicanale (spot TV, chroniques radio, publirédactionnels dans la presse écrite, affichage dans les gares et maisons de santé, réseaux sociaux, etc.), sera déployée jusqu'en mai 2027, qui deviendra dès lors « mois de la tension » en écho à la journée mondiale le 17 mai. Alors que plus de 20 millions d'assurés sont à risque cardiovasculaire (CV) augmenté et que l'HTA est le premier facteur de risque (FDR) CV modifiable, près d'un hypertendu sur deux ignore être atteint de cette maladie « silencieuse ». Le seuil tensionnel de 140/90 mmHg n'est pas encore un repère pour la population, y compris pour les hypertendus sévères.
Un virage préventif pour l'HTA
Si l'Assurance maladie veut opérer « un virage préventif » pour la prise en charge de l'HTA, c'est que le poids des maladies CV est lourd sur la santé des populations et des finances publiques et ne fera qu'augmenter selon les projections. Si la trajectoire n'est pas enrayée d'ici à 2035, la prévalence des maladies CV (de 8,3 % en 2024) devrait approcher le seuil des 10 % et les dépenses augmenter a minima de 10 milliards d'euros (de 23,5 en 2024 à 33,6, voire 35,5 milliards d'euros).
Dans la continuité du plan cœur européen de décembre 2025 et du parcours d'accompagnement préventif inscrit dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2026, la loi Neuder promulguée fin juillet 2026 veut doter la France d'une stratégie de lutte contre les maladies cardio-neuro-vasculaires (cf. article du 21 juillet 2026). Pour orchestrer le tout, la direction générale de la Santé travaille à une feuille de route. Avec ce focus sur l'HTA et la campagne sur l'insuffisance cardiaque l'an passé, l'Assurance maladie développe des outils numériques (cf. Encadré) pour les professionnels de santé et lance d'ores et déjà des actions sur le terrain en partenariat avec les sociétés savantes.
L'automesure tensionnelle, un appui pour le médecin généraliste
Les médecins généralistes, qui prennent en charge neuf patients hypertendus sur dix, sont directement concernés. « Repérer, confirmer, agir et suivre, c'est un lien dans la durée avec le patient, chaque temps a un objectif », explique le Dr Fabien Besançon, secrétaire général du CMG. Si un chiffre tensionnel anormal n'est pas synonyme d'HTA, il doit en revanche nécessairement déclencher une action. « Toute mesure élevée au cabinet supérieure à 140/90 mmHg demande confirmation, insiste le médecin généraliste. On ne peut pas tout mettre sur le dos de l'effet blouse blanche. L'automesure tensionnelle est un bon moyen de contrôler, le dépistage devient concret et fait prendre conscience que c'est quelque chose de sérieux nécessitant un appareil validé ».
La Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam) met à disposition des médecins des appareils d'automesure à prêter aux patients. « Certains en ont déjà un dans la famille, d'autres peuvent en acquérir pour un prix de 20 à 30 euros, il ne faut pas présumer que l'accès sera compliqué », insiste le Dr Besançon, invitant à utiliser les fiches de relevé de la Cnam définissant les modalités de recueil de la pression artérielle. « Les kits avec les fiches sont très fluides, cela permet de gagner du temps, car il y a bien d'autres dépistages à s'occuper en soins primaires », note-t-il.
Une fois l'HTA confirmée, « il est nécessaire de prendre le patient dans sa globalité, de rechercher les autres FDR CV et surtout de revenir sur les risques à ne pas s'occuper d'une HTA, même si elle ne se ressent pas, en adaptant la stratégie au profil du patient, par exemple s'il est anxieux ou non », poursuit le Dr Besançon. Des échéances et des moments de réévaluation sont à fixer, en n'oubliant pas de poser la question de l'observance et en miroir celle de la non-observance. Parfois, il faut savoir « décider de ne pas avancer sur un point à un moment donné » pour se donner plus de chances en y revenant plus tard.
Des missions nouvelles pour les paramédicaux
Infirmiers, pharmaciens, sages-femmes et masseurs-kinésithérapeutes sont aussi invités à jouer un rôle de premier plan dans la prévention (poids, alimentation, sommeil, activité physique, etc.), le dépistage et l'accompagnement à l'automesure tensionnelle. « La loi Neuder prévoit que les kinés et les pharmaciens puissent prendre la tension artérielle », a rappelé le Dr Marc Villacèque, président du CNPCV.
Les pharmaciens, premiers recours en soins primaires, connaissent leurs patients et tissent un lien de proximité et de confiance. De leur côté, les kinésithérapeutes sont très bien placés pour promouvoir l'activité physique, quand les sages-femmes le sont pour repérer les femmes à risque lors du choix d'une contraception ou lors du suivi après une grossesse compliquée (diabète gestationnel, HTA gravidique, prééclampsie). « Le contrôle tensionnel chez les femmes s'est dégradé au fil du temps, souligne le Dr Marc Villacèque. Or, les maladies CV sont la première cause de mortalité chez les femmes ».
L'Assurance maladie rappelle la mise à disposition sur son site ameli d'un mémo et d'une vidéo tuto pour accompagner l'automesure. Les outils seront actualisés d'ici fin 2026-2027 avec les recommandations à venir de la Haute Autorité de santé, une vidéo est prévue avec des conseils sur le repérage de l'HTA et l'inobservance.
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Pour aider le repérage des patients à risque CV, l'Assurance maladie développe des solutions numériques :
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