Éco-anxiété : repérer les situations à risque

Après les canicules à répétition, la sécheresse et les incendies qui ont durement rappelé cet été la réalité du changement climatique, l’éco-anxiété prend de l’ampleur dans la société, y compris dans ses formes maladaptatives avec altérations fonctionnelles.

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
Depuis 1900, les températures à la surface du globe ont augmenté de 1,4 °C.

Depuis 1900, les températures à la surface du globe ont augmenté de 1,4 °C. Thicha studio / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

L’éco-anxiété est un ensemble de réactions psychologiques liées à la crise environnementale, formant un continuum allant de préoccupations modérées à des formes plus intenses.

L’Observatoire de l’éco-anxiété a dévoilé début août les premiers chiffres d’une étude menée fin juillet 2026 lors du 3e pic de canicule de l’été : environ 2,5 millions de Français supplémentaires seraient devenus éco-anxieux et surtout il y aurait un bond de 50 % des formes maladapatives, soit 1,1 million de personnes fortement anxieuses en plus. La remise du rapport officiel avec les données consolidées est annoncée pour septembre.

La tendance à la hausse est notable d’autant que l’étude nationale de 2025 avait mis en évidence une stabilité des chiffres par rapport à 2023. Les chercheurs avaient observé qu’une majorité des personnes éco-anxieuses avaient des manifestations faiblement à modérément intenses, et qu’un groupe minoritaire présentait une détresse marquée avec retentissement fonctionnel. Les travaux internationaux confirment la diversité de manifestations et soulignent l’intérêt d’un repérage clinique nuancé.

Après l’été le plus chaud jamais observé en France avec canicules et incendies à répétition, le changement climatique et l’érosion de la biodiversité occupent une place croissante dans l’espace public et dans les esprits. L’Observatoire de l’éco-anxiété (Obseca) a dévoilé les chiffres clés d’une étude menée fin juillet 2026 et à paraître en septembre [1].

Ces phénomènes s’avèrent de plus en plus prégnants, avec des personnes rapportant un inconfort ou une difficulté à faire face à l’ampleur des enjeux environnementaux.

L’ensemble de ces réactions psychiques est regroupé sous le terme d’éco-anxiété. Il ne s’agit pas d’un trouble psychiatrique à proprement parler, mais d’une détresse psychologique dont l’intensité varie selon la fréquence des préoccupations, le contexte individuel et l’exposition aux informations environnementales [2, 3].

Des travaux français ont permis de mieux caractériser ces manifestations. Une étude nationale menée en 2025 par l'Obseca en partenariat avec l’Agence de la transition écologique (Ademe), utilisant une échelle psychométrique validée, la Hogg Eco-Anxiety Sscale (HEAS-FR), distingue plusieurs niveaux d’intensité et identifie un groupe minoritaire présentant une souffrance suffisamment marquée pour perturber le fonctionnement quotidien [2, 4].

Sur le plan international, un modèle similaire est décrit, allant d’une inquiétude adaptative en réponse à une menace réelle à une détresse pouvant évoluer vers un trouble anxieux ou dépressif chez les sujets les plus vulnérables [5-8].

Pour les professionnels de santé, l’enjeu est de repérer les formes persistantes et maladaptatives, d’en évaluer le retentissement et de proposer un accompagnement [7, 3, 9].

L’éco-anxiété, une détresse psychologique

L’éco-anxiété désigne un ensemble de réactions émotionnelles et cognitives déclenchées par la perception des menaces environnementales. Elle est à rapprocher du stress écologique, de la solastalgie et de l’écodeuil (cf. Encadré 1).

Selon l’étude nationale de 2025, les manifestations d’éco-anxiété s’inscrivent dans un continuum allant de préoccupations ponctuelles à des formes susceptibles d’affecter le fonctionnement quotidien [2]. Cette variabilité explique qu’elle ne soit pas considérée comme un trouble psychiatrique distinct, même si certaines formes peuvent se rapprocher d’un trouble anxieux ou dépressif lorsqu’elles deviennent persistantes [2, 3].

L’analyse française distingue l’éco-anxiété de deux notions voisines :

  • l’éco-lucidité, une prise de conscience sans retentissement notable ;
  • l’éco-engagement, un passage à l’action pouvant soutenir la régulation émotionnelle [2, 9].

L’éco-anxiété apparaît lorsque les préoccupations s’accompagnent de ruminations, d’anticipations négatives ou d’un sentiment d’impuissance. Ce profil se distingue nettement des formes adaptatives centrées sur l’information ou l’action.

Santé publique France souligne, quant à elle, que la détresse peut se construire à la fois à partir d’éléments factuels et d’une exposition répétée à des contenus perçus comme alarmants [3]. Cette interaction entre contexte objectif et perception individuelle contribue à la diversité des profils décrits [2].

Encadré 1 - Trois notions proches à connaître [3]
  • Stress écologique : Réponses psychologiques et physiologiques liées à l’exposition aux informations ou aux événements climatiques, le plus souvent transitoires.
  • Solastalgie : Souffrance psychique associée à la dégradation de l’environnement familier, vécue comme une perte du lieu de vie.
  • Éco-deuil : Réactions émotionnelles face à la disparition d’espèces ou d’écosystèmes, pouvant coexister avec l’éco-anxiété.

Où en est-on en France ?

L’Obseca a dévoilé début août 2026 sur France Info les premiers résultats d’une étude menée lors du pic de la 3e canicule de cet été. La remise du rapport officiel avec les données consolidées est prévue pour septembre [1].

Sans surprise, il en ressort que l’éco-anxiété augmente dans la population avec 2,5 millions de Français supplémentaires. Fait marquant, les formes maladaptatives, qui concernaient 2,1 millions de personnes en 2025, auraient fait un bond de 50 %, ce qui correspond à 1,1 million de personnes fortement éco-anxieuses en plus. « Sur cette catégorie-là, on a plein de demandes, on n’arrive pas à y répondre. C’est une déferlante qui dépasse nos capacités », souligne le psychothérapeute interviewé Pierre-Eric Sutter, fondateur de l’Obseca, inquiet, estimant que l’éco-anxiété est devenue « un enjeu de santé publique » [1]. Même si les chiffres définitifs sont à consolider, la situation en France se révèle avoir sensiblement évolué par rapport à l’étude nationale de 2025.

Le précédent travail, conduit avec l’Ademe, l'agence de la transition écologique, auprès d’un échantillon représentatif des 15-64 ans, avait décrit sept niveaux d’éco-anxiété regroupés en trois classes [2] :

  1. la première classe (aux scores faibles ne laissant pas anticiper de risque particulier) concernait environ 75 % de la population ;
  2. la deuxième environ 15 % de personnes dont les préoccupations étaient plus fréquentes.
  3. la troisième, celle correspondant au niveau d’intensité éco-anxieuse le plus élevé, concernait près de 10 % des répondants, dont environ 1 % était situé dans une zone considérée comme à risque psychopathologique [2, 4].

Par ailleurs, il ressortait que certains facteurs sociodémographiques sont associés à des niveaux plus élevés : les jeunes de 25-34 ans présentaient les scores moyens les plus hauts, tandis que les 50-64 ans se situaient globalement plus bas [2]. Les femmes semblent légèrement plus concernées que les hommes, et l’éco-anxiété augmente chez les personnes ayant un niveau d’études élevé ou un intérêt marqué pour les enjeux environnementaux [2, 4]. L’environnement urbain dense, notamment en région parisienne, était également associé à des scores plus hauts [2].

Santé publique France a souligné de son côté que l’éco-anxiété ne se limite pas aux jeunes adultes : toutes les tranches d’âge peuvent être concernées, selon le contexte de vie et l’exposition aux informations [3]. À l’international, les analyses publiées dans Nature Mental Health et The Lancet Planetary Health ont décrit un modèle comparable avec une minorité présentant une détresse marquée [5-8]. Les données européennes récentes confirment également l’existence de comportements d’évitement et de ruminations associés à la détresse climatique [10].

Manifestations cliniques : quatre dimensions à repérer

Les manifestations de l’éco-anxiété s’expriment selon quatre dimensions principales, décrites dans l’étude nationale et confirmées par les travaux internationaux [5-8] :

  • la dimension affective : elle regroupe les réactions émotionnelles telles que l’inquiétude, la tristesse ou la peur face aux enjeux environnementaux [2]. Ces émotions peuvent être intermittentes ou persister et s’accompagnent parfois d’un sentiment d’impuissance ;
  • la dimension cognitive : elle inclut les ruminations, les pensées centrées sur l’avenir et l’anticipation négative [2, 3]. La difficulté à mettre à distance les informations environnementales peut renforcer l’incertitude et générer une charge mentale notable ;
  • la dimension comportementale : elle se manifeste par des troubles du sommeil, une fatigue persistante, une diminution des activités ou un retrait social [2, 3]. Ces éléments ne sont pas spécifiques, mais participent au maintien de la détresse lorsqu’ils s’installent dans la durée ;
  • la dimension conative : elle touche au rapport à l’action : sentiment de ne pas en faire assez, hésitation à se projeter ou impression d’impuissance [2]. Cette dimension apparaît fréquemment dans les formes plus intenses et peut influer sur les décisions personnelles ou professionnelles.

Impacts sur la santé mentale et risques à long terme

Aux intensités les plus élevées, l’éco-anxiété peut entraîner des répercussions sur le sommeil, la concentration, la vie sociale et la capacité à maintenir certaines activités [2, 3]. Une minorité présente une détresse pouvant se rapprocher d’un trouble anxieux ou dépressif, avec parfois des idées pessimistes [2] (cf. Encadré 2). Les analyses internationales confirment cette vulnérabilité : les symptômes anxieux peuvent être majorés, la charge mentale accrue, et certains sujets peuvent développer des épisodes dépressifs lorsque les préoccupations deviennent persistantes [5-8].

Encadré 2 - Quand adresser ? Points de vigilance [2, 3]

Face à un patient anxieux, une orientation est à envisager en cas :

  • de symptômes présents la plupart des jours ou s’aggravant ;
  • de troubles du sommeil persistants ;
  • de retrait social marqué ;
  • de difficultés à se projeter, de désespoir ;
  • d’antécédents anxieux ou dépressifs ;
  • de retentissement important sur les activités essentielles.

Prise en charge : une approche graduée

La prise en charge repose sur une approche graduée centrée sur la reconnaissance de la détresse et l’évaluation du retentissement [2, 3]. Les travaux internationaux recommandent plusieurs axes d’intervention : régulation émotionnelle, restructuration des pensées catastrophistes et ajustement de l’exposition aux contenus anxiogènes [5, 7]. Ces approches aident les patients à mieux comprendre leurs réactions, à distinguer les inquiétudes réalistes des anticipations excessives et à retrouver un sentiment d’efficacité personnelle.

L’éco-engagement, lorsqu’il est adapté aux ressources de la personne, peut également contribuer à réduire la sensation d’impuissance [2, 9]. Certaines approches collectives, comme les groupes d’échange, sont mentionnées dans la littérature française et internationale, notamment lorsqu’elles s’inscrivent dans un cadre de prévention [3, 9].

Lorsque les symptômes évoquent un trouble anxieux ou dépressif, la prise en charge s’aligne sur les principes habituels de la psychologie clinique et de la psychiatrie. Les données internationales soulignent que la détresse liée au climat peut amplifier des vulnérabilités préexistantes, ce qui justifie une évaluation complète des symptômes et de leur évolution [8, 11].

Les données disponibles permettent de considérer l’éco-anxiété comme une détresse psychologique modulée par l’exposition environnementale, les ressources individuelles et le contexte social. La majorité présente des manifestations modérées, tandis qu’une minorité développe une détresse pouvant altérer le fonctionnement quotidien. Le repérage des formes maladaptatives, l’évaluation du retentissement et l’identification des besoins d’accompagnement constituent les principales étapes de la prise en charge. Les stratégies centrées sur la régulation émotionnelle, l’ajustement médiatique et l’évaluation clinique sont privilégiées, avec la possibilité d’un suivi spécialisé si nécessaire.

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !