Bonne pratique

Dépistage du CMV : en cas de primo-infection récente, valaciclovir compassionnel et amniocentèse dès 18 semaines (HAS)

La Haute Autorité de santé a publié une recommandation pour la prise en charge et le suivi des femmes enceintes après dépistage du cytomégalovirus. Un cadre de prescription compassionnelle du valaciclovir est en cours de rédaction à l'ANSM. 

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Tout médecin, généraliste ou spécialiste, en ville ou à l'hôpital, pourra prescrire du valaciclovir.

Tout médecin, généraliste ou spécialiste, en ville ou à l'hôpital, pourra prescrire du valaciclovir.JackF / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

La Haute Autorité de santé (HAS) a publié ce 4 août 2026 ses recommandations de bonne pratique sur la prise en charge et le suivi des femmes enceintes concernées par le dépistage systématique du cytomégalovirus (CMV) en fonction du résultat de ce dernier, préconisant notamment le traitement compassionnel par valaciclovir le plus tôt possible, et la réalisation d'une amniocentèse dès 18 semaines d'aménorrhée (SA) à la recherche de la présence du virus chez le fœtus.

À la suite de sa recommandation de juin 2025 en faveur du dépistage systématique du CMV chez les femmes enceintes dont le statut sérologique est inconnu ou négatif, la HAS a été saisie par la direction générale de la santé (DGS) pour élaborer des recommandations de bonne pratique afin de guider la prise en charge après ce dépistage, à destination des médecins généralistes, sages-femmes, gynécologues obstétriciens et médicaux, biologistes médicaux, pharmaciens, échographistes, pédiatres.

L'infection à CMV est le plus souvent sans gravité, mais chez la femme enceinte, elle expose le fœtus au risque de séquelles si elle est contractée par la femme dans les deux mois précédant le début de la grossesse ou durant le premier trimestre, rappelle la HAS : perte auditive neurosensorielle unilatérale ou bilatérale, symptômes neurologiques, troubles du neurodéveloppement et/ou troubles de l'équilibre. Si l'infection est contractée au-delà du premier trimestre, le risque de séquelle est quasi nul.

Une sérologie CMV est recommandée en cas de dépistage antérieur négatif ou s'il n'a jamais été réalisé, avant de concevoir un enfant (période préconceptionnelle), y compris dans le cadre d'un parcours d'assistance médicale à la procréation (AMP), ou pendant la grossesse avant 14 SA en l'absence de sérologie ou en cas de sérologie négative antérieure.

La HAS préconise les prises en charge suivantes en fonction des résultats des sérologies :

  • pour une première sérologie lors d'un projet de grossesse :
    • si la sérologie est positive (IgM-, IgG+) : aucun test biologique n'est nécessaire pour la ou les grossesses futures,
    • si la sérologie est négative (IgM-, IgG-) : la sérologie ne sera renouvelée qu'après le début de la grossesse, le plus précocement possible et avant 14 SA, toutes les quatre semaines,
    • si la sérologie est en faveur d'une séroconversion récente (IgM+, IgG- puis IgM+, IgG+ lors d'un second prélèvement 5 à 10 jours plus tard ou PCR CMV positive, ou IgG+, IgM+/équivoque et avidité des IgG faible) : report du projet de grossesse de deux mois sans contrôle sérologique ni PCR ultérieure ;
  • pendant la grossesse :
    • si la sérologie n'a pas été réalisée en période préconceptionnelle, la première sérologie doit être réalisée au début de la grossesse, le plus précocement possible et avant 14 SA,
    • en l'absence de sérologie réalisée avant 14 SA, le dépistage d'une primo-infection à CMV ne doit pas être effectué au-delà de ce terme. S'il existe une volonté de rattrapage du dépistage, la sérologie doit être réalisée sur un sérum prélevé au premier trimestre de grossesse.

Deux situations indiquent que la femme enceinte ne présente pas de primo-infection récente à CMV :

  • sérologie CMV négative pour les IgM et les IgG (IgM-, IgG-) : la patiente n'a jamais été infectée par le CMV ;
  • sérologie CMV négative pour les IgM mais positive pour les IgG (IgM-, IgG+), quelle que soit la date : la patiente a déjà été infectée par le CMV sans argument en faveur d'une primo-infection survenue en période périconceptionnelle ou au premier trimestre de grossesse.

La Haute Autorité précise qu'elle propose en parallèle des modifications des conditions d'inscription sur la nomenclature des actes de biologie médicale (actualisations d'indications, modification de conditions de réalisation, radiation d'acte obsolète) afin de garder une cohérence entre les examens déjà remboursés et ceux désormais recommandés.

Prescription compassionnelle de valaciclovir

En cas de primo-infection dans les deux mois avant la grossesse ou lors du premier trimestre, qui devra être annoncée lors d'une consultation spécifique, la HAS recommande la mise en place le plus tôt possible d'un traitement par valaciclovir, après la prise de décision partagée. L'antiviral permet de limiter la transmission maternofœtale du virus et de réduire le risque de séquelles.

"Le valaciclovir, hors AMM [autorisation de mise sur le marché] dans cette indication, sera prescrit sur le fondement d'un cadre de prescription compassionnelle en cours de rédaction à l'ANSM [Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé]", indique la HAS. Il pourra ainsi être prescrit par tout médecin, généraliste ou spécialiste, en ville ou à l'hôpital.

L'agence recommande également qu'à terme, les sages-femmes puissent également réaliser cette prescription, "afin de réduire le délai entre la confirmation du diagnostic d'infection de la mère et l'initiation du traitement".

Une amniocentèse est en outre préconisée chez les femmes primo-infectées dans les deux mois avant la grossesse ou lors du premier trimestre "le plus tôt possible à partir de 18 SA" pour rechercher la présence du virus chez le bébé.

En cas de résultat négatif de l'amniocentèse, le traitement par valaciclovir pourra être interrompu et le suivi obstétrical classique repris, tandis que si le résultat est positif, la HAS préconise de poursuivre le suivi de grossesse avec le centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN).

La Haute Autorité rappelle qu'une première infection à CMV ne protège pas d'une réinfection et recommande de "sensibiliser de façon précoce et systématique toutes les femmes ayant un projet de grossesse ou enceintes, mais aussi le coparent, aux risques pour le fœtus en cas d'infection et aux mesures d'hygiène permettant de prévenir sa transmission".

La prévention précoce repose principalement sur des gestes d'hygiène simples, en particulier lors des contacts avec de jeunes enfants : se laver régulièrement les mains, éviter de partager les couverts, les boissons ou les brosses à dents, ne pas porter à sa bouche les objets ayant été en contact avec la salive d'un enfant, éviter les baisers sur la bouche et nettoyer régulièrement les surfaces ou objets potentiellement contaminés.

L'autorité sanitaire publiera en octobre un document d'information à destination des femmes enceintes, présentant les mesures d'hygiène préconisées tout en expliquant le dépistage et l'interprétation de son résultat.

D'après une dépêche publiée dans APMNews le 4 août 2026.

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