Le manque de suivi, un facteur majeur d’échec du sevrage.Natalia Natalia / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Le sevrage tabagique reste un défi complexe en pratique officinale. Dépendance nicotinique, composante comportementale et contexte psychosocial sont autant de dimensions à prendre en compte, que la substitution seule ne suffit pas à couvrir.
Face à ce constat, la Coopération pour la valorisation de l'acte officinal (CVAO) a élaboré une recommandation structurée autour d'une titration précise des substituts nicotiniques et d'un suivi individualisé du patient.
Son président, le Dr Valentin Legrand, pharmacien titulaire en région nantaise, en détaille les implications pratiques pour l'équipe officinale.
VIDAL. Pouvez-vous nous présenter la CVAO et ses missions principales ?
Dr Valentin Legrand. La CVAO a été créée pour ouvrir un espace de discussion entre pharmaciens, étudiants, préparateurs en pharmacie, mais aussi avec d’autres professionnels de santé et les usagers.
L’ambition est d’en faire un véritable incubateur d’idées et de pratiques. Nous cherchons à valoriser la pratique officinale en mettant en avant sa dimension humaine et innovante.
L’officine doit être pensée comme un espace de santé où l’on prend soin des personnes, et non un lieu qui vise à les normaliser. Nous travaillons également à renforcer les liens entre professionnels de santé afin de mieux répondre aux besoins réels des usagers.
Qu’est-ce qui vous a conduit à travailler spécifiquement sur le sevrage tabagique ?
Cette démarche est née d’un constat très concret sur le terrain : l’accompagnement des patients fumeurs reste insuffisant.
On observe notamment une délivrance importante de dispositifs transdermiques fortement dosés, non adaptés au niveau de dépendance du patient. Beaucoup se découragent et affirment que les substituts nicotiniques « ne marchent pas ».
En réalité, ces dispositifs ne peuvent pas répondre seuls à toutes les dimensions du tabagisme. Fumer, ce n’est pas uniquement une dépendance à la nicotine : c’est aussi un moment pour soi, une échappatoire et un acte social.
Le pharmacien, lui, est idéalement placé pour accompagner ces patients. Il est accessible, voit les mêmes personnes régulièrement, connaît leur environnement, leur vie sociale, leurs habitudes. Ce sont des leviers essentiels pour adapter l’accompagnement.
Enfin, ces recommandations s’inscrivent dans un contexte plus large, marqué notamment par des expérimentations en cours sur le sevrage tabagique dans les Hauts-de-France, menées concomitamment, mais indépendamment de la présente démarche.
Vous avez publié la recommandation « L’équipe officinale partenaire du patient fumeur ». Comment est née cette initiative ?
À Pharmagora 2025, nous avons présenté des éléments issus de la littérature pour sensibiliser les professionnels et recruter des participants pour un groupe de travail. Constitué de 11 personnes (pharmaciens d’officine, étudiants et un médecin généraliste), le groupe s’est appuyé sur des sources solides : données de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), baromètres de Santé publique France, recommandations de la Haute autorité de santé (HAS), ainsi que la littérature scientifique.
À partir de ces éléments, nous avons identifié des constats clés, mis en évidence des liens à faire dans la pratique, puis construit des recommandations concrètes.
Le document a également été relu et validé par un médecin addictologue tabacologue.
Quelle est la philosophie générale de ce texte ?
La base de notre approche repose sur une titration précise de la consommation de nicotine du patient.
L’objectif est simple : adapter la dose pour réduire le risque d’échec, puis accompagner une diminution progressive, au rythme du patient.
Mais au-delà de la dimension pharmacologique, l’accompagnement est fondamental. La littérature montre que le manque de suivi favorise les rechutes et réduit l'efficacité du sevrage. En l'absence d'accompagnement, les bénéfices médico-économiques des traitements sont limités, les échecs de sevrage entraînant la poursuite du tabagisme et des coûts associés aux maladies liées au tabac.
Nous insistons donc sur la nécessité d’individualiser la prise en charge. Il ne s’agit pas d’appliquer des protocoles standardisés : chaque patient est différent. Il faut évaluer son niveau de dépendance, sa motivation (qui est un facteur clé), mais aussi suivre les symptômes et effets indésirables liés au sevrage, comme la toux persistante, qui peuvent être mal compris et décourageants.
En quoi cette recommandation participe-t-elle à repositionner l’officine comme un lieu de soin ?
Cette recommandation vise à structurer un véritable parcours patient. L’usager ne vient plus simplement consommer un produit de santé : il vient chercher un accompagnement et du soutien dans la durée.
Le pharmacien devient celui qui « tient la main », qui encourage et qui aide à aller jusqu’au bout. Nous défendons l’idée que la pharmacie est un espace de santé à part entière, où l’on délivre non seulement une valeur pharmacologique, mais aussi une valeur humaine.
Il ne s’agit plus de dire au patient ce qu’il doit faire, mais de l’aider à devenir acteur de sa propre santé.
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