En zone à risque, les chiens sont responsables de 99 % des cas de rage humaine. DimaBerkut / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
La rage est une infection virale mortelle du système nerveux, transmise par la salive de mammifères infectés lors de morsures, griffures ou léchages de plaies ou de muqueuses. Les chiens sont responsables de 99 % des cas humains, même si les chauves-souris sont parfois impliquées, notamment en Amérique et en Europe. Si la France hexagonale ne connaît plus de rage autochtone, hors risques liés aux chauves-souris ou aux animaux importés illégalement, des cas sont toujours rapportés en Guyane. Une recrudescence est signalée en Europe centrale depuis 2021.
La rage humaine est exceptionnelle en France (26 cas entre 1970 et 2025), mais beaucoup moins en Afrique et en Asie avec 56 000 décès par an dans le monde.
La prévention de la rage repose sur la vaccination préexposition pour les professionnels exposés et les voyageurs à risque, notamment lors de séjours prolongés, aventureux, ruraux ou isolés en zones où la rage du chien circule (Afrique, Asie essentiellement), avec une attention particulière pour les jeunes enfants. En cas de contact suspect, même chez une personne vaccinée, il faut laver immédiatement la plaie à l’eau et au savon, désinfecter, puis consulter rapidement pour opter, le cas échéant, pour une prophylaxie postexposition adaptée.
À l’occasion de la vaccination préexposition, les professionnels de santé devraient insister sur l’importance d’éviter les contacts avec les animaux domestiques, sauvages ou errants dans les pays à risque, de ne pas importer illégalement de mammifères depuis ces zones et de vacciner les chiens et chats voyageurs.
La rage est une infection du système nerveux due à un Lyssavirus présent dans la salive des animaux infectés (chien, chat, chauves-souris, renard ou tout mammifère). Sa transmission survient par contact direct avec la salive d'un animal contaminé, par morsure ou griffure, mais également par léchage de lésions de la peau ou d’une muqueuse [1]. Ce point est important, car penser qu’un animal enragé est forcément agressif est une idée fausse : la familiarité inhabituelle d’un mammifère sauvage peut être le signe d’une infection rabique !
Dans certains cas, extrêmement rares, la rage peut être contractée par inhalation d’aérosols contenant le virus (par exemple, dans une grotte où vivent des chauves-souris infectées), à la suite de la consommation de viande crue ou de lait d’animaux infectés ou après une transplantation d’organes. La transmission entre personnes est théoriquement possible, mais n’a jamais été confirmée [2].
Les symptômes de la rage
Le virus de la rage infecte le système nerveux. Lentement, le virus progresse le long des nerfs vers le cerveau, où il ne provoque pas de lésions visibles, mais perturbe le fonctionnement des neurones, notamment le système nerveux autonome qui contrôle l’activité cardiaque et la respiration. Après 2 à 3 mois d’incubation en moyenne (mais ce délai peut varier d’une semaine à… 1 an ! [2]), la personne infectée développe une inflammation du cerveau et de la moelle épinière. Les premiers symptômes de rage sont peu spécifiques : fièvre accompagnée de douleurs ou de fourmillements, démangeaisons ou sensations de brûlure inexpliqués à l’endroit de la blessure. Il existe deux formes de rage [2] :
- la forme furieuse, dans environ 80 % des cas, caractérisée par une hyperactivité, une excitabilité, des hallucinations, des troubles de la coordination, une hydrophobie (spasme involontaire des muscles du cou et du diaphragme à la vue de l'eau) et une aérophobie (peur des courants d’air ou de l’air frais). Le décès survient en quelques jours par arrêt cardiorespiratoire ;
- la forme paralytique est moins spectaculaire et son évolution est généralement plus longue. Les muscles se paralysent progressivement, à partir de l’endroit de la blessure. Des troubles de la conscience évoluent en coma et le décès finit par survenir. Les cas de rage paralytique sont souvent difficiles à reconnaître.
Hormis quelques cas de survie décrits chez des enfants, l’issue est toujours fatale lorsque la maladie est déclarée.
Le diagnostic de la rage chez l’homme s’appuie sur des tests virologiques réalisés en laboratoire de référence (le Centre national de référence de la rage à l’Institut Pasteur est le seul laboratoire en France habilité à réaliser ces analyses). Le virus est mis en évidence le plus souvent par PCR à partir d’échantillons de salive ou de biopsie de peau [1].
Quels sont les animaux le plus souvent impliqués dans les cas de rage humaine ?
Les chiens sont responsables de la transmission du virus dans 99 % des cas de rage humaine [2], du fait de la grande proximité entre cette espèce et l’homme (les chats ne sont à l’origine que de rares contaminations). En Amérique du Nord ou du Sud, où la rage transmise par les chiens est pratiquement maîtrisée, les chauves-souris qui se nourrissent de sang sont maintenant la principale source de rage humaine (cf. Encadré 1). Les décès humains consécutifs à une exposition à des renards, des ratons laveurs, des mouffettes et d’autres mammifères sauvages sont très rares et l’on ne connaît pas de cas de transmission par des morsures de rongeurs [2].
| Depuis 1954, plusieurs génotypes de lyssavirus différents de celui du chien, dénommés European bat lyssavirus (EBLV) ont été isolés de chauves-souris en Europe. La plupart des EBLV sont du type 1 et sont distribués très largement en Europe, de la Russie jusqu’à l’Espagne. L’EBLV de type 2, moins fréquent, est surtout rencontré aux Pays-Bas, au Royaume-Uni, à la Suisse, à l’Allemagne et à la Finlande. En France, 45 chauves-souris (sur 1 900 espèces différentes analysées) ont été confirmées infectées entre 1989 et 2009, l’espèce Eptesicus serotinus (la sérotine commune) étant presque exclusivement impliquée (12 cas en 2025, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail [Anses]). Lorsqu’elles sont infectées, ces chauves-souris présentent souvent un comportement anormal, des difficultés pour voler, voire une activité en plein jour pouvant favoriser un contact à risque avec une personne ou un animal domestique. Toute exposition à risque avec ces animaux doit conduire à une consultation dans un centre antirabique [3]. |
Quels sont les pays concernés par la rage ?
La rage existe sur tous les continents, sauf l’Antarctique. Chaque année, elle serait à l’origine de 59 000 décès dans le monde [1]. Concrètement, les cas de contamination sont essentiellement observés dans tous les pays d’Afrique (y compris du Nord) et en Asie (beaucoup moins en Russie). En Amérique du Sud, le Venezuela et la Bolivie sont les pays où sont observés le plus grand nombre de cas (cf. Illustration et chiffres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) [4]).
En Europe de l’Ouest, la rage des chiens a disparu au début du XXe siècle et la rage des renards a été éliminée grâce à la vaccination orale à la fin du XXe siècle. Il n’y a donc plus de risque de transmission de rage par un mammifère non volant sur le territoire français actuellement (sauf Guyane et animaux importés de manière illégale). En 2023, en France, 3 016 personnes ont reçu un traitement préventif après une exposition à risque (prophylaxie postexposition [PPE]), dont 70 % de voyageurs exposés dans un pays étranger [1].
Dans ses Recommandations aux voyageurs 2026 [5], le Haut Conseil de la santé publique a intégré les liens permettant de suivre l'évolution épidémiologique de cette infection :
- portail WAHIS sur les données de santé animale [6] ;
- plateforme ESA (épidémiosurveillance santé animale) [7].
![]() |
Réémergence de la rage en Europe centrale : une conséquence du conflit en Ukraine ?
En juin 2026, l’Anses a publié un document [8] sur la réémergence de la rage en Europe centrale après plusieurs décennies de recul, en particulier en Pologne, Roumanie, Hongrie et Slovaquie. Cette recrudescence a d’abord été observée en Pologne en 2021, principalement chez des renards. Une seconde augmentation majeure a affecté la Roumanie, la Hongrie et la Slovaquie en 2022. Depuis, le virus continue de circuler, avec jusqu’à 109 cas identifiés en Roumanie en 2025.
En Pologne et en Roumanie, des travaux ont permis de détecter le groupe C de la rage en 2024. Ce variant, présent dans le sud de la Russie (mais en progression vers le nord), près du Kazakhstan et dans l’est de la Turquie, n’avait pas été détecté sur le territoire de l’Union européenne depuis une dizaine d’années. Cette souche s’ajoute au variant NEE (North-East European), présent en Europe centrale depuis les années 1990.
La plupart des cas de rage détectés dans l’Union européenne étaient situés à moins de 50 kilomètres des frontières avec l’Ukraine et la Moldavie. Il est possible d’imaginer que les moyens pour surveiller et contrôler la maladie dans ces pays ont été fortement perturbés par le conflit en Ukraine. La vaccination de la faune sauvage, et en particulier des renards roux, qui se fait par largage du vaccin dans des appâts en avion, a été interrompue et est désormais réalisée manuellement, ce qui est plus difficile à mettre en œuvre.
Qui vacciner dans le contexte d’un séjour touristique ?
En dehors des recommandations concernant les professionnels exposés (vétérinaires, personnes travaillant sur la faune sauvage, etc.), la vaccination contre la rage est recommandée pour les voyageurs devant effectuer, dans les zones à haut risque (Asie, Afrique y compris l’Afrique du Nord, Amérique du Sud) [5] :
- un séjour prolongé ou aventureux avec risque élevé de contact avec des animaux domestiques ou sauvages, camping ou exploration de grottes, par exemple ;
- un séjour en situation d’isolement géographique ne permettant pas une prise en charge médicale rapide.
Les enfants de moins de 15 ans représentent 40 % des personnes mordues par un animal pour lequel il existe une suspicion de rage [2, 5]. Ainsi, pour les zones à risque, la vaccination préventive est recommandée chez les jeunes enfants dès qu’ils marchent. En effet, ces derniers ont un risque plus élevé d’exposition par morsure ou par contact mineur passé inaperçu ou non déclaré par l’enfant (léchage sur une peau excoriée ou sur une muqueuse, griffure).
Attention, la qualité et l’exhaustivité des données concernant la circulation de la rage peuvent fluctuer d’un pays à l’autre, suivant l’état de surveillance dans les pays concernés. L’évaluation du risque est donc à faire avec précaution compte tenu d’une possible sous-déclaration, en particulier lors de forme paralytique [5].
Protocoles de vaccination contre la rage
En préexposition, la vaccination peut être pratiquée dans un centre antirabique, un centre de vaccinations internationales ou par un médecin de ville [5].
Deux vaccins inactivés sont disponibles en France :
- VACCIN RABIQUE PASTEUR (souche Wistar Rabies PM/WI 38 1503-3 M) produit sur cellules Vero ;
- RABIPUR (souche Flury LEP) produit sur des cellules purifiées d'embryon de poulet.
La vaccination préexposition simplifie le traitement postexposition et dispense du recours aux immunoglobulines antirabiques (cf. ci-dessous) qui ne sont pas toujours disponibles dans les pays en développement.
Chez les personnes immunocompétentes, le schéma de vaccination préexposition avec ces deux vaccins est de 2 doses de 0,5 mL (VACCIN RABIQUE PASTEUR) ou 1 mL (RABIPUR) en intramusculaire à J0 et J7 [5]. Alternativement, l’OMS [2] propose une option en intradermique en 2 sites (0,1 mL à J0 et J7), qui permet de faire des économies lors de vaccination à grande échelle (voie d’administration hors autorisation de mise sur le marché (AMM) en France). Aucun rappel n’est à prévoir en préexposition pour les voyageurs ayant complété cette série primaire d’injections.
Chez les personnes immunodéprimées, le schéma vaccinal préexposition est de 3 doses à J0, J7 et J21 ou 28 en intramusculaire. En cas de départ urgent, un schéma en une semaine avec 2 doses à J0 et J7 peut être administré s’il s’accompagne d’un contrôle sérologique 2 à 4 semaines après l’administration de la 1e dose afin d’évaluer si une administration supplémentaire du vaccin est nécessaire. La consultation d’un spécialiste des maladies infectieuses ou d’un immunologue est conseillée [5].
Sur place, que faire en cas de contact suspect avec un animal ?
Même vacciné, il est important de rappeler qu’il faut rester à distance des animaux sauvages partout dans le monde (chauves-souris, singes, mammifères anormalement familiers, etc.). De plus, dans les pays où la rage du chien n’est pas sous contrôle, il ne faut jamais toucher ou nourrir les animaux domestiques et rester à distance des chiens errants [1].
En France, depuis 1997, toute morsure d’une personne par un chien, un chat ou un furet doit faire l’objet des trois obligations suivantes [10] cf. Encadré 2.
Même chez les personnes qui ont été vaccinées contre la rage, toute exposition suspectée ou avérée doit faire l’objet d’une prise en charge globale et immédiate [5] :
- lavage de la plaie durant 15 minutes à l’eau et au savon ;
- désinfection de la plaie ;
- consultation médicale dans les meilleurs délais en vue d’une PPE. En France, la PPE ne peut être réalisée que par un médecin d’un centre (ou d’une antenne antirabique) agréé par le ministère de la Santé [9]. À l’étranger, il convient en cas de besoin de se renseigner auprès des ambassades et consulats de France.
|
En France, depuis 1997, toute morsure d’une personne par un chien, un chat ou un furet doit faire l’objet des trois obligations suivantes [10] :
|
La prophylaxie postexposition après un contact suspect
La première étape pour la mise en œuvre de la PPE est de déterminer le niveau de risque d'exposition au virus de la rage en fonction du type de contact avec l’animal présumé enragé ou dont la rage a été confirmée. En fonction de la gravité de l’exposition, l’administration d’une PPE est recommandée comme suit [2] cf. Tableau.
|
Catégories de contact avec un animal chez lequel la rage est suspectée |
Mesures de prophylaxie postexposition (PPE) |
|
Catégorie I – animal touché ou nourri, léchage de la peau saine (pas d’exposition) |
Lavage des surfaces exposées au savon Désinfection Pas de PPE |
|
Catégorie II – mordillage de la peau nue, griffures ou égratignures superficielles sans saignement (exposition) |
Nettoyage de la plaie au savon Désinfection Vaccination antirabique complète immédiate |
|
Catégorie III – morsures ou griffures uniques ou multiples ayant traversé le derme, contamination des muqueuses ou d’une peau érodée par la salive après léchage par un animal, exposition par contact direct avec des chauves-souris (exposition grave). |
Nettoyage de la plaie au savon Désinfection Vaccination antirabique complète immédiate Administration d’immunoglobulines ou d’anticorps monoclonaux antirabiques (sauf chez les personnes préalablement vaccinées) |
Les expositions de catégorie II et III nécessitent donc l’administration systématique d’un vaccin antirabique, même chez les personnes déjà vaccinées contre la rage. Le protocole vaccinal postexposition varie selon si la personne exposée a été préalablement vaccinée ou non [11]. On estime que chaque année, environ 17 millions de personnes reçoivent une prophylaxie antirabique postexposition dans le monde [1].
Quelles situations doivent rapidement conduire à une consultation dans un centre antirabique ?
Les situations à risque de transmission de rage et qui doivent rapidement conduire à une consultation dans un centre antirabique sont [1] :
- les morsures, griffures, contact de salive sur plaie ou muqueuse dans un autre pays (et en Guyane) où la rage circule encore chez les chiens ou la faune sauvage : voyageurs en Asie, Afrique, Amérique et Europe de l’Est essentiellement. En France hexagonale, le dernier cas de rage chez un voyageur a été diagnostiqué en 2023 chez une patiente mordue par un chat au Maroc 2 mois auparavant et qui n’avait pas bénéficié de vaccination postexposition ;
- les contacts avec les chauves-souris en France comme à l’étranger ;
- les contacts avec les mammifères importés illégalement sur le territoire français depuis moins de 6 mois ou qui ont voyagés sans être valablement vaccinés contre la rage dans un pays où la rage du chien est présente.
Au-delà de la vaccination pré-exposition, il est important pour les professionnels de santé de sensibiliser les personnes qui envisagent un séjour aventureux, rural ou de longue durée dans les pays où sévit la rage du chien :
- apprendre aux enfants et aux adultes comment les chiens se comportent et comment éviter les morsures ;
- les inciter à rester méfiant face un animal sauvage dont le comportement est étrangement familier ;
- leur rappeler ce qu’il convient de faire en cas de morsure ou de griffure par un animal potentiellement enragé.
Il est également essentiel d’insister sur l’importance de ne pas rapporter de mammifères depuis un pays où sévit la rage, sans qu’ils aient été examinés et, le cas échéant, vaccinés. La vaccination contre la rage des chiens et des chats compagnons de voyage est également essentielle.
[1] Rage (Institut Pasteur, octobre 2024)
[2] Rage (OMS, 5 juin 2024)
[3] Brugère-Picoux J. Troisième cas exceptionnel de rage lié à une morsure de chauve-souris chez un chat domestique en France, Académie nationale vétérinaire, 19 mai 2020
[4] Number of reported rabies human deaths (OMS, octobre 2025)
[5] Recommandations sanitaires aux voyageurs 2026 (Haut Conseil de la santé publique, juin 2026)
[6] Rage (Organisation mondiale de la santé animale, 2026)
[7] Bilan annuel de la rage chez les animaux terrestres en Europe en 2025 et point de situation au Maroc (Plateforme ESA, 2026)
[8] Rage : une réémergence préoccupante en Europe centrale (Anses, 10 juin 2026)
[9] Liste des centres antirabiques (Institut Pasteur, septembre 2024)
[11] Vaccination contre la rage en prophylaxie post-exposition - Recommandation vaccinale (Haute Autorité de santé, 16 octobre 2018)
14 minutes
Ajouter un commentaire




Commentaires
Cliquez ici pour revenir à l'accueil.