Les femmes utilisant un THM ont un profil socio-économique plus élevé.Unaihuiziphotography/ iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Après des années de baisse continue, le traitement hormonal de la ménopause (THM) repart à la hausse depuis 2022, selon les résultats d'une étude [1] publiée par le groupement d'intérêt scientifique EPI-Phare (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé [ANSM], Caisse nationale d'assurance maladie [Cnam]). Les pratiques ont également évolué avec une prédominance croissante de l'utilisation d'estradiol par voie transdermique et de la progestérone micronisée, comme le recommande la Haute Autorité de santé [2].
« Depuis la publication des résultats de l’étude Women’s Health Initiative (WHI) en 2002, son utilisation a fortement diminué dans les pays occidentaux en raison des risques accrus d’événements thromboemboliques veineux, cardiovasculaires et de cancer du sein mis en évidence dans ces données », rapportent les auteurs d'EPI-Phare. Ces données ont conduit à un encadrement plus strict de l'utilisation des THM avec une baisse des prescriptions, y compris en France.
En 2025, la HAS a confirmé la place du THM dans la prise en charge des troubles symptomatiques du climatère modérés à sévères et dans la prévention de l'ostéoporose chez les femmes à risque fracturaire, avec une réévaluation a minima annuelle de la prescription.
Des études complémentaires sont en cours par le groupe EPI-Phare pour évaluer les bénéfices et la sécurité du THM à court et long termes. Les résultats sont attendus à la fin de l'année 2026. Après avoir réévalué les indications du THM, la HAS travaille sur l'actualisation des recommandations sur l'accompagnement des femmes en périménopause ou en début de ménopause pour les professionnels de santé (prévention, prise en charge thérapeutique, suivi) avec une publication attendue début 2027 [3].
Près de 500 000 femmes traitées en 2025
L’objectif de l'étude EPI-Phare était de décrire l’évolution de l’utilisation et des initiations de THM en France entre 2012 et 2025, de caractériser le profil des femmes débutant un traitement en 2024 et d’analyser les modalités de prescription. Les chercheurs se sont appuyés sur les données du Système national des données de santé (SNDS) et toutes les femmes âgées de 40 à 70 ans ayant eu au moins une délivrance de THM entre 2012 et 2025 ont été incluses.
L'utilisation de THM a diminué régulièrement entre 2012 et 2022, passant de 6,6 % à 3,6 % chez les femmes âgées de 45 à 60 ans. À partir de 2022, le nombre d'utilisatrices a augmenté progressivement pour atteindre 4,4 % soit 496 245 femmes en 2025.
Quant aux initiations de traitement chez les femmes de 45 à 60 ans, elles ont été divisées par deux entre 2012 et 2020. Une reprise du nombre de nouvelles utilisatrices a ensuite été observée : les initiations sont revenues au niveau de 2012 (1,6% des femmes entre 45 et 60 ans), soit 107 949 femmes débutant un THM chaque année.
Des disparités sociodémographiques
Par rapport aux non-utilisatrices, les femmes initiant un THM présentaient un profil socio-économique plus favorisé, un recours aux soins plus important (particulièrement en gynécologie) et une plus forte participation aux dépistages des cancers. Elles avaient également moins de comorbidités, avec moins d’antécédents cardiométaboliques et de cancers. Les auteurs relèvent de plus un motif de préoccupation : le recours à la voie orale persiste chez les femmes issues de milieux socio-économiques moins favorisés, qui présentent par ailleurs davantage de comorbidités cardiométaboliques.
Les initiations étaient principalement réalisées par des gynécologues libéraux (51 %), suivis par les généralistes (25 %) avec des disparités départementales importantes de cette proportion selon le territoire. Les taux d’initiations étaient plus élevés dans le Sud, en Île-de-France et dans le Nord par rapport au Centre de la France, à l’Ouest et aux départements et régions d'outre-mer (Drom).
Une utilisation prédominante de la progestérone ou de ses dérivés
Le THM était majoritairement prescrit sous forme d’une association de 17 bêta estradiol et de progestérone micronisée ou dydrogestérone jusqu’à 75 % chez les femmes âgées de 45 à 60 ans.
L’étude montre une augmentation marquée de l’utilisation de la progestérone micronisée (+40%) et une diminution du recours aux progestatifs de synthèse (-60 %) au cours de la période d’étude.
La voie d’administration transdermique de l’estrogène était prédominante et en augmentation sur la période, atteignant 87 % en 2024.
La proportion de femmes initiant un THM à base d’estrogènes seuls a diminué sur la période étudiée, pour atteindre 19,8 % en 2024. Toutefois, les chercheurs notent que, pour 60 % des femmes utilisant des estrogènes seuls, les prescriptions pourraient nécessiter l’association d’un progestatif conformément aux recommandations en vigueur pour les femmes sans hystérectomie.
Les durées moyennes de traitement étaient inférieures à 3 ans. « Ces résultats pourraient traduire une certaine prudence des prescripteurs, dans un contexte où les données actuelles ne permettent pas de recommander une durée optimale et où les préoccupations liées aux risques du THM restent présentes, malgré l’évolution des connaissances », avancent les auteurs.
« Dans un contexte d’incertitudes persistantes, en particulier pour le risque de cancer du sein, et malgré la confirmation en 2025 par la HAS de la place du THM dans la prise en charge des troubles symptomatiques du climatère et dans la prévention de l’ostéoporose post-ménopausique », les auteurs soulignent que « des études complémentaires restent nécessaires pour évaluer ses effets à court et long termes sur la santé des femmes dans le contexte français ».
[1] Traitement hormonal de la ménopause : Utilisation en France entre 2012 et 2025 (EPI-Phare, 25 juin 2026)
[2] Réévaluation des spécialités indiquées dans le traitement hormonal de la ménopause (HAS, 14 octobre 2025)
[3] Prise en charge de la femme en période de péri-ménopause/ménopause en soins de premier recours (HAS, novembre 2025)
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