Addictions comportementales et écrans : quel rôle pour le pharmacien ?

Omniprésents dans le quotidien, les usages numériques soulèvent des interrogations quant à leurs effets sur la santé. Interlocuteur de proximité, le pharmacien peut contribuer au repérage des situations à risque et intervenir à tous les niveaux de la prévention.

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Le pharmacien, un interlocuteur clé pour repérer les usages numériques problématiques.

Le pharmacien, un interlocuteur clé pour repérer les usages numériques problématiques.AaronAmat / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Les professionnels de santé sont fréquemment confrontés à des interrogations sur les addictions comportementales alors même que leur définition reste encore débattue. Si le trouble du jeu vidéo est aujourd'hui reconnu dans la classification internationale des maladies (CIM-11), de nombreuses autres pratiques (numériques, comme l'usage des smartphones, des réseaux sociaux, ou encore les achats compulsifs, la sexualité, l'activité physique, etc.) font encore l'objet de discussions. L'absence de consensus sur les critères diagnostiques, la frontière parfois floue entre usage intensif, passion et addiction caractérisée, ainsi que l'évolution rapide des pratiques numériques, rendent leur repérage et les conseils particulièrement complexes pour les professionnels de santé.

S’intéresser à la relation plutôt qu'à la durée

L’utilisation du numérique et des écrans occupe une place centrale dans notre quotidien : smartphone, réseaux sociaux, plateformes de streaming ou jeux vidéo sont devenus omniprésents. Les experts s'accordent désormais sur le fait qu'il n'existe pas d'addiction à l'écran en tant qu'objet. Ce sont certaines activités réalisées via les écrans qui peuvent devenir problématiques.

Le terme « addiction aux écrans » entretient ainsi une confusion et tend à masquer la diversité des comportements concernés. Pour le pharmacien, cette distinction est essentielle. Le repérage ne doit pas porter uniquement sur le temps passé devant un écran, mais sur la relation entretenue avec l'activité numérique et sur son retentissement dans la vie quotidienne.

Les conséquences observées peuvent être multiples : troubles du sommeil, diminution de l'activité physique, difficultés scolaires ou professionnelles, isolement social, anxiété, symptômes dépressifs et altération des relations familiales. Cependant conclure à une toxicité universelle et uniforme constituerait une erreur clinique majeure. L’écran n’agit pas comme un agent pathogène isolé, mais comme un révélateur et amplificateur de vulnérabilité préexistante [1-4].

Réseaux sociaux : un enjeu particulier chez les jeunes

Les réseaux sociaux mobilisent des mécanismes psychologiques puissants fondés sur la recherche de gratification immédiate, la comparaison sociale et la peur de manquer une information ou un événementfear of missing out » ou Fomo). Chez certains jeunes, cette sollicitation permanente peut favoriser une utilisation excessive, associée à une altération du sommeil, une diminution de l'activité physique, des difficultés de concentration, une baisse de l'estime de soi ou encore des symptômes anxieux et dépressifs [5].

Dans ce contexte, le rôle du pharmacien est avant tout d'accompagner les jeunes et leurs familles vers un usage raisonné du numérique. Lors d’échanges avec les parents, quelques questions simples peuvent être intégrées aux échanges : « Les écrans perturbent-ils son sommeil, ses études, son travail ou ses relations ? », « A-t-il renoncé à certaines activités au profit de ses usages numériques ? ».

Lorsque des difficultés sont identifiées, le pharmacien peut délivrer des conseils de réduction des risques, encourager des activités alternatives et orienter si besoin vers le médecin traitant, un psychologue ou une consultation spécialisée en addictologie. Cette démarche de repérage précoce et d'intervention brève s'inscrit pleinement dans les missions actuelles des soins premiers et dans une logique de prévention fondée sur l'accompagnement plutôt que sur la stigmatisation.

La prévention de demain ne devra donc plus se contenter de limiter la durée de l’exposition, mais devra s’attacher à restaurer les facteurs de protection fondamentaux : la sanctuarisation du sommeil, la richesse des interactions humaines et le renforcement des compétences psychosociales [6].

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