Le remboursement est conditionné à une primoprescription par certains spécialistes autorisés.Dimple Bhati / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
De nouveaux arrêtés publiés le 12 juin 2026 au Journal officiel viennent préciser le statut des médecins qui sont autorisés à partir du 15 juin 2026 à la prescription initiale de Wegovy (sémaglutide, Novo Nordisk) et Mounjaro (tirzépatide, Lilly) avec un remboursement dans une partie de leur indication comme traitement médicamenteux de l'obésité.
Le remboursement de Wegovy et Mounjaro dans l'obésité est effectif pour les patients atteints d'obésité avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur ou égal à 40 kg/m² sans comorbidité, ou avec un IMC supérieur ou égal à 35 kg/m² avec au moins une comorbidité liée au poids. Ces patients correspondent à ceux déjà éligibles à la chirurgie bariatrique.
La prescription initiale de ces médicaments est réservée aux professionnels de santé impliqués dans la prise en charge de l'obésité de niveaux de recours 2 et 3. Abrogeant les arrêtés parus le 28 mai 2026, les nouveaux textes viennent notamment préciser le statut de ces médecins autorisés à la prescription initiale dans un cadre remboursé.
Cela inclut les médecins spécialistes en endocrinologie-diabétologie-nutrition (EDN, ex-EDMM), les médecins compétents en nutrition (titulaires d'un diplôme d'études spécialisées complémentaires -DESC-, d'une formation spécialisée transversale -FST- appliquée ou d'une validation des acquis de l'expérience -VAE- en nutrition) et les chirurgiens bariatriques titulaires. Ces trois catégories doivent exercer soit dans un centre spécialisé de l'obésité (CSO), soit dans une structure de soins médicaux et de réadaptation (SMR) spécialisée en « gastro-entérologie, endocrinologie, diabétologie, nutrition », soit dans un centre hospitalo-universitaire (CHU).
Sont aussi autorisés à la prescription les médecins coordinateurs du parcours coordonné renforcé (PCR) « Obésité complexe » et les médecins endocrinologues exerçant « en lien avec un CSO ». Dans ce cas, ce lien devra être formalisé par « l'existence d'une charte » ou par « une activité médicale en cours (au moins partielle) en CSO ».
Des précisions qui étaient attendues par les médecins
Pour la Pr Judith Aron-Wisnewsky, qui copilote la feuille de route obésité avec la direction générale de l'offre de soins (DGOS), ces précisions étaient nécessaires car les premiers arrêtés publiés excluaient notamment les médecins compétents en nutrition de la prescription et parce que la spécialité des médecins exerçant en CHU n'était pas spécifiée.
Dans une lettre ouverte publiée en début de semaine sur LinkedIn, la Fédération nationale des associations d'endocrinologie, diabétologie, nutrition (Fénarédiam) appelait justement à ces révisions afin « d'assurer un accès plus équitable aux soins, de préserver la qualité des parcours, de maintenir une prescription raisonnée fondée sur l'expertise des professionnels concernés et de répondre aux enjeux de santé publique que représente aujourd'hui l'obésité ».
La Pr Aron-Wisnewsky confirme par ailleurs que ces conditions de prescription concernent uniquement la prescription initiale et que les médecins généralistes et tous les autres spécialistes pourront être impliqués dans le suivi des patients et les prescriptions. Ceux-ci sont par ailleurs toujours autorisés à la prescription initiale hors remboursement.
Cette différence de traitement est critiquée par le syndicat de médecins généralistes MG France, qui écrivait début juin dans un communiqué que cela allait rendre « de fait ces traitements quasi inaccessibles pour les patients ». Le syndicat dénonce une décision « d'autant plus incompréhensible que les médecins généralistes peuvent d'ores et déjà les prescrire et qu'ils le font à bon escient ».
Un risque d'embolie du système
Pour le Dr Antoine Épin, médecin généraliste spécialiste de l'obésité à Nancy, interrogé le 9 juin 2026 par APMnews, cette limitation de prescription « va emboliser les capacités des spécialistes alors que ça aurait pu être pris en charge par des généralistes ». Il alerte sur la réduction significative de l'accès aux spécialistes de niveau 2 en ville que cela va entraîner.
Bien que soutenant cette décision de réserver le traitement à des spécialistes formés, la Pr Aron-Wisnewsky se dit également « très inquiète » face à « l'énorme vague » de nouveaux patients que les CSO vont devoir prendre en charge.
Interrogée le 12 juin 2026 par APMnews, elle rappelle l'existence de recommandations françaises sur la prescription de ces traitements, dont elle a coencadré l'écriture et qui seront plus que jamais nécessaires pour accompagner les prescripteurs.
Au CSO Île-de-France Est, basé à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière (Paris, AP-HP) où elle travaille, elle fait état de plus de 250 demandes de nouveaux patients en une semaine alors que le centre en reçoit environ 1.200 par an. Il s'agit notamment de patients « qui ne venaient pas avant car ils ne se sentaient pas concernés par la chirurgie ».
Au CSO de Lille, le Pr François Pattou rapporte également « un afflux important » avec « plusieurs centaines de nouveaux patients » en demande, soit « autant en une semaine qu'en un an ». Interrogé le 12 juin 2026 par APMnews, il assure que l'arrivée des médicaments ne va rien changer sur le plan qualitatif car les parcours de prise en charge sont déjà bien structurés, mais qu'il va falloir mobiliser davantage de ressources médicales et paramédicales pour pouvoir les mettre en œuvre. « Toutes nos forces vives vont être impliquées pour être capables de réagir dès la première demande et d'éviter un effet tunnel où les patients devraient attendre huit mois avant d'avoir une consultation », espère-t-il.
Au CSO de Marseille, environ 300 messages de nouveaux patients en demande de prise en charge ont été reçus en moins d'une semaine, alors que le centre suit environ 2.000 patients par an, évalue la Pr Anne Dutour, jointe le 12 juin 2026 par APMnews. Une priorité va être donnée aux patients déjà suivis par le CSO « qu'on connaît bien », notamment ceux qui avaient pu être traités par Wegovy lors de son accès précoce et qui avaient pour beaucoup dû arrêter lorsqu'il a pris fin, ainsi qu'aux patients les plus précaires. Pour les nouveaux, « nous allons trier en fonction des comorbidités pour voir en priorité les patients les plus graves ».
S'y ajoutent également les patients qui se sont vus prescrire le traitement par leur médecin généraliste et qui avaient pu se le payer jusqu'à présent, et qui souhaitent désormais avoir un accès remboursé. Pour ceux-là qui ne seront pas priorisés, il va falloir s'assurer de leur éligibilité et qu'ils aient bien compris le parcours de soins nécessaire.
Globalement, « ça va être un été difficile », prévoit la spécialiste marseillaise. « Nous avons demandé des moyens supplémentaires pour avoir plus de diététiciennes, du temps infirmier et du temps médical ».
Du côté des patients, la présidente du Collectif national des associations d'obèses (CNAO), Anne-Sophie Joly, interrogée le 10 juin par APMnews, dit « comprendre l'idée de faire attention à qui va prescrire ». « La demande va être importante et il va falloir prendre son mal en patience. »
« Une vraie avancée pour les patients »
Professionnels de santé et patients sont unanimes : l'arrivée du remboursement de ces médicaments, même dans une partie de leur autorisation de mise sur le marché, est « une grande avancée ».
Pour Anne-Sophie Joly, il s'agit d'une « excellente nouvelle » et « un espoir colossal » pour les 1 à 2 millions de patients concernés.
Même commentaire de la part de l'association Stéréo, rassemblant professionnels et patients: elle écrit dans un communiqué que cette décision de remboursement « participe à reconnaître l'obésité comme une maladie chronique à part entière, nécessitant une prise en charge médicale adaptée, et non plus comme une simple question de “volonté individuelle” ».
Avoir accès à ces traitements représente aussi pour certains patients « une motivation » à entrer dans un parcours de prise en charge diététique et psychologique, ajoute de son côté le Dr Épin.
L'association StéréO déplore néanmoins que les critères de remboursement ne reflètent « qu'une partie de la réalité de l'obésité ». « Cette maladie chronique ne se résume pas à un chiffre sur une balance ou à un IMC. Elle peut également avoir des conséquences psychologiques, sociales et comportementales majeures, qui ne sont pas prises en compte dans les critères actuels. »
Pour le Dr Épin, cette décision prise en superposition des indications de la chirurgie bariatrique vient « mettre en compétition deux options sans ouvrir de nouveaux champs aux patients qui n'en avaient pas ». « Malheureusement, pour ceux qui ne rentrent pas dans le cadre, on est bloqué », commente également Anne-Sophie Joly.
Il existe cependant des craintes que les patients en état d'obésité ne remplissant pas les critères de remboursement aient l'idée de prendre volontairement du poids pour rentrer dans les cases. Cela a déjà été observé avec la chirurgie bariatrique et « c'est une bêtise, mais on ne pourra pas plus les en empêcher », déplore la Pr Aron-Wisnewky.
Article rédigé par Pierre Lalanne
D'après une dépêche publiée dans APMnews le 12 juin 2026
Paitraud D. Obésité : prise en charge de WEGOVY et MOUNJARO à partir du 15 juin 2026, sous conditions
8 minutes
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