Bonne pratique

La vitesse de sédimentation, un examen obsolète

La vitesse de sédimentation n’est plus utile, selon l'avis de la Haute Autorité de santé fin 2025. Cet examen est supprimé de la nomenclature des actes de biologie médicale et n’est plus pris en charge par l'Assurance maladie depuis mi-avril 2026.

1
2
3
4
5
(aucun avis, cliquez pour noter)
La vitesse de sédimentation est peu reproductible, peu spécifique et de cinétique lente.

La vitesse de sédimentation est peu reproductible, peu spécifique et de cinétique lente.ojos de hojalata / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Résumé

La Haute Autorité de santé (HAS) a été saisie par l’Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam) pour évaluer la pertinence de la vitesse de sédimentation (VS) dans plusieurs indications.

Dans son rapport de novembre 2025, elle recommande de ne plus la prescrire. Cet examen biologique est « dépassé » et « n’est plus utile », car il présente trois inconvénients majeurs (non reproductible, peu spécifique, cinétique lente) et le dosage de la CRP est plus performant et déjà remboursé.

En 2025, la Haute Autorité de santé (HAS) a été saisie par l’Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam) pour évaluer l’intérêt médical de la vitesse de sédimentation (VS) et préciser ses indications/non indications [1, 2, 3]. L’objectif était de réduire les dépenses inutiles et d’optimiser la pertinence des soins.

La VS, la plus ancienne analyse de biologie médicale

La VS est un test ancien (1920), de moins en moins utilisé. « La VS mesure la vitesse avec laquelle les hématies d’un échantillon de sang se déposent au fond d’un tube calibré en une heure. Cette mesure a été très largement utilisée dans l’exploration des processus inflammatoires », rappelle la HAS.

Bien que sa place dans la stratégie diagnostique ait diminué au fil des années, elle est encore « largement prescrite » (seize millions de dosages remboursés en 2023), principalement en médecine générale et en rhumatologie, dans une démarche diagnostique où sa prescription relève du réflexe et, dans trois quarts des cas, en association à la protéine C-réactive (CRP). Elle est souvent demandée dans le cadre d’un examen de routine chez des patients sans signe d’appel de pathologie inflammatoire.

Les résultats de la VS, qui est exprimée en millimètre au bout d'une heure, ont varié depuis les années 1960 avec, récemment, de nouvelles techniques les adaptant en fonction de l’âge.

Une mesure anormale de la VS peut inquiéter à tort le patient, ce qui prend du temps pour expliquer, retarde l’élaboration d’un véritable plan de soins et diminue la satisfaction du patient (et du médecin…).

Il faut cependant noter qu’actuellement la VS :

  • figure encore dans les critères diagnostiques de l’American College of Rheumatology (ACR) concernant l’artérite temporale ou maladie de Horton de 1990 (élévation maximale de la VS ≥ 50 mm/h ou de la CRP ≥ 10 mg/L) ;
  • peut être utilisée pour le suivi d’une polyarthrite rhumatoïde (Disease Activity Score 28 [DAS 28]) ;
  • permet de suspecter une hypergammaglobulinémie polyclonale s’il y a une dissociation VS-CRP ;
  • enfin, figure dans le guide du parcours de soins du lymphome de Hodgkin classique de l’adulte (HAS juillet 2013).

La VS est-elle un soin pertinent ?

La méthode utilisée par la HAS pour évaluer la pertinence de la VS a reposé sur une analyse critique de la littérature (14 revues systématiques 2000-2025, 48 recommandations professionnelles 2015-2025), identifiée par une recherche systématique et sélectionnée sur des critères explicites, le recueil de la position d’experts individuels (16 experts externes) puis celui du point de vue collectif de 14 organismes professionnels et 13 associations de patients et d’usagers concernés par le sujet [2].

Les conclusions de la HAS sont les suivantes : la VS est un test facile à réaliser, mais présente trois inconvénients majeurs. Elle est :

  • peu reproductible : les résultats varient fortement d’une technique à l’autre, et même lorsqu’une même technique est utilisée (coefficients de variation jusqu’à 30 %) ; les méthodes récentes (mesurant la vitesse d’agrégation) ont des résultats et des intervalles de référence qui peuvent différer des méthodes classiques de mesure de la VS ;
  • peu spécifique et affectée par de nombreux facteurs, sans lien avec l'inflammation (dont l'âge et le sexe) ; elle peut donc varier indépendamment de la présence d'une inflammation ou de son intensité ;
  • un marqueur de cinétique lente : elle peut être encore normale alors qu'une inflammation est déjà en cours et des valeurs élevées peuvent persister après régression du processus inflammatoire.

La CRP pour remplacer la VS

La HAS souligne qu’en plus de la clinique, il existe d'autres marqueurs biologiques et des examens d'imagerie plus performants. La CRP est à privilégier, en 1re intention, en cas d’inflammation aiguë.

Le dosage de la CRP, marqueur simple, indépendant de l’âge, du sexe, est une mesure plus reproductible et plus sensible que la VS. La mesure de la CRP répond mieux que la VS aux critères actuels de standardisation et de qualité.

De plus, la cinétique de variation de la VS ne présente aucun intérêt par rapport à celle de la CRP, car elle est moins véloce tant pour son augmentation que pour sa décroissance : elle n’augmente que 24-48 heures après le début du processus inflammatoire, met plusieurs jours à diminuer après le pic plasmatique et des semaines à se normaliser, même si les conditions cliniques du patient ou de son inflammation se sont améliorées. Un dosage du fibrinogène (cinétique lente) pourrait compléter la mesure de la CRP dans certains cas.

Ne plus prescrire quelle que soit la situation clinique

La HAS recommande donc « d'arrêter la prescription et l’utilisation de la vitesse de sédimentation (VS), quelle que soit la situation clinique ». Elle informe les prescripteurs sur la « non-pertinence de la VS », précisant qu’il s’agit d’« un examen dépassé, qui n'est plus utile », voire délétère puisqu'il peut « conduire à des décisions cliniques erronées ».

À l’issue de cette évaluation, la HAS estime que la mesure de la VS n’a pas démontré d’intérêt médical dans les indications résiduelles évaluées :

  • dans le cadre des examens de biologie médicale prescrits à l’issue d’une consultation de routine d’un patient asymptomatique en médecine générale ;
  • ni dans les autres indications résiduelles évaluées :
    • l’artérite à cellules géantes (ACG) et/ou la pseudo-polyarthrite rhizomélique (PPR),
    • le lupus systémique (LED),
    • la polyarthrite rhumatoïde (PR),
    • les arthrites juvéniles idiopathiques (AJI) / la maladie de Still,
    • le lymphome de Hodgkin,
    • le myélome multiple et autres gammapathies monoclonales dont la gammapathie monoclonale de signification indéterminée (MGUS).

La prescription de la VS n’est plus remboursée (publication au Journal officiel du 2 avril 2026 [4]).

Commentaires

Ajouter un commentaire
En cliquant sur "Ajouter un commentaire", vous confirmez être âgé(e) d'au moins 16 ans et avoir lu et accepté les règles et conditions d'utilisation de l'espace participatif "Commentaires" . Nous vous invitons à signaler tout effet indésirable susceptible d'être dû à un médicament en le déclarant en ligne.
Pour recevoir gratuitement toute l’actualité par mail Je m'abonne !