Le don de sang total est possible dans les maisons du don et lors de collectes mobiles.hxdbzxy / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Les collectes de sang pilotées par l’Établissement français du sang (EFS) permettent d’assurer un approvisionnement en globules rouges, plaquettes et plasma. Ces deux derniers composants sont également obtenus, en plus grande quantité, grâce à des procédés de recueil spécifiques (aphérèse) dans des maisons du don.
Une qualification des échantillons prélevés, en même temps que les poches de sang, est impérative avant toute utilisation. Elle est largement conditionnée par la recherche de marqueurs infectieux, grâce à des analyses sérologiques et génomiques spécifiques.
Les contre-indications au don peuvent être temporaires, ou plus rarement définitives, notamment liées à la possibilité de transmission au receveur d’un agent infectieux.
Quant aux effets indésirables, ils sont très rares et le plus souvent bénins.
Ce parcours du sang, de son recueil à sa qualification transfusionnelle ou thérapeutique, est ici détaillé grâce aux explications de Élodie Pouchol, docteur en pharmacie et directrice adjointe à la direction médicale de l’Établissement français du sang.
Pour le grand public, et même une partie des professionnels de santé, le don de sang permet surtout de pallier le manque de globules rouges et/ou de plasma en cas d’anémie sévère ou d’hémorragie, notamment d’origine traumatique ou chirurgicale.
Pour autant, on se doute bien que les choses ne sont pas si simples, qu’il s’agisse du recueil et de la préparation des échantillons prélevés ou de leur emploi. De fait, le parcours du don de sang a de nombreuses particularités.
La collecte est orchestrée par l’Établissement français du sang (EFS) qui, en France, en a le monopole pour la population civile, l’armée disposant de son propre circuit via le centre de transfusion sanguine des armées (CTSA).
Chaque poche de sang recueillie est séparée en trois produits sanguins : les globules rouges, le plasma et les plaquettes. Pour mémoire, les premiers permettent d’apporter de l’oxygène et les plaquettes jouent un rôle dans la coagulation et l’arrêt des saignements. Quant au plasma, ses utilisations sont multiples parce qu’il contient des protéines aux propriétés diverses comme l’albumine, des immunoglobulines et des facteurs de coagulation et qu’il sert aussi à la fabrication de médicaments à partir de ses composants (cf. Encadré).
Par ailleurs, si le plasma et les plaquettes peuvent être extraits du sang total collecté, ils sont fournis en plus grande quantité grâce à des dons réservés aux modalités spécifiques (don de plasma ou don de plaquettes) qui en fournissent beaucoup plus. Pour exemple, la quantité obtenue à partir d’un don de plasma est de 2 à 4 fois supérieure à celle extraite du sang total.
Le don du sang et de ses composants : où et comment ?
Le don de sang total [1] est possible dans les maisons du don et lors de collectes mobiles (les adresses des lieux sont indiquées sur le site de l’EFS [2]).
Lorsqu’il est réalisé de façon isolée, le recueil des plaquettes [3] nécessite une aphérèse, procédé de filtration qui, au moyen d’un automate, trie les composants du sang. Dans ce cas, seuls les plaquettes et le plasma sont retirés, le reste étant restitué au donneur.
Le plasma [4], qui représente environ la moitié du sang total, est aussi obtenu grâce à un autre dispositif d’aphérèse. Là encore, les autres constituants sont retournés au donneur.
En raison de leurs procédures particulières, les dons de plaquettes et de plasma ne sont réalisés que dans des maisons du don, alors que pour le sang total, d’autres lieux de collecte sont possibles. À noter que les modalités du don (volume, fréquence, etc.) varient selon qu’il s’agit de sang total, de plaquettes ou de plasma (cf. Tableau).
Une recherche poussée de marqueurs infectieux
Des échantillons du sang sont toujours prélevés en même temps que la poche de sang à transfuser afin de :
- déterminer le groupe sanguin (ABO, Rhésus, Kell) ;
- réaliser une numération sanguine et mesurer le taux d’hémoglobine : selon la réglementation, un don n’est possible que si, chez une femme, le taux d’hémoglobine est supérieur à 12 g/dL et, chez un homme, supérieur à 13 g/dL ; chez les nouveaux donneurs, un dosage d’hémoglobine au bout du doigt est préalablement effectué ;
- rechercher des marqueurs infectieux.
Cette dernière étape est cruciale. Afin que le don soit apte à être transfusé, il est en effet impératif de s’assurer de l’absence d’infection susceptible d’être transmise à un receveur, en s’appuyant à la fois sur les informations communiquées par le donneur lors de l’entretien pré-don et sur des analyses biologiques.
Une sérologie des hépatites B, C, E et de l’infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) (complétée par des analyses génomiques), ainsi que de la syphilis est effectuée à chaque don. La recherche d’une infection à HTLV (rétrovirus humain oncogène) n’a lieu que lors du premier don, sauf dans les outre-mer.
La sérologie du paludisme et de la maladie de Chagas (trypanosomiase américaine) est également testée si le donneur signale un risque.
- Pour le paludisme :
- être revenu depuis plus de 4 mois d’un pays où sévit le paludisme (si le retour date de moins de 4 mois le donneur est ajourné temporairement),
- avoir vécu dans la petite enfance dans une région impaludée, car il peut se développer une tolérance immune (la personne se réinfecte sans développer de signes cliniques) ;
- Pour la maladie de Chagas :
- être revenu depuis plus de 4 mois d’un pays où sévit la maladie de Chagas (si le retour date de moins de 4 mois le donneur est ajourné temporairement),
- être né dans une zone d’endémie ou avoir une mère native de zone d’endémie, car une transmission materno-fœtale est possible.
Les arboviroses réclament de plus en plus d’attention en période d’activité vectorielle en Hexagone :
- pour se prémunir des risques de transmission des arboviroses par les produits sanguins, les donneurs exposés au risque sont, soit dépistés, soit ajournés pendant 28 jours.
- pour la dengue et le chikungunya, si un cas humain est détecté dans une zone d’une commune, les donneurs de retour de cette zone sont ajournés 28 jours et les collectes dans cette zone sont repoussées, sauf s’il s’avère nécessaire de continuer à prélever à cet endroit. Dans ce cas, un dépistage localisé est déployé pendant la durée de circulation du virus pour les donneurs résidant dans cette zone.
- concernant les infections à virus du Nil occidental ou virus West Nile, si un cas humain est détecté dans une commune, cela implique une alerte sur tout le département. Les donneurs de retour de ce département sont donc soit ajournés 28 jours, soit dépistés. De plus, un dépistage localisé est déployé jusqu’à la fin de l’alerte pour les donneurs résidant dans ce département.
Une fois la qualification biologique du don assurée, les différents composants, globules rouges, plaquettes et plasma peuvent être utilisés pour une transfusion ou la fabrication de médicaments dérivés du sang.
En cas de détection d’une infection chez un donneur, celui-ci est invité à prendre rendez-vous pour s’entretenir avec un médecin de l’EFS et faire un prélèvement de contrôle. Si le donneur préfère une prise en charge par son médecin traitant, ce dernier est averti par l’EFS.
Il est également recommandé aux donneurs de contacter l’EFS en cas d’infection et/ou de température de plus de 38 °C dans les 15 jours suivant le don.
Des contre-indications transitoires ou définitives
Risques pour le receveur
Les infections
S’il existe des limitations en rapport avec l’âge et le poids, une grande partie des contre-indications est liée au risque infectieux.
Ainsi, toutes les infections actives transmissibles par voie hématogène constituent une contre-indication permanente. C’est le cas de certaines viroses (hépatites B, C, infection par le VIH) et de la maladie de Chagas. Le don est autorisé 3 ans après la dernière crise de paludisme et 1 an après la guérison d’une syphilis.
Comme le précise l’arrêté de sélection des donneurs de sang [5] fixant les critères de contre-indication au don, d’autres candidats sont exclus, comme ceux ayant pu contracter une infection à prions, les toxicomanes usant de drogues injectables ou les patients ayant déjà été transfusés.
En plus de la notion d’un voyage récent dans un pays à risque (une page correspondante est disponible sur le site de l’EFS [6]) mentionnée précédemment, d’autres situations peuvent également contre-indiquer le don de façon temporaire et réclamer un ajournement :
- infection ou température supérieure à 38 °C au cours des deux précédentes semaines ;
- tatouage ou piercing (y compris perçage des oreilles) moins de 2 mois auparavant ;
- relations sexuelles avec des partenaires différents au cours de 4 derniers mois ;
- soins ou opérations dentaires (délai variable selon le type d’intervention : 24 heures pour une carie ou un détartrage, 7 jours pour une extraction dentaire ou le traitement d’une racine) ;
- intervention chirurgicale ;
- endoscopie au cours des deux mois précédents, etc.
Le risque de transmission d’un agent infectieux est également évalué, par exemple, en cas de contact avec une personne infectée, de corticothérapie, d’antibiothérapie, etc. Certains vaccins (vivants atténués) nécessitent un ajournement de 4 semaines après la vaccination.
Les agents tératogènes
La prise de certains médicaments n’entrant pas dans le cadre des risques infectieux peut également nécessiter un ajournement du don. Ainsi en est-il des agents tératogènes. À cet égard, l’arrêté de sélection des donneurs de sang comporte une liste, régulièrement mise à jour, des médicaments concernés (annexe VII [7]).
D’autres molécules peuvent altérer la capacité de détection de certaines infections. Il s’agit notamment de la prophylaxie préexposition (PrEP) et postexposition (PPE) au VIH qui nécessite un délai d’ajournement de 4 mois après l’arrêt de la prise orale.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens et l’aspirine pouvant inhiber la fonction des plaquettes, ils contre-indiquent la préparation de concentrés plaquettaires.
Risques pour le donneur
Certains ajournements peuvent être motivés, non pas par le risque que peut présenter le sang prélevé pour le receveur, mais par les conséquences possibles chez le donneur. C’est le cas des carences en fer et de l’aggravation d’une anémie. Lors du don, un dosage de la ferritine est effectué chez les personnes identifiées comme les plus susceptibles d’être carencées (en fonction de l’âge, de la valeur de la teneur moyenne en hémoglobine corpusculaire (TCMH) au don précédent, du délai entre les dons…).
La santé du donneur peut aussi être impactée en raison de certaines pathologies, comme un cancer, des affections neurologiques ou cardio-vasculaires, un antécédent de réaction anaphylactique ou d’une grossesse, etc.
De très rares effets secondaires
La majorité des effets secondaires sont des malaises vaso-vagaux et des hématomes. Ils sont cependant peu fréquents : il a été signalé 130 effets indésirables sévères en 2025, dont 34 malaises.
Rarement, une réaction au citrate (signes d’hypocalcémie) peut survenir lors de dons par aphérèse (don de plaquettes et don de plasma) et nécessiter la prise de calcium.
Dans tous les cas, l’EFS réalise un traçage, les réactions les plus sévères étant parallèlement signalées à l’Agence nationale de la sécurité des médicaments et des produits de santé (ANSM) qui est responsable de l’hémovigilance [8]) et publie à cet égard un rapport annuel [9].
|
À côté de son intérêt transfusionnel, le plasma permet aussi la fabrication de médicaments dérivés du sang à partir de ses composants : albumine, immunoglobulines et facteurs de la coagulation. Cette étape est assurée par le Laboratoire français du fractionnement et des biotechnologies (LFB). Or, le vieillissement de la population et les besoins croissants en immunoglobulines font que la quantité de plasma fournie au LFB par l’Établissement français du sang (EFS) ne suffit plus. Comme il est souligné dans le rapport d’activité 2025, « le plasma collecté en France ne permet de couvrir que de 30 % à 35 % de ces demandes, le reste étant importé, majoritairement des États-Unis. Pour réduire notre dépendance aux importations et fournir aux patients les traitements dont ils ont besoin, l’État a donc confié à l’EFS une mission ambitieuse : collecter chaque année 1,4 million de litres de plasma pour fractionnement à partir de 2028 ». Pour atteindre l’objectif de l’Ambition plasma, l’EFS œuvre sur plusieurs terrains, notamment en élargissant l’offre de collecte, par exemple en ouvrant de nouvelles maisons du don, et en recrutant de nouveaux donneurs. Cette dernière démarche apparaît cruciale puisque, d’après une enquête récente, seulement 50 % de personnes interrogées dans le grand public connaissent la possibilité du don de plasma. En 2025, ces actions ont déjà porté leurs fruits : 188 943 donneurs de plasma, parmi lesquels 66 203 nouvellement recrutés, ont permis que 922 605 litres de plasma soient livrés au LFB, soit + 6,4 % par rapport à 2023. En 2026, l’EFS poursuit ses efforts pour permettre d’assurer la disponibilité de médicaments dérivés du sang de façon stable et durable. Source: Établissement français du sang. Rapport d’activité 2025 |
Tableau - Don de sang, de plaquettes et de plasma
Don de sang
Don de plaquettes
Don de plasma
Lieu
Possible dans les maisons du don et les unités mobiles
Uniquement possible dans les maisons du don
Uniquement possible dans les maisons du don
Durée
10 minutes (1 heure sur place)
1 h 30 (2 heures sur place)
Environ 45 min (1 h 30) sur place
Éligibilité
Quiz disponible en ligne sur le site de l’EFS et sur l’application, et confirmation au cours de l’entretien préalable au don
Quiz disponible en ligne sur le site de l’EFS et sur l’application, et confirmation au cours de l’entretien préalable au don.
Les critères peuvent être différents de ceux du recueil de sang total
Volume prélevé
De 420 à 480 mL
De 450 à 650 mL
Pas plus de 750 mL
Durée de conservation
42 jours
7 jours
3 ans
Fréquence des dons
Maximum 4 fois par an pour une femme,
6 fois par an pour un homme avec un délai de 8 semaines entre les dons
Maximum 12 fois par an avec un délai de 4 semaines entre les dons
Maximum 24 fois par an en respectant un délai de 2 semaines entre les dons
D’après un entretien avec Élodie Pouchol, docteur en pharmacie et directrice adjointe à la direction médicale de l’Établissement français du sang.
[1] EFS. Don de sang
[2] EFS. Localiser un lieu de don
[5] Arrêté du 17 décembre 2019 fixant les critères de sélection des donneurs de sang (Legifrance.gouv.fr, version en vigueur depuis le 1er septembre 2025)
[6] EFS. Les contre-indications liées aux voyages
[7] Annexes- Arrêté du 17 décembre 2019 fixant les critères de sélection des donneurs de sang (Legifrance.gouv.fr, version en vigueur au 20 mai 2026)
[8] Hémovigilance. Professionnels de santé (Ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, mise à jour le 9 août 2024)
[9] 22e rapport national d’hémovigilance (ANSM, octobre 2025)
11 minutes
Ajouter un commentaire




Commentaires
Cliquez ici pour revenir à l'accueil.