Les hantavirus se transmettent à l'homme par l'intermédiaire de rongeurs sauvages infectés. Nigel Harris / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Un foyer de hantavirus de la souche Andes identifié à bord d’un navire de croisière est à l'origine de trois décès à ce jour : un couple de septuagénaires néerlandais et une passagère allemande.
Parmi les huit cas recensés, cinq sont confirmés, selon Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Toutefois, en raison d’une période d’incubation pouvant atteindre six semaines, d’autres cas pourraient encore être signalés dans les jours à venir.
Par ailleurs, sur les 62 cas contacts identifiés, 42 ont été retrouvés et sont placés sous surveillance.
À ce stade, les autorités estiment que «
EDIT du 18 mai 2026/ Un DGS urgent du 11 mai 2026 fait le point sur ce cluster de cas d'hantavirus et recommande « qu'en cas de consultation d'une personne indiquant avoir eu un contact rapproché avec un cas confirmé ou probable et présentant dans les six semaines suivant l’exposition : une fièvre, un syndrome pseudo-grippal, des symptômes digestifs ou respiratoires, il est recommandé de contacter sans délai le SAMU-Centre 15 et l’ARS de la région ». Dans l’attente d’une prise en charge adaptée, la personne doit s’isoler immédiatement et porter un masque FFP2 (la constitution de stock de masque FFP2 dans les cabinets est à envisager)/FIN EDIT.
Zoom sur ces virus sous les feux de l’actualité
De la famille des Hantaviridae, les hantavirus sont présents sur tous les continents. Selon le Centre national de référence (CNR) des Hantavirus, « 53 espèces sont officiellement rapportées et le nombre de taxons décrits (140 actuellement) a augmenté récemment de manière importante ».
Chaque taxon viral est généralement associé à une seule espèce hôte naturel : rongeurs (rats, campagnols, mulots), insectivores (taupes, musaraignes), chauves-souris, mais aussi moins souvent des poissons et un reptile. De nombreux hantavirus n’ont jamais été associés à des cas humains.
Quels sont les hantavirus zoonotiques qui circulent en Europe ?
Selon les données du CNR, six hantavirus zoonotiques
- Puumala ;
- Seoul ;
- Tula ;
- Kurkino ;
- Saaremaa ;
- Dobrava.
Ce dernier, à l’origine d’atteintes humaines graves (taux de létalité jusqu’à 10 %), circule dans la région des Balkans et en Europe centrale.
Et plus particulièrement en France ?
En France métropolitaine, cinq hantavirus, dont trois zoonotiques, ont été détectés :
- le virus Puumala, dont le réservoir est le campagnol roussâtre, est le principal responsable la fièvre hémorragique avec syndrome rénal (néphropathie épidémique). Les cas ont été décrits dans le quart nord-est du territoire (avec de possibles épidémies localisées). Le taux de létalité est faible de l’ordre de 0,4 %.
- le virus Seoul est ubiquiste, son principal réservoir, le rat brun étant largement distribué. Les cas humains d’infection par le virus Seoul sont sporadiques (11
cas depuis 2012 en France hexagonale), sans localisation géographique particulière de ces infections. - le virus Tula, trouvé chez son réservoir le campagnol commun dans le massif du Jura, le Bas-Rhin et l’Aveyron, a été détecté chez 2 patients, en 2015 et 2 en
2023, qui ont bien récupéré.
Qu’en est-il de l’hantavirus Andes identifié chez 5 passagers ?
Le virus Andes retrouvé en Argentine a un potentiel pathogène élevé. Il est associé au rat pygmée de rizière à longue queue (Oligoryzomys longicaudatus) qui vit à la campagne. C’est le seul hantavirus pour lequel une transmission interhumaine a été décrite.
Selon le Centre national de référence (CNR) des Hantavirus : « la période de transmission virale la plus à risque de ce virus est la phase prodromique de la maladie, alors que le malade n’est souvent pas encore hospitalisé. Ce sont donc les proches qui sont les plus exposés, surtout lors de contacts très étroits (contact sexuel en particulier) ou de moment de vie dans des espaces confinés (chambre, véhicule) ».
Dans la zone des Amériques, d'autres espèces d'hantavirus circulent, responsables du syndrome cardio-pulmonaire, avec souvent un fort taux de létalité. En Guyane, 11 cas humains d’infection par le virus Maripa, dont 6 mortels, ont été très récemment identifiés.
Quelle est la fréquence des infections à hantavirus ?
Il s’agit d’une maladie relativement rare en France, où une centaine de cas hospitalisés sont détectés en moyenne chaque année ou aux États-Unis (890 cas, avec une létalité de 35 %,
Elle est en revanche plus fréquente dans d’autres pays, notamment en Allemagne et dans les pays scandinaves où plusieurs centaines à milliers de cas sont décrits annuellement.
Quels sont les symptômes chez l’homme ?
Lorsqu’ils sont zoonotiques, ces virus sont à l’origine de 2 types de syndromes (qui peuvent être provoqués par une même espèce virale chez l’homme) :
- fièvre hémorragique avec syndrome rénal, observée principalement en Europe et Asie ;
- syndrome cardio-pulmonaire essentiellement dans les Amériques.
Les signes cliniques sont provoqués par la perméabilité vasculaire induite par l’hantavirus, qui conduit à une fuite plasmatique.
La période d’incubation est en moyenne de 2 semaines, mais peut varier de 1 à 6 semaines.
La fièvre hémorragique avec syndrome rénal se décompose généralement en 5 phases (fébrile, hypotensive, oligurique, polyurique et convalescence), dont la durée et la sévérité (0,4 à 10 % de létalité) dépendent en partie de l’espèce virale en cause.
Le syndrome cardio-pulmonaire est un syndrome sévère d’apparition rapide qui, après une phase prodromique (fièvre et myalgies), associe défaillance respiratoire et cardiaque ; la létalité est élevée, de 30 à 60 %.
Comment faire le diagnostic ?
Le diagnostic se fonde sur la sérologie : mise en évidence dans le plasma ou le sérum d’IgM et d’IgG anti-hantavirus par ELISA et immunofluorescence indirecte (IF). L’ARN des hantavirus peut être également détecté dans des prélèvements précoces de sérum ou plasma, par technique moléculaire (Polymerase chain reaction, PCR) effectuée au Centre national de référence (CNR) des Hantavirus et par le laboratoire associé au CNR en Guyane.
Comme le précise le CNR, ce dernier n’effectue plus de diagnostic de laboratoire d'une hantavirose en première intention.
Pour toute demande d’un diagnostic d’une hantavirose en première intention, il faut se rapprocher selon le lieu d’exposition des patients des laboratoires suivants :
- recherche d'IgM et d'IgG anti-hantavirus d'Eurasie par ELISA : laboratoire Cerba et CHU de Lille ;
- recherche d'IgM et d'IgG anti-hantavirus d'Eurasie et d'Amérique par IF : laboratoire Eurofins-Biomnis ;
- recherche d'IgM anti-virus Puumala par test rapide : CHRU Besançon, CH Charleville-Mézières, CHU Nancy, CHU Reims, CHRU Strasbourg.
Quelles sont les mesures de prévention universelles ?
Comme le précise Santé publique France, « la contamination humaine se fait généralement par inhalation de poussières et d’aérosols contaminés par les excrétas des animaux infectés (urines, déjections salive), aux cours d'activités en forêt ou dans des locaux proches de la forêt et longtemps inhabités, ainsi que lors d’activités dans des zones rurales où les champs et les fermes offrent un habitat favorable pour les rongeurs réservoirs ». Une transmission vectorielle n'est pas confirmée actuellement.
Les mesures de prévention visent donc à éviter les expositions aux rongeurs et à leurs déjections :
- mettre un pansement étanche sur les plaies en cas de manipulation de bois ou de travail de la terre en bordure de forêt ;
- porter des gants étanches pour manipuler des rongeurs morts ou vivants ou leurs nids ;
- mettre un masque FFP2 (ou a minima se mettre dos au vent) pour manipuler du bois ou de la terre ;
- éviter de rentrer dans des locaux fermés en forêt ou en bordure de forêt ;
- aérer et asperger d'eau (porter un masque FFP2 pendant l’opération) avant de nettoyer des locaux ayant été longtemps fermés, susceptibles d’avoir abrité des rongeurs ;
- ne pas fumer lors des activités ci-dessus (augmentation du risque d’infection) ;
- dératiser les habitations (pièges ou nourriture empoisonnée) ;
- placer la nourriture dans des endroits inaccessibles aux rongeurs ;
- empêcher l’accès des rongeurs dans les habitations en bouchant les ouvertures ;
- éliminer les abris utilisables par les rongeurs.
Concernant la souche Andes, le nombre de reproductions, c’est-à-dire le nombre de personnes contaminées à partir d’une personne malade, chute drastiquement une fois que des mesures de protection relativement banales sont mises en place, comme le port de masque et l’isolement, qui sont des protocoles classiques à l’hôpital lors des épidémies hivernales, comme la grippe.
Quels sont les traitements ?
Le traitement de ces maladies est symptomatique. À ce jour, aucun traitement spécifique n’est disponible.
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