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Alzheimer : la Cochrane conclut à l'absence de bénéfice clinique des anticorps anti-amyloïdes (méta-analyse)

Cette méta-analyse de 17 études, réalisée sur plus de 20 000 participants, a comparé sept anticorps monoclonaux à un placebo chez des patients de 70–74 ans en moyenne, avec troubles cognitifs depuis 17 à 52 mois. Focus sur les résultats à 18 mois de suivi.

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La pertinence de l'hypothèse amyloïde en question.

La pertinence de l'hypothèse amyloïde en question.Feodora Chiosea / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Si les anticorps monoclonaux ciblant les peptides amyloïdes permettent bien d'éliminer les dépôts présents dans le cerveau de patients atteints de déclin cognitif léger ou de démence liée à la maladie d'Alzheimer, cette stratégie thérapeutique ne conduit à aucun bénéfice cliniquement pertinent, conclut la Cochrane à l'issue d'une méta-analyse de 17 études, qu'elle publie le 16 avril 2026 dans la Cochrane Library.

Dans un contexte où le bénéfice clinique net de ces thérapies fait l'objet de débats dans la communauté scientifique et où les positions des autorités réglementaires divergent, les résultats de cette revue sont importants pour éclairer la prise de décision clinique, font valoir Francesco Nonino, neurologue et épidémiologiste à l'IRCCS Istituto delle Scienze Neurologiche de Bologne (Italie) et ses collègues.

En France, la Haute Autorité de santé (HAS) a refusé d'accorder un accès précoce aux deux anticorps homologués en Europe, le lécanémab (Leqembi*, Eisai et Biogen) en septembre 2025 -confirmé par la suite avec l'octroi d'un service médical rendu (SMR) insuffisant- et le donanémab (Kisunla*, Lilly) fin mars 2026.

Les chercheurs ont procédé à la méta-analyse des essais cliniques randomisés et contrôlés publiés jusqu'à août 2025, comprenant un suivi d'au moins 12 mois et comparant un anticorps monoclonal à un placebo ou à une absence de traitement chez des patients atteints de déclin cognitif léger (mild cognitive impairment ou MCI) ou de démence légère liée à une maladie d'Alzheimer.

Ils ont inclus 17 études, toutes financées par l'industrie pharmaceutique, évaluant sept anticorps monoclonaux différents versus placebo: aducanumab (trois études), bapineuzumab (quatre), crénézumab (deux), donanémab (une), ganténérumab (quatre), lécanémab (une) et solanézumab (deux).

Ceci représentait un total de 20.342 participants dont l'âge moyen était compris entre 70 et 74 ans selon les études et qui présentaient des troubles cognitifs depuis 17 à 52 mois en moyenne.

Les chercheurs se sont concentrés sur les résultats à 18 mois de suivi.

Dans l'ensemble, les résultats montrent que l'impact des anticorps monoclonaux sur les fonctions cognitives (score ADAS-Cog) ainsi que sur la sévérité de la démence (CDR-SB) est "absent ou trivial": l'ampleur des effets se situe 'bien en dessous des seuils permettant de dire que la différence observée est cliniquement importante', résument les chercheurs dans un communiqué de la Cochrane.

L'effet des anticorps monoclonaux sur les capacités fonctionnelles était "au mieux léger", avec une petite amélioration sur les échelles ADSC-iADL et ADSC-ADL-MCI, mais pas sur l'échelle ADSC-ADL.

Une piste thérapeutique à oublier ?

"Les données montrent malheureusement que ces traitements ne changent pas vraiment grand-chose pour les patients", commente Francesco Nonino, cité dans le communiqué, rappelant qu'il est commun de constater que des résultats qui ont pu être statistiquement significatifs dans les premiers essais (comme c'est le cas ici) ne se traduisent pas forcément par une pertinence clinique.

Outre l'absence de bénéfice clinique significatif, le travail des chercheurs a mis en évidence une petite hausse du risque d'œdèmes cérébraux en lien avec des anomalies associées aux plaques amyloïdes à l'imagerie (ARIA-E), qui étaient observés la plupart du temps en l'absence de symptômes. En revanche, il n'y avait pas de différence par rapport au placebo en matière d'effets indésirables graves ou de mortalité.

"Le fait de réussir à éliminer les dépôts amyloïdes du cerveau ne semble pas être associé à des effets cliniquement pertinents chez les personnes atteintes de déclin cognitif léger ou de démence légère liée à une maladie d'Alzheimer", concluent les chercheurs.

Sur la base des données à ce jour disponibles, ils estiment peu probable que les prochaines études cliniques visant à éliminer les peptides amyloïdes apportent un bénéfice clair aux patients atteints de maladie d'Alzheimer. Ils recommandent donc de concentrer les efforts de recherche sur d'autres mécanismes d'action.

D'après une dépêche publiée dans APMnews le 16 avril 2026.

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