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Un tribunal administratif a reconnu l’existence d’un lien entre travail de nuit et cancer du sein

Plusieurs travaux ont été menés sur l’influence des horaires nocturnes sur la santé. Un tribunal administratif s’est appuyé sur ces recherches et le dossier médical d’une patiente pour reconnaître un lien entre son travail de nuit et le développement d’un cancer du sein.

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Le Circ a classé le travail de nuit comme probablement cancérigène.

Le Circ a classé le travail de nuit comme probablement cancérigène.gabriel calicchio paz / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

En mars 2026, le tribunal administratif de Marseille a reconnu l’existence d’un lien direct entre la survenue d’un cancer du sein et le travail de nuit d’une infirmière.

Plus précisément, la justice a estimé qu’il existait « une probabilité suffisamment élevée d’un lien direct entre la pathologie dont a été atteinte l’infirmière et ses conditions de travail de nuit à l’origine du développement de cette maladie ». Le tribunal a donc exigé de l’hôpital, qui l’employait, de reconnaître « l’imputabilité de la maladie au service ».

Esther Serrajordia qui rapporte ces faits dans le journal La Croix, a détaillé les éléments qui ont abouti à cette décision, qui serait une première en France.

Diagnostiquée être atteinte d’un cancer du sein à l’âge de 55 ans, alors qu’elle exerçait de nuit en milieu hospitalier depuis près de 25 ans, la patiente s’était en premier lieu vue refuser la reconnaissance de sa pathologie comme maladie professionnelle, puis rejeter sa demande auprès de l’établissement qui l’employait.

Le tribunal administratif en a décidé autrement, appuyant son jugement sur une expertise médicale ayant conclu que, dans ce cas, « les autres facteurs de risque connus, tels que les facteurs génétiques, hormonaux, environnementaux et hygiéno-diététiques étaient faibles, voire absents ».

L’état de la science concernant les conséquences du travail de nuit sur le risque de cancer du sein a aussi été pris en compte.

Des conditions probablement cancérigènes

À cet égard, la journaliste explique que des recherches ont été menées depuis plusieurs années sur le rôle possible du travail de nuit dans l’apparition de cancers, notamment hormonodépendants, en rapport avec un dérèglement de l’horloge biologique et de la sécrétion de mélatonine. Elle pointe notamment la possibilité d’« un affaiblissement du système immunitaire ».

Néanmoins, pour le Dr Emmanuel Ricard, directeur du service prévention et promotion des dépistages à la Ligue contre le cancer, « tout cela reste difficile à démontrer. Outre des liens épidémiologiques, il faut trouver des preuves dans les modèles animaux pour commencer à établir une relation de causalité ».

Il reste que le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) a classé le travail de nuit comme probablement cancérigène. Plus récemment, « l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) a précisé que travailler de nuit plus de deux fois par semaine pendant plus de dix ans multiplie par trois le risque de développer un cancer du sein ».

Les affections malignes ne sont pas les seules pathologies à être concernées puisque plusieurs études ont également révélé que les horaires de nuit étaient associés à une augmentation du risque de décès par accident vasculaire cérébral ou pathologie cardiovasculaire, et aussi à plus de troubles de la santé mentale, de fatigue chronique, d’accidents, de diabète, d’obésité

Certaines professions davantage concernées

En filigrane, on peut donc imaginer les conséquences importantes de cette première décision de justice. Et ce, d’autant que le travail de nuit est loin d’être rare dans certaines professions.

Esther Serrajordia rappelle que « plus de trois salariés sur dix dans l’agroalimentaire et la production de tabac travaillent au moins une fois la nuit dans un mois, ainsi que 25 % dans le transport et l’entreposage, 18 % dans la santé et 17 % dans l’hôtellerie-restauration ».

« En 2024, 10,9 % des personnes en emploi ont travaillé au moins une fois de nuit (entre 21 heures et 6 heures) sur une période de quatre semaines consécutives », selon le ministère du Travail.

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