#Santé publique

Le cannabidiol (CBD), un produit naturel, mais pas sans risque

Alors que les boutiques commercialisant des produits à base de CBD fleurissent à chaque coin de rue, le nombre de cas d’intoxications est en augmentation. Le 9 février 2026, l’EFSA a suggéré de fixer une dose journalière provisoire de sécurité. Une proposition qui fait débat.

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Le CBD existe en vente libre sous différentes présentations, notamment sous forme d’huile à ingérer.

Le CBD existe en vente libre sous différentes présentations, notamment sous forme d’huile à ingérer.Tinnakorn Jorruang / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Le cannabidiol (CBD), perçu comme un produit naturel et sans risque, est aujourd’hui largement consommé en France sous de multiples formes. Pourtant, depuis 2024, les centres antipoison observent une hausse des intoxications liées à ces produits [1].

Derrière l’étiquette « bien-être » se cachent parfois du Δ-9-tétrahydrocannabinol (THC) en excès ou des cannabinoïdes de synthèse aux effets potentiellement graves.

Le CBD sur ordonnance

Le CBD et le THC sont des phytocannabinoïdes présents dans le chanvre (Cannabis sativa).

Le THC est classé comme stupéfiant. Toutefois, une tolérance réglementaire existe pour la commercialisation de produits issus du chanvre contenant moins de 0,3 % de THC. Cette tolérance ne signifie pas pour autant l’absence de risque en matière de sécurité routière. En effet, il est possible d’être contrôlé positif au stupéfiant lors d’un dépistage routier après la consommation de produits contenant moins de 0,3 % de THC. À l’inverse, le CBD n’est pas classé comme stupéfiant, bien qu’il puisse produire certains effets psychoactifs [2].

À ce jour, un seul médicament contenant du CBD a reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM). Il s’agit de l’Epidyolex 100 mg/mL, solution buvable, indiqué en association au clobazam, dans le traitement adjuvant des crises d’épilepsie associées :

  • au syndrome de Lennox-Gastaut (SLG) ou au syndrome de Dravet (SD) chez les patients de 2 ans et plus ;
  • à une sclérose tubéreuse de Bourneville (STB) chez les patients de 2 ans et plus.

Également, le CBD est à l’étude dans le cadre de l’expérimentation du « cannabis médical » [3].

Au titre de l’AMM ou de l’expérimentation, ces médicaments sont remboursés. Les concentrations en CBD y sont généralement plus élevées que dans les produits en libre accès, et leur qualité pharmaceutique est strictement contrôlée [2, 4].

Le CBD en vente libre

Également sur les présentoirs de nombreux produits de bien-être en vente libre, le CBD se présente sous différentes formes : fleurs séchées, e-liquides, huiles à ingérer, crèmes cosmétiques, tisanes, etc. Les consommateurs les recherchent en particulier pour réduire leur stress ou leur anxiété, et améliorer les troubles du sommeil. Cependant, ces produits ne peuvent, sous peine de sanctions pénales, revendiquer des allégations thérapeutiques, à moins qu’ils n’aient été autorisés comme médicament.

Sur le plan réglementaire, seules les graines de chanvre et leurs dérivés (huile, farine), ainsi que les feuilles destinées aux infusions aqueuses, peuvent être commercialisées en raison d’un historique de consommation significatif dans l’Union européenne [2].

Les autres parties de la plante, ainsi que les extraits contenant du CBD ou d’autres cannabinoïdes, ne disposant pas d’un historique de consommation suffisant, sont considérées comme des « nouveaux aliments » (Novel Food) [2] et nécessite l’autorisation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Actuellement, aucune autorisation n’a été délivrée.

Augmentation des intoxications : de quoi parle-t-on ?

Les centres antipoison et de toxicovigilance rapportent une augmentation des cas d’intoxications liées à des produits à base de CBD depuis 2024.

Il s’agit de CBD acheté en vente libre dont la composition annoncée sur les étiquettes ne correspond pas à la composition réelle du produit acheté.

Cependant, les intoxications aiguës imputables au CBD seul restent rares et, lorsqu’elles surviennent, sont le plus souvent peu sévères : somnolence, vertiges, nausées ou diarrhée, céphalées, parfois hypotension.

Cette relative sécurité s’explique en partie par une pharmacodynamie différente de celle du Δ9-THC : le CBD présente une faible affinité pour les récepteurs CB1 et CB2 et agit plutôt via des cibles dites « non cannabinoïdes » (modulation des récepteurs 5-HT1A, activation TRPV1, antagoniste GPR55, agoniste PPARγ, modulation du tonus endocannabinoïde).

En cas d’intoxication sévère, les symptômes rapportés peuvent être : une fatigue intense, une somnolence marquée, des nausées et vomissements, des maux de tête, une anxiété, des vertiges, une tachycardie, une agitation avec hallucinations, une perte de connaissance, des idées ou comportements suicidaires, des crises convulsives.

Dans ces situations, il faut envisager le cas d’exposition (souvent non intentionnelle) au THC (à une concentration supérieure à 0,3 %) ou à des cannabinoïdes de synthèse (HHC, HHC-O, H4-CBD, H2-CBD, MDMB-PINACA, etc.).

Les consommateurs invités à la prudence

En l’absence de réglementation harmonisée au niveau national et européen, le consommateur doit faire preuve de prudence et rechercher un maximum d’informations avant l’achat et la consommation de produits contenant du CBD.

Il est recommandé de :

  • privilégier des commerces identifiés et traçables, disposant d’une adresse physique ;
  • préférer des produits disposant d’un certificat d’analyse précisant les teneurs exactes en substances actives ;
  • débuter par de faibles doses et augmenter progressivement si nécessaire.

De plus, le CBD étant un puissant inhibiteur enzymatique, les interactions médicamenteuses sont nombreuses. Il est recommandé d’en parler au préalable avec un professionnel de santé en cas de traitements pour une pathologie chronique [3].

Une dose journalière provisoire de sécurité

Le 9 février 2026, l’EFSA a suggéré de fixer une dose journalière provisoire de sécurité du CBD à 0,0275 mg/kg/jour, soit environ 2 mg par jour pour un adulte de 70 kg [5].

Ce seuil intègre un facteur d’incertitude supplémentaire, en raison de données scientifiques encore incomplètes. Il pourra être réévalué lorsque de nouvelles données toxicologiques ou cliniques seront disponibles.

Cette proposition suscite des débats, certains estimant que ce niveau est nettement inférieur aux doses actuellement utilisées par les consommateurs, généralement comprises entre 10 et 25 mg par jour.

Sources

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