#Socio-professionnel

PharmaVaxAuRA : structuration du parcours vaccinal en pharmacie d’officine

L'expérimentation PharmaVaxAuRA mobilise 144 pharmacies volontaires dans l’objectif d’évaluer les modalités de réalisation d'un entretien vaccinal à l’officine, afin de renforcer la couverture vaccinale chez les patients âgés de 11 ans et plus.

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Au terme du projet, la majorité des pharmaciens participants expriment une forte satisfaction.

Au terme du projet, la majorité des pharmaciens participants expriment une forte satisfaction.makasana / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Depuis le 8 août 2023, les pharmaciens peuvent prescrire et administrer les vaccins du calendrier vaccinal chez les patients âgés de plus de 11 ans.

Malgré 2,5 millions de notes vaccinales transmises fin 2023 par les pharmaciens dans les profils des usagers « Mon Espace Santé », et une confiance croissante des patients, la couverture vaccinale française reste insuffisante.

Le projet PharmaVaxAuRA transpose la méthodologie éprouvée des entretiens pharmaceutiques au domaine vaccinal.

Interview de Daniel-Jean Rigaud, pharmacien titulaire, élu de l’Union régionale des professionnels de santé – section pharmaciens (URPS Pharmaciens) Auvergne-Rhône-Alpes (AuRA) et référent vaccination.

Pouvez-vous nous expliquer la genèse de PharmaVaxAuRA ?

Avec les arrêtés publiés en août 2023, les pharmaciens ont obtenu de nouvelles compétences vaccinales, incluant la prescription ET l’administration des vaccins à partir de l’âge de 11 ans.

Il est rapidement apparu à l’URPS Pharmaciens AuRA que ces évolutions nécessitaient un accompagnement, un soutien et des formations complémentaires afin d’élargir les pratiques au-delà de la grippe et de la Covid-19.

Le projet est ainsi né de l’idée de soutenir des pharmaciens expérimentateurs dans la conduite d’un entretien vaccinal de qualité, assisté par l’outil Colibri (MesVaccins.net).

L’objectif était d’évaluer le déroulement de l’entretien, le ressenti du pharmacien et du patient, et d’identifier les points importants pour promouvoir l’entretien vaccinal afin de participer à l’amélioration des couvertures vaccinales.

Qui est porteur de cette initiative ?

Les URPS Pharmaciens, issues d’élections syndicales, constituent un véritable « think tank » de la profession, et soutiennent de nombreux projets structurants pour l’évolution des pratiques.

L’URPS Pharmaciens AuRA a participé activement à des expérimentations novatrices telles que OncoLink (article 51), à l’instar d’autres URPS dans des initiatives interprofessionnelles comme le Projet OSyS.

Dans le champ de la vaccination, la région AuRA a été la première à expérimenter, dès 2017, la vaccination antigrippale en officine. Dans la continuité de cette dynamique d’élargissement des compétences vaccinales, l’URPS Pharmaciens AuRA est à l’initiative de l’expérimentation PharmaVaxAuRA.

En quoi cette expérimentation consiste-t-elle ?

En France, si la couverture vaccinale pédiatrique est globalement satisfaisante, des retards apparaissent néanmoins, particulièrement à l’âge adulte : seuls environ 50 % des adultes sont correctement vaccinés contre la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite (dTP) [1].

Depuis 2023, le pharmacien dispose d’un cadre élargi pour intervenir pleinement dans le rattrapage vaccinal et contribuer activement à l’amélioration de la couverture vaccinale.

Dans le cadre d’un appel à projets en Auvergne-Rhône-Alpes, 144 pharmacies expérimentatrices ont été sélectionnées dans tous les départements de la Région, qu’elles exercent en milieu rural, dans les quartiers prioritaires ou dans les zones urbaines. Cette expérimentation, menée du 22 octobre 2024 au 31 décembre 2025, a inclus des patients âgés de 25 à 75 ans. L’objectif était de prendre le temps d’analyser le carnet de santé vaccinal lors d’un entretien spécifique.

L’outil Colibri, déjà retenu lors des campagnes de vaccination dans les collèges, a été utilisé à la fois comme outil d’aide à la prescription et à l’organisation d’un rattrapage vaccinal structuré, en même temps que pour la saisie des données utilisées dans cette expérimentation.

Ce dispositif a été complété par un canal d’échanges réservé aux pharmaciens, supervisé par des experts de la vaccination comme le Pr Jean-Louis Koeck, canal sur lequel on peut poser des questions en continu jusqu’à fin janvier 2026.

Il a ensuite évolué vers MesVaccins.net, avec la mise à disposition d’un forum et de référents vaccination.

Comment collaborer avec les autres professionnels de santé ?

Cette expérimentation s’est inscrite dans une logique claire : « Savoir collaborer sans se concurrencer ».

Aujourd’hui, les médecins consultent encore trop peu le dossier médical partagé (DMP), dans lequel la note vaccinale est pourtant transmise.

L’enjeu était donc d’adresser directement une note vaccinale au médecin traitant, aux spécialistes et aux sages-femmes, afin de renforcer la coordination du parcours de soins du patient.

Quelles sont les réponses/réactions des pharmaciens ? Et celles des patients ?

Au terme du projet, la majorité des pharmaciens participants exprimaient une forte satisfaction.

L’enquête d’opinion a mis en évidence un renforcement de la confiance et de l’expertise dans la conduite des entretiens vaccinaux.

Quelles sont les perspectives d’une telle expérimentation ?

La création d’un véritable entretien vaccinal, clairement identifié à l’officine, trouve progressivement sa place, même si sa mise en œuvre reste exigeante.

Si 95 % des pharmaciens pratiquent la vaccination contre la grippe, la proportion diminue dès lors qu’il s’agit de prescrire, ce qui montre la nécessité de mieux valoriser et sécuriser leur expertise.

L’enjeu de cette expérimentation était d’accompagner la montée en compétence des équipes officinales, dans un contexte où le nombre de vaccins recommandés augmente avec des couvertures vaccinales perfectibles ; il était aussi d’éclairer les patients sur les recommandations de vaccinations.

La prochaine étape sera de formaliser, à l’échelle nationale, un protocole rémunéré, sur le modèle des bilans de prévention, en accord avec l’Assurance maladie. À terme, cette démarche doit pouvoir être étendue aux autres professionnels de santé habilités à vacciner et à prescrire, afin de renforcer la couverture vaccinale en France.

Sources

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