Le nombre et la localisation des lymphocytes varient selon un rythme circadien.anyaberkut / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images
Il est connu depuis longtemps que nombre de fonctions du corps humain suivent un rythme circadien. Ainsi en est-il du système immunitaire qui, tout comme le sommeil, obéit à une horloge biologique.
« Sur 24 heures, les lymphocytes alternent entre une phase de circulation sanguine et une phase de migration vers les ganglions lymphatiques et les tissus profonds où ils s’activent et prolifèrent… Leur nombre, leur localisation (...) varient selon ce rythme contrôlé par une horloge inscrite dans leur génome », explique la journaliste Anne Prigent dans un article du Figaro Santé [1].
Or, l’immunité joue un rôle important en cancérologie. C’est d’ailleurs sur elle que s’appuient les médicaments d’immunothérapie antitumorale qui, en se fixant sur certains lymphocytes, réactivent leur capacité à éliminer les cellules cancéreuses.
Il n’y aurait alors rien d’étonnant à ce que l’efficacité de l’immunothérapie fluctue en fonction de l’heure de son administration. Plusieurs observations, suivies d’une trentaine d’études rétrospectives sont allées dans ce sens.
C’est ce que détaille le Pr Francis Levi, oncologue, directeur de recherche émérite au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à l’hôpital Paul-Brousse (Villejuif) et fondateur de l’Institut international de médecine circadienne (Circamed) : « presque toutes [ces études] montrent un meilleur contrôle tumoral et souvent un doublement de la survie lorsque l’immunothérapie est administrée tôt dans la journée ». « Et cette tendance s’observe dans de nombreux cancers (reins, foie, voies biliaires, ORL, estomac, œsophage, vessie, utérus) », ajoute Anne Prigent.
Sans changer ni la dose, ni la molécule
Il ne manquait plus qu’un essai randomisé pour confirmer ces résultats. Et c’est maintenant chose faite.
Dans une étude publiée dans la revue Nature Medicine le 2 février 2026 [2], 210 patients atteints d’un cancer du poumon avancé ont été séparés en deux groupes. Dans le premier, la chimio-immunothérapie était administrée avant 15 heures et dans l’autre après 15 heures.
La survie sans progression était quasi doublée dans le premier groupe par rapport à celle du second, soit de 11,3 mois contre 5,7 mois. Il en a été de même concernant la survie globale : 28 mois versus 16,8 mois.
« Obtenir un doublement du contrôle tumoral et de la survie simplement en changeant l’horaire d’administration d’un traitement, sans modifier la molécule ni la dose, c’était difficile à imaginer », commente le Pr Levi, cosignataire de l’essai, ajoutant même que « continuer à administrer l’immunothérapie tard dans la journée semble constituer une perte de chance pour les patients ».
Aujourd’hui, les travaux se poursuivent au sein du réseau européen Percc (Towards Personalized Cancer Chronotherapy) et la Fondation Circamed (sous l’égide de la fondation CNRS).
[1] Prigent A. L’efficacité de l’immunothérapie contre le cancer est deux fois plus efficace le matin (Le Figaro Santé, 9 février 2026)
[2] Huang Z, Zeng L, Ruan Z et al. Time-of-day immunochemotherapy in non-small cell lung cancer: a randomized phase 3 trial. Nat Med., 2026. doi.org/10.1038/s41591-025-04181-w
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