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[PODCAST] Osys : de l'expérimentation à la généralisation du dispositif d'orientation par le pharmacien d'officine

Depuis le 1er janvier 2026, Osys (orientation dans le système de soins) est en phase transitoire de généralisation. Martine Costedoat (PHSQ) détaille les étapes de ce processus, et décrit le principe et l'intérêt de ce dispositif pour les professionnels de santé et les patients.

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luchunyu / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

luchunyu / iStock / Getty Images Plus / via Getty ImagesLa prise en charge se fait dans l'espace de confidentialité, et non au comptoir. 

Résumé

Après plusieurs années d'expérimentation et des résultats très positifs, le dispositif Osys (orientation dans le système de soins) est en cours de généralisation depuis le 1er janvier 2026. Il évalue et encadre l'intervention du pharmacien d'officine en situations de premier recours pour lesquelles il est régulièrement sollicité. Osys permet ainsi de sécuriser le rôle du pharmacien dans l'orientation des patients vers la prise en charge la plus appropriée. Alors qu'un passage d'Osys dans le droit commun est prévu dans les prochains mois, Martine Costedoat, directrice Osys au sein de Pharma Système Qualité (PHSQ), revient sur la genèse de ce dispositif, et détaille la pertinence de cette stratégie pour un parcours de soins efficient.

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TRANSCRIPTION*

VIDAL News. Parole d'experts. David Paitraud reçoit Martine Costedoat, pharmacienne, directrice du dispositif Osys chez Pharma Système Qualité.

Lancée de façon confidentielle en 2019, l'expérimentation Osys (Orientation dans le système de soins) a démontré la pertinence de s'appuyer sur la pharmacie d'officine pour fluidifier le parcours de soins. Depuis le 1er janvier 2026, ce dispositif est généralisé [1].

Comment se traduit cette généralisation d'Osys pour les pharmaciens et les patients ?

Martine Costedoat. Osys a été lancé en 2019 et l'expérimentation s'est terminée fin 2025. Courant 2025, nous avons eu la « cell-eval », c'est-à-dire une cellule d'évaluation indépendante, nommée par le ministère, qui a évalué tous les éléments des résultats fournis par les expérimentateurs Osys.

Après cette évaluation, le compte rendu a été très favorable. Nous sommes alors passés en commission technique d'innovation santé et en conseil stratégique innovation santé. Ces deux structures institutionnelles ont donné l'autorisation du passage de l'expérimentation Osys dans le droit commun, ce qui était notre objectif.

Ce passage dans le droit commun a déjà eu lieu pour une partie de l'expérimentation, puisque depuis 2024, les pharmaciens d'officine peuvent délivrer sans ordonnance des antibiotiques aux patients après la réalisation d'un test rapide d'orientation diagnostique (TROD) dont le résultat est positif, sans consultation préalable d'un médecin. Cette particularité avait été testée aussi par le dispositif Osys.

Concrètement, nous passons à la phase transitoire, c'est-à-dire que pendant 12 mois, rien ne change dans les conditions de mise en application d'Osys. Le système va être généralisé, mais aujourd'hui, cela n'est pas encore fait. En effet, il faut à peu près 12 mois pour que le ministère, la Cnam et tous les syndicats de pharmaciens, etc. mettent en place toutes les conditions nécessaires au passage dans le droit commun. Pendant ce temps, nous, nous continuons à encadrer le projet qui passe maintenant dans le secteur innovation (non plus expérimentation) du ministère de la Santé.

Les pharmacies innovatrices sont les mêmes : 200 pharmacies réparties dans 4 régions. Elles trient les mêmes situations et touchent la rémunération prévue dans le cahier des charges.

Quels sont les principes et objectifs de ce dispositif ?

Osys signifie Orientation dans le système de soins. Le principe, qui a été déposé dans le cahier des charges à l'initiative du projet, est de répondre à une demande dans les zones de désertification médicale ou dans les zones où l'accès à un médecin est difficile [2].

Au départ, nous avions 13 situations de triage, puis 6. Dans ces 6 situations de triage, l'objectif est de mettre en avant le rôle du pharmacien aux soins de premier recours. Spontanément, le patient, dès qu'il a un « petit bobo », va à l'officine. Le pharmacien, au lieu de lui donner un conseil traditionnel, va l'inviter dans un espace de confidentialité et suivre un questionnaire aidé par un « algorithme » des arbres décisionnels validés par la Haute Autorité de santé (HAS). À l’issue de cet entretien, le pharmacien aura 3 solutions :

  • soit prendre en charge le patient en pharmacie ;
  • soit l'orienter vers un médecin ;
  • soit l'orienter vers les urgences.

Est-ce qu’Osys a permis de « protocolisé » ce qui se faisait déjà en pharmacie ?

Je dirais plutôt qu'Osys permet de sécuriser grâce à des arbres décisionnels qui ont été rédigés en collaboration avec des médecins. Dans notre comité de pilotage, nous avons un membre de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) médecins libéraux de Bretagne. Tous les arbres décisionnels ont été élaborés avec des médecins et ont été validés par la HAS.

Le principe est de sécuriser le conseil et d'aider le pharmacien avec des éléments clés, tels que, par exemple, les red flags (drapeaux rouges) qui donnent obligatoirement l'orientation vers les urgences ou le médecin. On aide le pharmacien et on homogénéise aussi la prise en charge du conseil dans ces situations de triage.

Les pharmaciens n'interviennent pas à la place du médecin ou de l'infirmier. Au contraire, l'objectif est de faciliter les interventions des uns et des autres, et toujours à l'avantage des patients, n'est-ce pas ?

Dans 75 % des cas, le recours inapproprié aux médecins ou aux urgences est évité. Cela peut aller jusqu'à 95 % des cas. Par exemple, dans des situations comme les piqûres de tiques, où les patients, n'ayant pas de réponse, vont aux urgences. Or, les urgences sont saturées, surtout dans les zones de désertification médicale.

D'après nos résultats, 32 % des triages Osys étaient réalisés pendant les week-ends ou après 18h, c'est-à-dire dans des périodes où les médecins ne consultent pas dans les cabinets traditionnels. On a, par exemple :

  • 17,2 % des triages qui ont lieu le week-end, le samedi ou le dimanche ;
  • 10 % des triages qui ont lieu entre midi et 14h ;
  • 15 % des triages qui ont lieu après 18h.

Le pharmacien apporte une réponse au patient dans les soins de premier recours, sans empiéter sur les compétences des médecins, voire des urgences.

Par ailleurs, d'après Osys, dans 29 % des cas, les demandes d'automédication du patient peuvent être orientées soit vers les médecins, soit vers les urgences. Le pharmacien remplit vraiment ce rôle de premier recours : il accueille, il écoute, il interroge et après il oriente.

Plutôt qu'une diminution du recours au médecin, on a plutôt une orientation efficiente. Le patient va au cabinet médical et dit : « j'ai déjà été trié par le pharmacien » , il part avec un compte rendu à l'adresse de son médecin. Le pharmacien est facilitateur de la prise en charge d'un rendez-vous. D'ailleurs, certains pharmaciens expérimentateurs ont été félicités par les services des urgences pour avoir envoyé un patient vers les urgences quand la situation le nécessitait vraiment.

Quels sont les premières évaluations et les chiffres d'Osys ?

À ce jour, on a fait 10 750 situations de triage avec nos 200 pharmaciens expérimentateurs sur les 4 régions.

Je tiens à souligner qu'on a eu zéro incidence, zéro dysfonctionnement et zéro événement indésirable relevés durant ces cinq années d'expérimentation. C'est globalement très positif.

Les patients ont noté la prise en charge à 4,82 sur 5. Ils ont salué sa rapidité, la réponse à leur demande, la qualité des explications et la confidentialité des entretiens. Mais surtout, ils étaient satisfaits d'avoir obtenu une réponse humaine, c'est-à-dire qu'ils ont en face d'eux un professionnel de santé qui a été formé, qui l'accueille dans un espace de confidentialité et qui s'entretient avec lui. Les arbres décisionnels, l'outil numérique, ne sont qu'un support pour aider le pharmacien dans la prise de décision, mais tout l'entretien se fait en face-à-face avec le patient. En comparaison avec le conseil, l'Osys s'effectue dans un espace de confidentialité, et non pas au comptoir.

Quand le patient n'est pas orienté vers le médecin ou vers les urgences, quel est le périmètre d'intervention du pharmacien ?

Le périmètre d'intervention est la prise en charge pharmaceutique traditionnelle. Avec les arbres décisionnels, il y a des recommandations de prise en charge ou de conseil, mais qui sont relativement limitées. Lorsque la prise en charge à l'officine est validée, le pharmacien prend le patient en charge à l'officine comme il le fait d'habitude.

Quelles sont les 6 situations de triage ?

Les cystites et les angines sont passées dans le droit commun en 2024, avec dispensation d'antibiotiques après TROD. Elles sont donc sorties de l'expérimentation. Il faut savoir que 89 % des pharmaciens se sont approprié le protocole de dispensation d'antibiotiques après TROD dans les cystites et un petit peu moins dans les angines.

Les 4 autres situations sont :

  • les plaies simples ;
  • le retrait de la tique, et la surveillance du site internet Citique ;
  • les brûlures de premier degré ;
  • et les conjonctivites.

Comment se déroule la formation des pharmaciens ?

Nous avons fait le choix d'une formation en présentiel et en duo avec un médecin et un pharmacien. Tous les pharmaciens ont beaucoup apprécié l'œil du médecin qui leur expliquait clairement le pourquoi des red flags. L'important est de détecter les situations qui ne relèvent pas de la prise en charge pharmaceutique.

Est-ce que les protocoles et les algorithmes Osys sont accessibles pour les médecins ?

Depuis le 1er janvier 2026, on a déposé un nouveau cahier des charges. Les cahiers des charges sont accessibles sur le site du ministère de la Santé, sous le chapitre Article 51, expérimentation en cours. Lorsque vous tapez « Osys », le cahier des charges apparaît avec la liste des pharmaciens et les arbres décisionnels. Les arbres décisionnels sont accessibles, mais, pour le moment, ils ne peuvent être utilisés que dans le cadre de l'expérimentation. Ils sont liés au cahier des charges. Dans le cadre du passage en droit commun, une relecture de ces arbres décisionnels sera faite par la HAS. Celle-ci va déterminer lesquels seront applicables à toutes les officines.

Quelle est la rémunération par situation de triage ?

La rémunération établie avec la Cnam est de 12,50 euros par situation de triage. On ne sait pas comment cela va être évalué et quelle sera la rémunération décidée dans le passage en droit commun. Il faut savoir que dans le cadre d'Osys, dans l'expérimentation, le pharmacien rappelait le patient de 2 à 3 jours après la prise en charge pour vérifier que tout allait bien. C'est très important, car plus de 97 % des patients déclaraient au rappel que leur situation s'était améliorée et qu'ils étaient très satisfaits de la prise en charge.

Interview : David Paitraud, pharmacien

Montage : Robin Benatti & David Paitraud

Remerciements : Martine Costedoat, pharmacienne, directrice du dispositif Osys chez Pharma Système Qualité

*Transcription non exhaustive

Sources

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