Résumé
L'incidence des urgences médicales en vol est minime.
Le personnel de cabine bénéficie d’une formation obligatoire en secourisme, renouvelée annuellement.
Les avions sont équipés de plusieurs trousses médicales : une trousse de premier secours, un sac de réanimation et une trousse d’urgence contenant les médicaments à prescription obligatoire.
L’utilisation de la trousse d’urgence est conditionnée par la présence d’un médecin à bord ou, à défaut, par un appel au SAMU de Paris, qui régule toutes les compagnies aériennes françaises depuis plus de soixante ans.
Plus de 7 200 médecins issus de 96 pays se sont enregistrés au sein du programme la « communauté des médecins à bord », afin d’être identifiés par l’équipage en cas d’urgence, évitant l’appel général en cabine.
« L es incidents médicaux graves en vol sont peu fréquents », déclare le Dr Vincent Feuillie, spécialiste en médecine aéronautique et médecin-conseil d’Air France depuis plus de vingt-cinq ans.
En effet, bien qu’il n’existe pas de registre international ou européen, leur incidence est estimée entre 24 et 130 par million de passagers [1]. Un chiffre minime, mais qui, rapporté aux 4,89 milliards de voyageurs annuels dans le monde, représente tout de même plusieurs milliers d’incidents chaque année [2].
Si certaines interventions peuvent être réalisées directement par le personnel navigant commercial (hôtesses et stewards), d’autres nécessitent la présence d’un médecin.
Refuser l'embarquement d'un passager
« Le commandant de bord, responsable de ses passagers et de son équipage, peut refuser l’embarquement d'une personne dont l’état de santé lui semble incompatible avec le vol », annonce le Dr Feuillie. Une décision qui peut être prise avec l’appui des médecins de l’aéroport si nécessaire, et qui s’applique également à d’autres situations. Par exemple, en cas de passager violent ou en état d’ébriété manifeste.
Le personnel navigant en première ligne
Lorsqu’un passager signale un problème médical à bord, le personnel de cabine est en première ligne. La prise en charge dépendra de la gravité et de l’urgence de la situation.
L’ensemble du personnel navigant bénéficie d’une formation obligatoire en secourisme, renouvelée chaque année. Elle constitue une obligation réglementaire pour toutes les compagnies aériennes. Mêlant éléments théoriques et pratiques, elle enseigne à évaluer l’état de conscience, à mesurer la fréquence respiratoire et le rythme cardiaque et à réaliser les gestes d’urgence, comme la réanimation cardiopulmonaire (RCP).
Mais certaines situations peuvent dépasser les compétences du personnel navigant. Dans ce cas, le commandant de bord est informé, et l’appel peut être lancé : « Si vous êtes médecin, nous vous serons reconnaissants de vous faire connaître auprès de l’équipage ». Tout médecin peut y répondre, quelle que soit sa spécialité, à condition qu’il présente sa carte professionnelle, garante de son statut.
Si d’autres professionnels de santé sont à bord, ils peuvent également se manifester et pourront apporter leur aide dans la limite de leurs compétences. « Les infirmiers, notamment ceux qui pratiquent dans des services d’urgence, peuvent être d’une aide précieuse », insiste le Dr Feuillie.
Les équipements et ressources disponibles
Les trousses médicales à bord
La réglementation européenne impose la présence de trousses médicales à bord, et en précise leur contenu, en fonction de la distance que parcourt l’avion.
La trousse médicale de premier secours (1 pour 100 passagers) contient du matériel de désinfection et des bandages, des équipements de protection individuelle (masques, blouses, gants) et des médicaments d’usage courant, disponibles en vente libre.
Le sac de réanimation comprend un défibrillateur, du matériel de ventilation (avec des masques adaptés pour adultes, enfants et nourrissons), un manuel secouriste et un kit de diagnostic composé d’un stéthoscope, d’un tensiomètre, d’un glucomètre, d’un saturomètre et d’une lampe.
Ces deux trousses sont en libre accès, et peuvent être utilisées sans l’accord du commandant de bord, directement par le personnel de cabine.
La trousse médicale d’urgence inclut des médicaments à prescription obligatoire. Elle ne peut être utilisée qu’en présence d’un médecin à bord ou sous consigne du SAMU de Paris. La réglementation impose ce matériel en cas de vol à plus d’une heure d’un aéroport de déroutement. Cependant, certaines compagnies aériennes, dont Air France, ont choisi de l’embarquer également sur les vols courts et moyen-courriers.
L’ensemble du matériel est régulièrement contrôlé. Les dates de péremption sont vérifiées avec des tags de contrôle, en tenant compte de la date du produit ayant la durée de validité la plus courte. Par ailleurs, si une trousse est ouverte pendant un vol, elle est systématiquement renvoyée au sol pour être reconditionnée.
Le SAMU de Paris, un partenaire au sol
Depuis plus de soixante ans, le SAMU de Paris régule les vols de toutes les compagnies aériennes françaises. Grâce aux moyens techniques, comme le téléphone satellite, il est possible d’établir une communication entre l’avion et le centre opérationnel au sol, qui dispose d’une ligne directe avec le SAMU de Paris, offrant ainsi un soutien médical pour la prise en charge du patient.
En cas d'urgence, cette expertise (éventuellement combinée à l’avis du médecin à bord) permettra au commandant de bord de prendre la décision d'un éventuel déroutement vers l'aéroport le plus proche et disposant des infrastructures médicales nécessaires.
La communauté de médecins à bord
« Les médecins sont de grands voyageurs », affirme le Dr Feuillie. Ainsi, la probabilité d’avoir un médecin à bord est assez élevée.
En 2022, Air France-KLM lance la « communauté des médecins à bord ». Le programme permet aux praticiens de s’enregistrer volontairement via un formulaire sur le site d’Air France. Ils y renseignent leur spécialité, les langues parlées et une copie de leur carte professionnelle.
Dès qu'un médecin inscrit prend l'avion, l'équipage dispose de son nom et de son numéro de siège. « En cas d'urgence médicale, plutôt que d'effectuer un appel général en cabine, on peut directement solliciter ce médecin. C'est moins anxiogène pour les autres passagers », explique le Dr Feuillie. Par ailleurs, si le vol transporte plusieurs médecins, le personnel navigant pourra solliciter le spécialiste selon le type d’urgence.
Cependant, l’intervention s'appuie sur le volontariat. « Si le médecin ne se sent pas bien, qu’il est fatigué ou qu’il a consommé de l’alcool, on ne va pas l’obliger à intervenir », ajoute le médecin-conseil.
Quant à la responsabilité, elle est couverte à la fois par l’assurance professionnelle du médecin et par l’assurance souscrite par la compagnie aérienne.
La communauté compte aujourd’hui 7 200 médecins volontaires, issus de 96 pays. Les urgentistes-réanimateurs et les généralistes figurent parmi les spécialités les plus représentées.
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