Mycétisme : conduite à tenir et prévention à l’officine

Les pharmaciens sont les seuls professionnels de santé formés à la reconnaissance des champignons au cours de leur cursus universitaire. À ce titre, ils occupent une place centrale dans la prévention des intoxications et l’orientation des patients exposés.

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Entre le 1er juillet et le 31 décembre 2025, 1 363 cas d'intoxication en France hexagonale.

Entre le 1er juillet et le 31 décembre 2025, 1 363 cas d'intoxication en France hexagonale.oska25 / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

Le mycétisme désigne les intoxications consécutives à la consommation de champignons. Il peut résulter d’une confusion entre espèces comestibles et toxiques, de mauvaises conditions de conservation, d’une cuisson insuffisante, ou de la consommation de spécimens en mauvais état ou en quantité excessive [1]. 

Entre le 1er juillet et le 31 décembre 2025, 1 363 cas d’intoxication en France hexagonale ont été rapportés aux centres antipoison. Malgré leur caractère majoritairement bénin, 3,1 % des intoxications étaient de gravité forte avec 3 cas d’insuffisance rénale chronique et 3 décès rapportés. L’amanite phalloïde est toujours responsable d’atteintes hépatiques, parfois mortelles. La confusion entre girolle et clitocybe de l’olivier (syndrome gastro-intestinal) figure parmi les plus fréquentes [2].

Conduite à tenir à l’officine

Devant l’apparition de symptômes après une consommation de champignons, il est nécessaire d’appeler le centre antipoison sans délai (cf. Encadré). En cas d’urgence vitale, il est impératif d’appeler le 15 ou le 112 [3].

Encadré - Numéros d’urgence 24/24 et 7/7 des centres antipoison en France

Il existe huit centres antipoison en France :

Angers : 02 41 48 21 21

Bordeaux : 05 56 96 40 80

Lille : 08 00 59 59 59

Lyon : 04 72 11 69 11

Marseille : 04 91 75 25 25

Nancy : 03 83 22 50 50

Paris : 01 40 05 48 48

Toulouse : 05 61 77 74 47

Numéro d'urgence des centres antipoison : 01 45 42 59 59

Lorsqu’un patient se présente à l’officine pour mycétisme, le pharmacien intervient comme premier interlocuteur du parcours de soins.

En procédant au recueil des informations suivantes, il facilite la prise en charge médicale.

Nombre et profil des personnes exposées

Cette information sert à évaluer le caractère collectif de l’intoxication et à identifier les personnes à risque : enfants, femmes enceintes, personnes âgées, insuffisants rénaux ou hépatiques...

Nature des symptômes

Le recueil préliminaire des symptômes aidera ensuite les équipes médicales à orienter le diagnostic vers les différents syndromes mycotoxicologiques.

Délai d’apparition des symptômes

Le temps de latence est un critère diagnostique déterminant. Les syndromes à incubation longue (supérieure à 6 heures) sont généralement associés à une toxicité plus sévère. Ils peuvent engager le pronostic vital et nécessitent une prise en charge en urgence.

Consommation d’alcool

Certaines espèces de coprins sont responsables de manifestations cardiovasculaires (flush syndrome) lorsqu’elles sont consommées avec de l’alcool.

Identification des champignons consommés

Des restes de repas ou de cueillettes peuvent conduire à l’identification par le pharmacien des espèces incriminées et à orienter le diagnostic.

Modalités de préparation et de conservation, et quantités ingérées

Certaines toxines fongiques sont thermolabiles : certains champignons sont toxiques à l’état cru et deviennent comestibles après une cuisson suffisante (morilles, helvelles, certaines amanites...).

De même, la consommation de champignons mal conservés ou en mauvais état peut engendrer une toxicité gastro-intestinale. 

Par ailleurs, la présence de tréhalose, de mannitol et de chitine chez les champignons peut rendre leur digestion difficile, provoquant des symptômes digestifs avec des espèces pourtant comestibles consommées en quantité importante [1, 4].

Prévention à l’officine

Afin de réduire le risque de mycétisme, les pharmaciens peuvent rappeler aux cueilleurs les recommandations suivantes : 

  • prévoir un panier en osier, une caisse ou un carton et non des sacs plastique pour le transport et la conservation des champignons ;
  • éviter les récoltes sur des sites pollués (bords de routes, aires industrielles, décharges, pâturages...) ;
  • bannir l’utilisation des applications de reconnaissance sur smartphone et faire identifier les champignons par une personne qualifiée (pharmacien ou société mycologique) ;
  • photographier la cueillette avant la cuisson, en séparant les espèces ;
  • ne consommer que des spécimens frais, jeunes, en bon état et bien cuits : 30 minutes à feu doux ou 15 minutes à l’eau bouillante ;
  • limiter les quantités ingérées (soit environ 150 à 200 grammes par adulte et par semaine) ;
  • bannir, chez les jeunes enfants et les femmes enceintes, la consommation de champignons cueillis.

Depuis 2022, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) met à disposition un formulaire national de recueil spécifique, soumis à chaque personne qui appelle un centre antipoison après une consommation de champignons dans un contexte alimentaire et qui présentent des symptômes [2].

C’est par leur rôle de conseil et d’orientation vers les structures adaptées que les pharmaciens d’officine contribuent à la sécurisation de la consommation de champignons et à la prise en charge précoce des intoxications [5].

Sources

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