#Santé publique

Une étude suggère une association entre conservateurs alimentaires et risque de cancers

Un lien entre l’exposition à des conservateurs alimentaires et le risque de cancers vient d’être révélé par des chercheurs français, à partir des données provenant de l’étude NutriNet-Santé. 

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Sur environ 330 additifs autorisés en France et dans l’UE, 80 ont des propriétés de conservateurs.

Sur environ 330 additifs autorisés en France et dans l’UE, 80 ont des propriétés de conservateurs.Jordi Salas / iStock / Getty Images Plus / via Getty Images

« Augmentation des risques de diabète et de cancer, les conservateurs alimentaires dans le viseur » [1]. « Additifs alimentaires : quels conservateurs faut-il éviter ? Voici la liste à connaître selon deux études scientifiques » [2], etc. Plusieurs titres de la presse ont présenté les résultats de deux publications issues de travaux menés par des chercheurs français sur le lien entre la consommation de conservateurs dans les aliments et, respectivement, le risque de cancers [3] et de diabète de type 2.

Pour rappel, les conservateurs font partie de la grande famille des additifs utilisés dans l’industrie agroalimentaire. Sur les quelque 330 qui sont autorisés en France et dans l’Union européenne, 80 ont des propriétés de conservateurs. Certains inhibent la croissance microbienne ou ralentissent les changements chimiques conduisant à la détérioration des aliments ; d’autres, aux propriétés antioxydantes, retardent ou empêchent la détérioration des aliments en éliminant ou en limitant les niveaux d’oxygène dans les emballages, comme l’explique l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) dans son communiqué de presse [4].

Dans un entretien publié par le média The Conversation [5], Mathilde Touvier, directrice de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle, et Anaïs Hasenböhler, doctorante ayant conduit les travaux en question, ont détaillé la méthode utilisée.

L’implication de plus de 100 000 participants mise à profit

L’étude s’est appuyée sur les données provenant de la vaste enquête de santé publique NutriNet-Santé qui recueille auprès de la population française, depuis plusieurs années, de multiples informations concernant l’alimentation, l’activité physique et la santé. Parallèlement, plusieurs bases de données sur les aliments (Open Food Facts, Oqali, EFSA) ont été interrogées, en même temps que des dosages d’additifs dans les aliments ont été réalisés.

La recherche relative aux liens entre conservateurs et cancers a été menée à partir d’une cohorte de 105 260 personnes, parmi lesquelles 4 226 ont reçu un diagnostic de cancer au cours de la période de suivi (de 2009 à 2023).

Il est apparu que les personnes qui consommaient davantage de certains conservateurs, principalement non antioxydants, avaient un risque plus élevé de cancer. En comparant les plus forts consommateurs aux non-consommateurs ou aux plus faiblement exposés, plusieurs associations ont été trouvées entre :

  • les sorbates et une augmentation de 14 % de l’incidence du cancer et de 26 % de cancer du sein ;
  • les sulfites et une augmentation de 12 % du risque global de cancer ;
  • le nitrite de sodium et une augmentation de 32 % du risque de cancer de la prostate ;
  • le nitrate de potassium et une augmentation de 13 % du risque global de cancer et de 22 % de cancer du sein ; 
  • les acétates et une hausse du risque global de cancer de 15 % et de cancer du sein de 25 %.

Les érythorbates totaux et l’érythorbate de sodium (additifs antioxydants) étaient, quant à eux, associés à un risque de cancer global de 12 % et de cancer du sein de 21 %.

« Ces résultats, concordent avec les données expérimentales suggérant des effets néfastes de plusieurs de ces composés », précise Mathilde Touvier, ajoutant qu’il faut néanmoins rester prudent, les chiffres ne reposant que sur les informations tirées de la cohorte NutriNet-Santé.

« Plus largement, ces nouvelles données s’ajoutent à d’autres en faveur d’une réévaluation des réglementations régissant l’utilisation générale des additifs alimentaires par l’industrie alimentaire afin d’améliorer la protection des consommateurs », poursuit Anaïs Hasenböhler.

Concernant cette dernière étape, pour Mathilde Touvier, il convient de garder à l’esprit que les conservateurs alimentaires jouent un rôle protecteur et que « leur intérêt va au-delà du cosmétique et de l’organoleptique. Le ratio bénéfice-risque de ces substances devra donc être pris en compte dans les futures réévaluations de leur sécurité ». 

Sources

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