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Explorer le risque cardiovasculaire chez les patientes migraineuses.

Explorer le risque cardiovasculaire chez les patientes migraineuses.

Par Patricia Thelliez - Date de publication : 11 Octobre 2022 - Image d'une montre Lecture : 5 minutes

Risque cardiovasculaire et migraine : une relation pas si simple

Une équipe a utilisé les données de la Women’s Health Study obtenues auprès de 27 539 femmes pour mieux comprendre l'association migraine-pathologie cardiovasculaire. Explication.

Résumé

Il est considéré que la migraine est associée à une augmentation du risque cardiovasculaire. Néanmoins, les différentes études menées pour examiner cette relation ont abouti à des résultats discordants.

Une équipe a utilisé les données de la Women’s Health Study obtenues auprès de 27 539 femmes âgées d’au moins 45 ans pour en savoir plus. Le risque cardiovasculaire a été évalué à l’aide des Framingham Risk Scores (FRS) permettant d’estimer le risque de pathologie coronarienne à dix ans.

Les participantes ont tout d’abord été réparties dans quatre groupes : absence de migraine, antécédents de migraine, migraines à l’inclusion et apparition de crises au cours du suivi.

La probabilité d’avoir des antécédents de migraine était plus élevée (Odds Ratio : 1,76) en cas de risque vasculaire important (≥ 10 %) que lorsque le FRS était bas.

A contrario, un FRS ≥ 10 % était inversement associé à la présence de migraine à l’entrée (OR : 0,64) et en cas d’apparition ultérieure de migraines (OR : 0,42).

Selon les auteurs, ces résultats devraient inciter à examiner l’association migraine-pathologie cardiovasculaire en prenant en compte, chez chaque patiente, l’histoire de la migraine dans son ensemble.

De nombreuses études ont montré que la migraine était associée à un risque augmenté de maladie cardiovasculaire. Elle fait d’ailleurs partie des facteurs de risque cardiovasculaire cités dans les recommandations de la Société européenne de cardiologie.

Cependant, il est apparu que les relations entre la migraine, les facteurs de risque vasculaire et les pathologies cardiovasculaires étaient en réalité plus complexes. Pour exemple, l’association migraine-accident vasculaire cérébral est plus prononcée chez les personnes ayant un faible risque vasculaire alors que le risque d’infarctus du myocarde n’apparaît que chez les patients ayant un risque vasculaire élevé.

Plus de 27 000 femmes suivies

Khatera Ibrahimi et al. [1] ont voulu ajouter leur contribution en explorant de façon plus précise ces résultats paradoxaux. Ils ont fait l’hypothèse que le profil de risque cardiovasculaire (RCV), évalué avec un outil traditionnel, en l’occurrence les Framingham Risk Scores (FRS), variait selon le statut migraineux. 

À cet effet, ils ont mis à profit les données issues d’une grande étude de cohorte, la Women’s Health Study, menée chez des femmes (professionnelles de santé). Le statut migraineux a été recueilli via des questionnaires réguliers pendant cinq ans.

Le volet cardiovasculaire a été apprécié par le FRS, qui permet de prédire le risque de pathologie coronarienne à dix ans en s’appuyant sur plusieurs éléments :

  • âge ;
  • cholestérol total ;
  • cholestérol HDL ;
  • tabagisme ;
  • pression artérielle systolique.

Les auteurs ont divisé la population étudiée en quatre groupes ayant un risque allant de ≤ 1 % à ≥ 10 %.

Quant à la migraine, les femmes ont été divisées en trois groupes à l’inclusion :

  1. absence de migraine ;
  2. antécédents de migraine (mais sans crises survenues au cours de l’année précédente) ;
  3. migraines déclarées au début de l’étude (pendant la première année avant l’inclusion).

Une quatrième catégorie a été individualisée ultérieurement, celle des participantes ayant développé une migraine au cours du suivi.

Avant, pendant, après

Parmi les 27 539 femmes dont les données ont été analysées par Khatera Ibrahimi et al., 14 865 avait un FRS ≤ 1 % ; 8 406 entre 2 % et 4 % ; 3 173 entre 5 % et 9 % ; et 1 095 ≥ 10 %.

Dans la population étudiée, 5,5 % ont rapporté des antécédents de migraine, 13 % une migraine active et 1,9 % l’apparition de migraines pendant les cinq années de suivi.

Par comparaison avec les sujets non migraineux et ayant un FRS ≤ 1 %, ceux ayant des antécédents de migraine étaient davantage susceptibles d’avoir des scores de RCV plus élevés.

Plus précisément, la probabilité d’avoir eu des épisodes migraineux dans le passé était 76 % plus importante en cas de FRS  10 % que lorsqu’il était ≤ 1 %.

Par contraste, un FRS élevé (≥ 10 %) était inversement associé à la présence d’une migraine active à l’entrée dans l’étude (Odds Ratio de 0,64) et à l’apparition ultérieure d’une migraine (OR : 0,42).

En bref, les participantes ayant un risque élevé de pathologie cardiovasculaire à dix ans (de 2 % à ≥ 10 %) ont plus rarement signalé être migraineuses au début ou au cours de l’étude que celles dont le FRS était ≤ 1 % ou qui n’ont pas signalé de migraines pendant l’étude. En revanche, les sujets appartenant aux catégories de risque le plus élevé ont plus souvent déclaré avoir un passé migraineux.

Les hypothèses avancées

Bien que l’on ne puisse écarter l’influence de l’âge, les auteurs avancent deux hypothèses pouvant expliquer leurs résultats :

  1. Il est plausible que des antécédents migraineux et un FRS élevé soient associés au développement d’une rigidité artérielle laquelle s’oppose à la vasodilatation d’artères cérébrales. Cette thèse n’est toutefois pas en accord avec le fait que la migraine est aujourd’hui considérée comme une pathologie neurovasculaire plutôt qu’une pathologie uniquement vasculaire.
    Il est cependant envisageable que les femmes ayant un passé migraineux représentent un sous-groupe particulier caractérisé par un risque cardiovasculaire élevé.
     
  2. Le FRS n’est peut-être pas un score adapté à l’évaluation du risque cardiovasculaire chez les patientes migraineuses, car n’englobant pas tous les aspects vasculaires dans cette population particulière. Dans la Women Health Study, des antécédents de migraine et une migraine active ont été associés à l’existence d’antécédents familiaux d’infarctus du myocarde survenus avant l’âge de 60 ans. Cela pourrait suggérer que, chez les migraineux, une histoire familiale d’infarctus du myocarde serait médiée par des mécanismes différents que les facteurs de RCV classiques, impliquant notamment les microvaisseaux.

Le rôle de l’oxyde nitrique et du Calcitonin Gene-Related Peptide (CGRP) impliqués dans le versant neurologique de la migraine est aussi à prendre en compte.

Quel que soit le poids de ces hypothèses, les résultats obtenus par K. Ibrahimi et al. montrent bien un lien entre le risque vasculaire apprécié par un outil traditionnel, en l’occurrence le FRS, et la migraine, mais que cette dernière serait aussi associée à un RCV élevé spécifique.

La prise en compte de l’histoire de la migraine dans sa totalité devrait ainsi apporter un éclairage supplémentaire.
 

Sources :
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